SANTE-AFRIQUE DE L'OUEST: L'épidémie de choléra fait le tour de la région

OUADOUGOU, 14 sep (IPS) – Depuis le 12 août, le Burkina Faso est confronté à une épidémie de choléra qui continue de faire ravage au sein des populations de cet Etat d'Afrique de l'ouest où la maladie contagieuse s'est déjà signalée dans d'autres pays, semant la mort.

L'épidémie de choléra — appelée encore la maladie des mains sales — avait sévi au Sénégal vers le milieu de cette année et s'est propagée dans des pays limitrophes, comme la Gambie et le Mali. Au total 66 nouveaux cas de choléra avaient été enregistrés au Sénégal jusqu'au en juillet. Depuis l'apparition de l'épidémie, en octobre-novembre de l'année dernière au Sénégal, elle avait fait une dizaine de morts, selon le ministère de la Santé.

Avant le Burkina Faso, le choléra faisait encore rage, en juillet et août, en Guinée-Bissau où 14.333 cas ont été enregistrés à ce jour, dont 252 décès. Causé par un agent pathogène appelé vibrion cholérique, le choléra se manifeste par des vomissements et des diarrhées qui peuvent entraîner la mort du patient, s'il n'est pas immédiatement pris en charge dans un centre médical.

Au total, cinq villes sont touchées actuellement par l'épidémie au Burkina, en particulier, Koudougou, dans le centre-ouest, avec 16 cas dont un décès, et Ouagadougou, la capitale burkinabé, avec plus de 600 cas dont huit décès. De huit cas au début de l'épidémie au Burkina avec zéro décès, le bilan épidémiologique présenté par le ministère de la Santé est passé à 655 cas dont 10 décès à la date du 7 septembre. Ce bilan est passé, une semaine plus tard, le 14 septembre, à 825 cas, dont 11 décès, les nouveaux cas étant relevés à Ouagadougou.

Du bilan présenté par le ministère de la Santé, les enfants ne sont pas épargnés par la maladie. Parmi les victimes, se trouvent des enfants âgés de un à quatre ans, qui représentent 3,26 pour cent des cas, tandis que ceux de cinq à 14 ans sont estimés à 11,56 pour cent. Selon le secrétaire général du ministère de la Santé, Dr Jean Gabriel Wango, cette recrudescence de cas, en moins d'un mois, est due au mouvement des populations et aux eaux de ruissellement; le Burkina traversant, en ce moment, la saison des pluies, qui dure de juin à septembre.

"Cette situation est aggravée par les difficultés d'approvisionnement en eau potable", a déclaré Dr Sylvestre Tiendrébéogo, chargé de la surveillance épidémiologique au ministère de la Santé. Selon lui, "les zones à forte concentration de choléra sont celles non loties, où le niveau de salubrité est précaire et où l'accès à l'eau potable n'est pas courant".

"A cela", a-t-il souligné, "s'ajoute le péril fécal comme dans ces domiciles où le puits est à peine à trois mètres des latrines, alors que la norme est de 15 mètres au moins". L'accès des populations burkinabé à l'eau potable reste une préoccupation du gouvernement. En dépit des efforts déployés ces dernières années pour pallier le problème de manque d'eau, environ 30 pour cent de la population n'a pas encore accès à l'eau potable. Pourtant, l'accès à l'eau potable fait partie des huit Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), que des dirigeants du monde entier avaient retenus au Sommet du millénaire en septembre 2000 aux Nations Unies, à New York, et à réaliser d'ici à 2015 Ces objectifs prévoient également la réduction de l'extrême pauvreté et de la faim, la promotion de l'éducation primaire universelle, de l'égalité de genre, la réduction de la mortalité infantile et maternelle; l'inversion de la propagation du VIH/SIDA, du paludisme et d'autres maladies; l'assurance d'un environnement durable; ainsi qu'un partenariat mondial pour le développement et un commerce plus équilibré. Un nouveau sommet des dirigeants se tient actuellement, à l'ONU, du 14 au 16 septembre, sur la pauvreté et sur un bilan des cinq premières années d'efforts de réalisation des OMD.

En attendant, l'épidémie de choléra sème la panique au sein des populations burkinabé, mais elle entraîne des changements de comportement chez les vendeuses d'aliments de rue. "Depuis que le choléra sévit dans notre pays, je prends toutes les précautions pour l'éviter à mes clients. J'ai renforcé les mesures d'hygiène. Je lave tous mes plats avec de l'omo (savon en poudre), parfois avec de l'eau de javel, et mon repas est servi à chaud aux clients", a déclaré à IPS, Aminata Ouédraogo, restauratrice dans un marché de la place.

Harouna Dicko, lui, est un boucher, qui indique avoir constaté une baisse de ses recettes du fait de l'épidémie de choléra. "Mes clients se sont rétractés parce qu'on a dit que les mouches transmettent aussi le choléra", a expliqué Dicko à IPS, ajoutant : "Pourtant, depuis que la maladie a fait son apparition à Ouagadougou, j'ai redoublé de vigilance dans l'hygiène. La viande est toujours couverte par des plastiques et les lieux sont gardés propres, pour éviter les mouches". Les clients, eux-mêmes, pour se protéger du choléra, évitent les repas de rue, préférant veiller sur leur propre hygiène. Blaise Tindano, un jeune administrateur, déclare à IPS : "Moi, je prenais mon repas chaque midi au restaurant, mais depuis que le choléra sévit dans la ville de Ouagadougou, je m'efforce de manger à la maison où je prends toutes les précautions d'hygiène moi-même".

Ce sentiment est largement partagé par d'autres habitants de la capitale, qui essaient, chacun à son niveau, d'éviter le vibrion cholérique, en adoptant des mesures d'hygiène appropriées.

A cela, s'ajoutent les mesures prises par le gouvernement burkinabé, pour enrayer l'épidémie. Selon Dr Tiendrébéogo, la direction chargée de la lutte contre la maladie a renforcé les districts sanitaires en médicaments, solutions et consommables pour un traitement gratuit des malades.

Parmi les mesures pratiques, il y a l'isolement des patients, la limitation du nombre des accompagnateurs, l'interdiction des visites, la désinfection des domiciles des malades et la distribution d'eau potable dans les zones à forte concentration de choléra. Ces mesures sont soutenues par des campagnes de sensibilisation et d'information dans les médias, qui invitent chaque citoyen à ne boire que de l'eau propre, à se laver les mains au savon avant les repas et après avoir été aux toilettes, et à éviter les grands rassemblements.

Selon Wango, le ministère de la Santé fait tout pour "arrêter la propagation de la maladie", tout en cherchant à connaître la source de la maladie. Pour l'instant, l'hypothèse probable avancée par les autorités sanitaires, est que le vibrion cholérique, qui est très mobile, serait introduit au Burkina par des voyageurs en provenance des pays voisins en situation d'épidémie, dans la sous-région.

Le ministère indique que plus de 600.000 dollars ont été mobilisés par le gouvernement burkinabé pour faire face à l'épidémie, en attendant l'aide des partenaires techniques et financiers.

La dernière épidémie de choléra enregistrée au Burkina Faso remonte à 2001, avec 544 cas dont neuf décès.