POLITIQUE-AFRIQUE DU SUD: Des organisateurs de la revue des pairs invitésà ''marcher avec un ami''

JOHANNESBURG, 26 sep (IPS) – Des groupes de la société civile d'Afrique du Sud exigent un plus grand rôle dans l'auto-évaluation nationale qui doit être conduite dans le cadre du Mécanisme africain d'évaluation par les pairs (MAEP).

Le MAEP est la trouvaille du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), une initiative qui cherche à attirer plus d'investissement étranger sur le continent en améliorant la gestion des Etats africains.

L'Union africaine a inauguré le mécanisme dans la ville portuaire sud-africaine de Durban en juillet 2002, pendant son sommet annuel. Ce qu'on espère, c'est que cet exercice volontaire permettra aux pays africains d'évaluer leurs critères de gouvernance et leurs niveaux de développement, préparant le terrain pour un meilleur leadership politique et économique.

A ce jour, seuls le Ghana et le Rwanda ont été évalués — bien que 22 autres pays se soient inscrits au MAEP.

Des groupes de la société civile et des représentants d'entreprises en Afrique du Sud estiment que la composition de l'institution qui dirigera le processus d'évaluation du pays — le "conseil d'administration" — fait la part trop belle au gouvernement. Six des dix places au conseil ont été attribuées à des membres du gouvernement.

"C'est injuste que six ministres aient à siéger au conseil d'administration — un seul devrait être suffisant. La présence de six ministres entravera le processus, puisque les gens seront réticents à parler franchement", a déclaré à IPS, Samuel Katz, un homme d'affaires.

Il s'exprimait à une conférence tenue jeudi à l'Université de Witwatersrand, située dans la capitale économique Johannesburg, pour discuter du rôle de la société civile dans l'évaluation par les pairs.

"Il doit y avoir une pluralité d'opinions reflétées dans le processus", a souligné Adam Habib du 'Human Sciences Research Council of South Africa' (Conseil sud-africain pour la recherche en sciences humaines – HSRC), à la rencontre de jeudi. Le conseil d'administration devrait être composé de 12 membres, dont un tiers issu du gouvernement et les deux tiers d'institutions non gouvernementales. (Basé à Pretoria, le HSRC reçoit des financements aussi bien du gouvernement que du secteur privé).

Zanele Twala, directeur exécutif de la Coalition des organisations non gouvernementales d'Afrique du Sud, se dit également préoccupé par le niveau auquel on devrait inclure les représentants des citoyens pour que le processus soit véritablement indépendant à leurs yeux.

"Le gouvernement semble choisir pour la société civile ; (il) cherche des voix favorables et des têtes approbatrices", a dit Twala à la rencontre.

Le Ghana a reçu des éloges pour avoir permis à son secteur non gouvernemental de prendre les devants dans l'évaluation par les pairs de ce pays.

"Au Ghana, nous étions très satisfaits de la contribution de la société civile", a déclaré à la réunion, Chris Stals, un membre du Groupe de personnes éminentes du MAEP. "Nous sommes allés dans des zones rurales et avons rencontré des chefs qui savaient quelque chose au sujet de l'évaluation par les pairs". Le groupe composé de sept membres a évalué le processus de revue du Ghana.

Le Rwanda était moins disposé à donner aux groupes civiques le contrôle de son évaluation, peut-être un reflet du fait que plusieurs gouvernements africains perçoivent toujours la société civile comme une sorte d'opposition — et non un partenaire potentiel. Mais après quelques pressions directes, les autorités à Kigali ont inclus plus de représentants non gouvernementaux dans le processus.

"Nous leur avons demandé à maintes reprises d'inclure plus de représentants de la société civile", a indiqué Stals, un ancien gouverneur de la Banque centrale d'Afrique du Sud.

Une réticence similaire était visible au Kenya, actuellement aux prises avec sa propre évaluation par les pairs. "Il a fallu au Kenya quatre mois pour introduire la société civile dans le processus d'évaluation", a dit au cours de la rencontre, Ross Herbert de l'Institut sud-africain des affaires internationales — qui fait partie de l'Université de Witwatersrand.

Stals a souligné que l'évaluation de l'Afrique du Sud devrait englober toutes les couches de la société.

"Nous avons besoin d'une auto-évaluation critique, ouverte et franche. Si, par exemple, un certain aspect de la constitution (d'Afrique du Sud) ne plait pas à la société civile, elle devrait le dire", a-t-il noté, ajoutant : "Si les sociétés civiles ne sont pas satisfaites du processus, elles devraient contacter Adedeji et soulever leurs préoccupations".

Adebayo Adedeji, une personne éminente du MAEP, de nationalité nigériane, présidera le panel lorsqu'il évaluera la revue de l'Afrique du Sud.

Le gouvernement soutient qu'il n'a aucunement l'intention d'exclure des groupes civiques du processus.

"Il est possible que la société civile ait son propre bloc et qu'elle commence par discuter du processus du MAEP comme tout autre groupe", a dit à la réunion, Unathi Bangco du département du Service public et de l'Administration.

Eddie Makue, du Conseil des églises d'Afrique du Sud, a toutefois donné aux autorités le conseil suivant.

"Si vous voulez marcher vite, marchez seul. Si vous voulez aller loin, marchez avec un ami", a-t-il dit, en référence à la nécessité pour les autorités de se joindre à la société civile au sujet du MAEP.

Le ministre du Service public et de l'Administration, Geraldine Fraser-Moleketi, coordonnera l'évaluation, qui démarre à Johannesburg cette semaine (mercredi 28 septembre) au cours d'une conférence nationale qui sera ouverte par le président Thabo Mbeki. Des représentants de partis politiques, d'entreprises, de la société civile et du gouvernement prendront part à la rencontre.

La rencontre de Johannesburg sera suivie de conférences provinciales en début novembre, où le processus d'évaluation de l'administration (et du secteur privé) se poursuivra.

Les conclusions des délibérations provinciales seront présentées à une deuxième conférence nationale, également prévue pour novembre — qui débouchera sur un rapport sur l'Afrique du Sud.