LOME, 27 sep (IPS) – Les autorités togolaises déclarent qu'elles "prennent acte avec intérêt" du rapport d'une mission d'enquête des Nations Unies qui fait état de "400 à 500 morts et de milliers de blessés", au cours des violences de la période électorale, au début de cette année.
Rendu public lundi par les Nations Unies, le rapport de la "Mission d'établissement des faits" accuse les autorités togolaises d'être les principales responsables des violences et violations des droits de l'Homme survenues au Togo, entre la mort de l'ancien président Eyadema Gnassigbé, le 5 février, et le lendemain de l'élection présidentielle du 24 avril. Nommée par le Haut commissariat des Nations Unies aux droits de l'Homme, la mission déclare avoir mis au jour "le caractère massif et la gravité des actes de violation des droits de l'Homme, attestés par le nombre élevé des victimes". La mission a séjourné au Togo du 13 au 24 juin 2005.
Le rapport mentionne également "l'ampleur des disparitions, l'utilisation à grande échelle de la torture et des traitements inhumains et dégradants, les destructions systématiques et organisées des biens et des propriétés".
Le rapport met un accent particulier sur "la responsabilité principale de la violence politique et des violations des droits de l'Homme de l'ensemble de l'appareil répressif et sécuritaire de l'Etat (police, gendarmerie, forces armées, tous corps confondus".
"La mission a reçu des témoignages particulièrement crédibles indiquant que le nombre de personnes décédées se situe entre 400 à 500", indique le rapport, précisant que les données concernant les exécutions sommaires n'ont pas été suffisamment prises en compte.
"Le gouvernement togolais remercie le Haut commissariat des Nations Unies aux droits de l'Homme pour sa contribution au processus de rétablissement de la vérité", a déclaré aux journalistes, Kokou Tozoun, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, lundi dans capitale, Lomé. Néanmoins, le gouvernement émet une réserve à peine voilée dans un communiqué publié lundi à Lomé. "Même si cette mission n'a mené aucune investigation détaillée et approfondie permettant d'établir la véracité des allégations portées à sa connaissance, le gouvernement togolais se réjouit, cependant, de ce que la mission est parvenue, entre autres, à des conclusions qui le confortent dans ses propres convictions".
"Si la mission avait passé plus de temps au Togo, elle aurait pu recenser plus de 500 morts, comme l'a indiqué le rapport", affirme, pour sa part, Simon Klumson-Eklu, vice-président de la Ligue togolaise des droits de l'Homme (LTDH). La LTDH, qui est une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Lomé, avait indiqué dans son propre rapport, publié en mai, que les violences avaient fait 811 morts. "Avec les chiffres publiés par la mission de l'ONU dans son rapport, on est tenté de se demander s'il y a eu un génocide au Togo", estime, de son coté, avec ironie, Claude Vondoly, président du Mouvement togolais pour la défense des libertés et des droits de l'Homme. Son ONG, basée à Lomé et accusée par certains observateurs d'être proche du pouvoir, avait fait état de 105 morts pendant la période électorale.
Pour Vondoly, on ne peut pas attribuer la responsabilité des violences et des violations des droits de l'Homme à l'armée togolaise toute seule "d'autant qu'il y a eu action et réaction".
Amnesty international avait indiqué, dans son rapport, publié en juillet, avoir produit une liste de 150 noms de victimes sur la base de déclarations recueillies parmi les réfugiés du Bénin. Selon l'organisation basée à Londres, "Le bilan total est bien plus élevé".
L'élection d'avril a été émaillée de violences qui ont contraint quelque 30.000 Togolais à se réfugier dans les Etats voisins du pays, notamment au Bénin et au Ghana. "Il faut, pour la sortie de crise et surtout pour remettre le Togo sur les rails de la démocratie et du respect des droits de l'Homme, le triptyque vérité-justice-réconciliation", a déclaré à la presse, Doudou Diène, président de la mission, qui est également rapporteur spécial de l'ONU sur le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance.
Selon Diène, ce triptyque devrait constituer le fondement central de tout programme durable de règlement en profondeur de la crise togolaise.
Mais, Klumson-Eklu de la LTDH martèle qu'il faut que les auteurs des ces actes soient punis et que les victimes soient indemnisées pour une vraie réconciliation dans ce petit pays d'Afrique de l'ouest.
Le Togo a été marqué par le pouvoir dictatorial de 38 ans du président défunt dont l'un des fils, Faure Gnassingbé, a été élu, lors de l'élection présidentielle contestée du 24 avril.
"Concernant la lutte contre l'impunité, le gouvernement togolais rappelle que le mandat de la Commission nationale spéciale d'enquête indépendante inclut la possibilité d'évaluer les préjudices subis par l'Etat et toutes autres victimes dans le but de prendre des mesures adéquates", indique le communiqué du gouvernement.
Le gouvernement avait nommé une commission nationale pour faire la lumière sur les violences de la période électorale. La composition de cette commission avait été critiquée par différentes organisations de la société civile, qui ont toujours mis en doute son indépendance. Dirigée par l'ancien Premier ministre du Togo Joseph kokou Koffigoh, cette commission n'a pas encore rendu public son rapport.
"La mission (de l'ONU) a…recueilli de divers acteurs de la société togolaise, tant politiques que civils, un sentiment affiché d'absence de crédibilité de la commission (nationale), découlant du fait que sa création, son mandat et sa composition ne sont pas le résultat d'un accord formel avec les principaux partis politiques et les principales organisations de la société civile", souligne le rapport de la mission.
La mission des Nations Unies n'a pas non plus épargné les dirigeants de l'opposition togolaise dont les militants, révoltés par la fraude électorale, se sont parfois, eux-mêmes, lancés dans des violences et des représailles. Le rapport accuse également des militants de l'opposition d'avoir commis des actes de torture contre des partisans présumés du pouvoir.
L'un des dirigeants de l'opposition togolaise, Léopold Gnininvi, secrétaire général de la Convention démocratique des peuples africains, s'est réjoui de la publication du rapport qui mentionne la responsabilité morale de l'opposition. Il déclare regretter, toutefois, qu'il n'y ait pas eu assez de chiffres, des faits et de noms dans le rapport. "Nous attendons que des procédures soient engagées à l'encontre des auteurs des violences et que réparation soit faite", a déclaré Gnininvi à IPS.

