SANTE-AFRIQUE DU SUD: Séropositifs en quête d'amour, cliquez ici

JOHANNESBURG, 28 sep (IPS) – L'amour véritable, comme ils le disent, peut être difficile à trouver. Et, les chances de rencontrer un partenaire affectueux sont encore plus minces si vous déclarez ouvertement votre séropositivité.

Mais, et si vous confiniez votre recherche à un groupe de personnes qui avaient également contracté le virus? Cela augmenterait-il les chances de trouver un conjoint? Ces types de questions ont poussé Ben Sassman à créer une agence de rencontres en ligne en Afrique du Sud pour des personnes vivant avec le VIH/SIDA, il y a deux ans.

Ce passionné d'Internet, qui travaille dans une agence internationale de recrutement de personnel de santé pendant la journée, indique que ses amis séropositifs se plaignaient de la manière dont les petits amis avaient tendance à s'éclipser dès qu'ils révélaient leur statut.

"Ils disaient que lorsqu'ils rencontraient des gens et révélaient leur statut, ils n'ont plus une deuxième chance", a-t-il déclaré à IPS. En conséquence, www.thepositiveconnection.co.za est né — apparemment le premier service en ligne du genre dans ce pays.

"J'ai pensé que cela ajouterait un peu de classe à la manière dont ils (les séropositifs) peuvent rencontrer de nouvelles personnes intéressantes", affirme Sassman.

Le site s'est-il montré à la hauteur des espérances? Sur le plan financier, Sassman dit qu'il est déçu que la vague d'attention médiatique, qui a accompagné le lancement de l'agence, ne se soit pas traduite en un soutien des sociétés. "Elles (les grandes firmes) ne veulent pas associer leurs marques de fabrique ou les noms de leurs entreprises à mon site. Même vos grandes firmes pharmaceutiques, elles m'ont toutes dit la même chose", note-t-il.

Ceci a entravé mes projets d'organisation d'une campagne de marketing en ligne qui attirerait plus de visiteurs sur le site 'thepositiveconnection.co.za'. Le nombre d'adhérents devait d'abord atteindre la barre des 300, avant que Sassman envisage d'introduire des frais d'inscription à l'agence. A l'heure actuelle, l'inscription est gratuite — et il utilise son propre temps et ses ressources pour continuer par faire tourner le site. L'agence doit également faire face au "fossé numérique" béant de l'Afrique du Sud.

Alors qu'il semblerait n'y avoir aucune pénurie de clients pour le 'thepositiveconnection.co.za' dans un pays ayant 21,5 pour cent de taux de prévalence de VIH (selon le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA), une forte proportion des personnes vivant avec le VIH/SIDA sont simplement trop pauvres pour se connecter régulièrement à Internet — si tant est qu'elles le font. La plupart de ces gens font partie de la majorité noire d'Afrique du Sud, qui lutte toujours pour sortir de la pauvreté qui lui a été infligée sous l'apartheid.

Ceci met le site de Sassman hors de portée pour la plupart des 6,2 millions de séropositifs en Afrique du Sud, qui a une population totale d'environ 45 millions.

Ceux qui ont accès à l'agence, se trouvent, toutefois, en face d'une gamme variée de personnalités.

Conçue sur un fond jaune vif, la page d'accueil du site représente des images et des liens vers des conseils sur l'utilisation du condom, le test de dépistage pour le VIH et des informations sur la nature du virus. Les abonnés peuvent envoyer des publicités personnelles, télécharger des photos (également des clips audio et vidéo), et même "discuter instantanément avec d'autres membres".

"MC", l'une des femmes inscrites sur le site, se décrit comme une personne au teint clair et aux yeux couleur noisette. La Zambienne âgée de 29 ans, agent de santé, "aimerait réellement trouver un homme affectueux et honnête avec qui partager mon amour et ma vie".

Elle dit que son partenaire idéal serait un chrétien, et que s'il est séronégatif, il "doit être disposé à accepter mon statut".

"Babes29", une autre femme de 29 ans, vit dans la ville côtière de East London. "Je suis une femme séropositive très sensible et réaliste", écrit-elle. "Je suis une fonceuse, (une) personne honnête, digne de confiance; je suis une personne ayant beaucoup de principes".

Parmi les hommes qui se sont inscrits sur 'thepositiveconnection.co.za', figure "Ultraman", l'un des rares à avoir envoyé une photo. "Ensemble, nous pouvons explorer les détails intimes de votre corps et du mien", souligne "l'entrepreneur" âgé de 30 ans.

Richard Yell, un interlocuteur gay motivé, s'est également inscrit au 'thepositiveconnection.co.za' — même s'il croit qu'il aurait pu rencontrer son partenaire par l'intermédiaire d'un autre service de rencontres en ligne, pour homosexuels.

L'expérience de cet ancien spécialiste de la mercatique sur des sites pour séropositifs l'a convaincu de leur importance. "Personne ne m'a contacté depuis des mois, excepté lui (le nouveau partenaire qu'il a trouvé) et je crois que cela n'était vraiment dû qu'au fait qu'il était séropositif lui-même", affirme Yell.

Des critiques des agences comme la 'thepositiveconnection.co.za' estiment qu'elle isole les personnes séropositives, renforçant ainsi la stigmatisation que subissent encore beaucoup de gens ayant contracté le virus.

"C'est de la ségrégation d'un certain genre", déclare Tendayi Kureya, un responsable de programme VIH pour le Zimbabwe à l'Agence de développement du gouvernement irlandais, 'Development Cooperation Ireland'.

D'autres ne partagent pas le même avis. "La honte est déjà là, je ne pense pas que cela (la renforce)", dit l'activiste anti-SIDA, Connie Setjeo, basé à Johannesburg.

Pour Yell, le probable impact social des sites en ligne importe moins que les avantages qu'ils devraient procurer.

"Nous avons tous besoin d'avoir quelqu'un qu'on aime — et d'être aimé par quelqu'un, qu'il soit gay ou hétérosexuel, noir ou blanc, séropositif ou séronégatif", souligne-t-il.