DEVELOPPEMENT: Prendre l'allègement de la dette au mot

NATIONS UNIES, 18 sep (IPS) – Le Premier ministre britannique Tony Blair a prévenu que l'accord d'allègement de dette -tant vanté — négocié à la rencontre du G8 en juin à Gleneagles, en Ecosse, risquait sérieusement d'être sabordé.

Blair s'exprimait en marge du récent sommet important des Nations Unies, à New York, jeudi. L'accord du G8, qui a promis d'annuler les dettes de 18 nations en développement, avec une augmentation possible à 38, avait pour but d'apporter un allègement de la dette pour des pays à faibles et à moyens revenus afin de les aider à atteindre les huit Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) adoptés par l'Assemblée générale en 2000.

Les OMD incluent les objectifs d'amélioration de la santé, de l'eau et des installations sanitaires, de l'éducation, de l'égalité de genre et de l'environnement.

Récemment, certains pays européens ont toutefois essayé de modifier les termes de l'accord pour introduire graduellement, dans sa mise en œuvre, une mesure qui bloquera les financements immédiats pour les pays censés recevoir l'aide.

"Nous ne pourrons jamais aller aussi vite que l'exige la situation parce qu'elle nécessite, en fait, une action urgente dans chaque situation à l'heure actuelle. Nous n'allons jamais pouvoir faire tout ce que tout le monde veut", a déclaré Blair. "Concentrons-nous simplement sur comment faire pour que ces promesses soient tenues".

On pouvait voir, en compagnie de Blair, l'artiste-activiste Bob Geldof, qui a dit qu'il était déçu que le programme du Sommet mondial de l'ONU "ne soit pas détourné mais suborné", réduisant considérablement les chances de succès de plusieurs pays moins développés d'atteindre les OMD.

D'autres observateurs ont qualifié le sommet de "pétard mouillé" parce que son document final — après une vague de demandes de dernières minutes en faveur de révisions principalement de la part les Etats-Unis — n'a pas répondu aux attentes.

Les sentiments des deux hommes, qui ont fait part de leurs opinions pendant une conférence de presse conjointe avec le président nigérian Olusegun Obasanjo et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, ont repris en écho celles exprimées précédemment par des ONG, des organisations de la société civile et divers autres observateurs ces derniers jours, en particulier dans leurs appels pour que d'autres nations européennes adhèrent aux engagements du sommet du G8 en faveur de l'allègement de la dette du Tiers Monde.

Le G8 est composé de la Russie plus le groupe des sept nations les plus industrialisées (G7) : Grande-Bretagne, France, Allemagne, Etats-Unis, Japon, Italie et Canada.

"Il faut que les Hollandais et les Belges viennent avec nous au FMI (Fonds monétaire international) et essaient de faire accepter le grand programme de changement sur l'allègement de la dette", a indiqué Geldof.

"Il y a des raisons très valables, plusieurs raisons pour lesquelles ils peuvent ne pas être d'accord avec le programme", a-t-il ajouté, "mais qu'est-ce que cela vaut en face du Malawi, en face du Niger, de la routine quotidienne des morts révoltantes, des images indécentes de la pauvreté qui défilent sur nos écrans chaque nuit?" Malgré ses références peu voilées à la Belgique et à la Hollande, Geldof a suggéré qu'on avait tort d'aller expliquer comment les négociations sur la dette ont traîné aussi longtemps.

"Qui ai-je nommé? Qui est-je couvert de honte? Les Japonais, les Américains et les Canadiens et n'importe qui d'autre peuvent-ils mettre un peu plus dans la cagnotte? Oui. Le Royaume-Uni peut-il en faire autant? Bien sûr. Tout le monde peut le faire. C'est la honte de nous tous. Il s'agit du monde entier".

Les quatre dirigeants ont également discuté des liens entre la pauvreté, le désespoir et le terrorisme, comme l'a clairement souligné le discours du président américain George W. Bush, mercredi, devant l'Assemblée générale, et comment ils se rapportent à la proposition du G8 de former une force africaine de maintien de paix, forte de 75.000 hommes. Une telle force, ont-ils dit, apporterait la stabilité nécessaire pour favoriser le développement dans d'autres régions.

Le président nigérian Obasanjo a attiré l'attention sur la question de la stabilité en abordant des propositions de mise en œuvre d'un échange sur l'équité de la dette dans des discussions sur l'allègement de la dette.

"A quels avantages les Africains vont-ils renoncer pour l'effacement de la dette? Certains pays en Afrique ne possèdent pas beaucoup d'avantages pour en céder du tout. Alors à quoi leur demandez-vous de renoncer? La seule chose qu'il leur reste à laisser tomber est la vie", a-t-il déclaré. "Et c'est pour cela que nous demandons au monde de ne pas faillir à ses responsabilités. Nous avons besoin de stabilité pour faire des progrès".

Blair a dit que la force de maintien de la paix était nécessaire pour maintenir l'ordre en face des nombreux problèmes structurels auxquels est confrontée l'Afrique, en particulier des conflits sur les ressources.

Mais il a souligné que cette force de maintien de la paix ne pourrait être mise en place tant que l'accord du G8 sur la dette ne sera pas accepté d'un commun accord, d'abord dans les rencontres, ce mois, au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale à Washington, et plus tard au round de l'Organisation mondiale du commerce de Hong Kong, prévu pour décembre..

Blair a juré de faire tout ce qui est nécessaire pour maintenir l'accord du G8 dans les délais. "Le fait est que chacun dans le monde, à l'heure actuelle, essaie de prendre l'autre au mot sur ce commerce mondial", a-t-il indiqué.

"Nous avons dû commencer par mettre ces personnes au pied du mur et faire en sorte que les gens comprennent que si nous nous retrouvons avec un échec en décembre, cela se répercutera immédiatement 'dans le monde entier' — et je ne suis pas prêt à l'accepter, du moins pas sans une bataille monumentale".