NAIROBI, 13 sep (IPS) – Une rencontre dans la capitale kényane, Nairobi, a mis l'accent sur la nécessité de donner aux femmes soudanaises davantage de voix au chapitre dans les affaires politiques de leur pays, si le Soudan doit réaliser les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) adoptés aux Nations Unies.
Alors qu'un accord de paix a été signé en janvier mettant fin à plus de deux décennies de guerre civile au Sud-Soudan, la région du Darfour, dans l'ouest, continue d'être ravagée par un conflit entre le gouvernement et les rebelles de l'Armée de libération du Soudan (SLA), et le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE). Les pourparlers de paix pour le Darfour, parrainés par l'Union africaine, devraient reprendre le 15 septembre dans la capitale nigériane, Abuja.
"Il est difficile de réaliser des progrès sur les OMD tant que d'importants efforts pour mettre fin au conflit dans le Darfour ne seront pas accomplis. Toutefois, il est important que les femmes prennent part aux négociations en faveur de la paix au Darfour, aux côtés des autres parties, à Abuja", a déclaré Nyaradzai Gumbonzvanda, directrice régionale de programme en Afrique de l'est pour le Fonds des Nations Unies pour la femme (UNIFEM).
"Ce sont les femmes qui ont assumé la responsabilité de la promotion de la réconciliation et de la guérison au niveau local. Ce sont les femmes qui reçoivent les réfugiés et les ex-combattants durant la guerre. Les femmes devraient être à la table de négociations à Abuja, ceci conformément à la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l'ONU", a-t-elle noté à la rencontre de Nairobi, qui s'est déroulée vendredi. La réunion s'est focalisée sur la mise en œuvre des OMD au Soudan.
La résolution 1325, votée le 31 octobre 2000, marque la première tentative du conseil de s'attaquer aux conséquences spécifiques de la guerre sur les femmes — et au rôle qu'elles jouent pour mettre fin au conflit.
Les combats au Darfour ont commencé au début de 2003, où la SLA et le MJE ont lancé des attaques pour protester contre la négligence présumée de la région par le gouvernement. Les autorités ont riposté en ciblant les groupes ethniques Fur, Masalit et Zaghawa, dont les rebelles tireraient un soutien.
Khartoum est également accusé de soutenir des militants arabes connus sous le nom de "janjaweed" (cavaliers) dans des raids contre des membres de ces groupes ethniques. Environ 300.000 personnes auraient été tuées dans le conflit du Darfour, et plus de deux millions déplacées. L'année dernière, l'administration américaine a déclaré que les événements dans la région constituaient un génocide.
Les combats au Sud-Soudan ont entraîné un déplacement beaucoup plus important. Environ quatre millions de personnes auraient été contraintes de quitter leurs maisons, tandis que plus de deux millions d'autres ont perdu la vie durant le conflit entre le gouvernement et les rebelles du Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan (SPLM/A).
La région a été également détruite par la guerre à bien des égards : elle manque de routes bitumées, d'eau potable, d'écoles et d'hôpitaux.
"Le Sud-Soudan, et en particulier les femmes qui sont les plus affectées, ont d'urgence besoin d'aide financière pour reconstruire même les infrastructures les plus élémentaires", a déclaré Gumbonzvanda. "Nous espérons que les Fonds spéciaux de plusieurs donateurs, destinés à la reconstruction du Sud-Soudan, auront une politique d'ouverture où des femmes peuvent entrer facilement et avoir accès aux ressources".
A une rencontre tenue en avril dans la capitale norvégienne, Oslo, des donateurs avaient promis de mobiliser 7,8 milliards de dollars pour financer la reconstruction au Soudan, avec un montant substantiel de cette somme destiné au Sud.
"L'éducation est la première priorité. Jusqu'à présent, nos enfants étudient sous des arbres — mais comment pouvez-vous avoir l'éducation s'il n'y a pas d'écoles?", a demandé Mary Abiong, présidente de l'Association nationale des femmes du Sud-Soudan — qui fait partie de la 'Commission for Women, Gender and Child Welfare for Southern Sudan' (Commission pour les femmes, le genre et le bien-être des enfants du Sud-Soudan) du SPLM/A.
"Nous avons besoin d'écoles aussi bien pour nos enfants que pour nos adultes. Un grand nombre d'adultes, la plupart des femmes, sont analphabètes", a-t-elle ajouté.
Selon un rapport 2004 du 'New Sudan Centre for Statistics and Evaluation' (Centre des statistiques et d'évaluation du Nouveau Soudan) et du Fonds des Nations Unies pour l'enfance, les taux d'analphabétisme des adultes au Sud-Soudan en 2001 s'élevaient à 88 pour cent pour les femmes, et 63 pour cent pour les hommes. L'étude était intitulée 'Vers une ligne de base : Les meilleures estimations des indicateurs sociaux pour le Sud-Soudan'.
Le Centre des statistiques et d'évaluation du Nouveau Soudan fait également partie du SPLM/A, qui a combattu pour l'autodétermination religieuse et politique dans le sud.
Keziah Layinwa Nicodemus, présidente de la Commission femmes et genre du SPLM/A, s'est réjouie des quotas sur la représentation politique pour les femmes – mais a prévenu que ceci pourrait ne pas être tenu pour acquis.
"On nous a octroyé 25 pour cent de siègesàdans la constitution du Sud-Soudan. Mais nous devons faire pression pour que cela devienne une réalité. Le Soudan est un pays d'hommes et nous devons travailler dur avec le soutien de la communauté internationale pour former nos femmes à être des leaders", a-t-elle déclaré.
"Nous avons besoin de plus de femmes pour avoir une base forte en vue de proposer des lois qui traitent de la question de la violence à l'égard des femmes, qui nous a affectées durant la guerre civile de 21 ans, et est toujours en train d'affecter des femmes dans la guerre en cours au Darfour".
Selon un rapport publié plus tôt cette année par Amnesty International, l'organisation de défense des droits, le viol a été utilisé comme une arme de guerre au Darfour.
"Les forces armées et des membres de milices ont violé des milliers de femmes et des dizaines de milliers de femmes ont souffert d'une autre violence et de déplacement forcé dans le conflit au Darfour", a noté le document, qui a évalué globalement l'état des droits de l'Homme.
"Des femmes ont été violées au cours des attaques et enlevées souvent pour être des esclaves sexuels pendant des jours ou des mois. Des femmes continuaient d'être violées en dehors des camps pour personnes déplacées", a-t-il ajouté.
La rencontre de Nairobi vient en prélude à une importante conférence de l'ONU, qui se tiendra du 14 au 16 septembre à New York.
Le Sommet international des Nations Unies débattra de la réforme de l'institution mondiale, et des progrès réalisés en vue de l'accomplissement des OMD — convenus par des dirigeants de la planète au Sommet du millénaire en 2000.
Au nombre des huit objectifs, figurent la réduction de moitié de l'extrême pauvreté et de la faim, la réalisation de l'éducation primaire universelle, la promotion de l'égalité de genre — et la réduction de la mortalité infantile et maternelle. En outre, ils cherchent à combattre la maladie, à promouvoir un environnement durable et à développer des partenariats pour s'attaquer à des questions comme les pratiques commerciales peu équitables.
La date limite pour la réalisation des OMD est 2015.

