POLITIQUE-RDC: Remettre de l'ordre et sortir du chaos pour l'élection de 2006

KINSHASA, 12 sep (IPS) – Des milliers de personnes ont fait la queue, ces derniers jours, dans des centres d'inscription des électeurs en République démocratique du Congo (RDC) pour s'assurer qu'ils pourront prendre part à une élection décisive prévue pour se tenir d'ici le 30 juin de l'année prochaine.

Ce pays d'Afrique centrale devrait également organiser un referendum sur son projet de constitution en novembre.

L'élection générale de 2006 marquera la phase finale des efforts pour ramener la RDC à un régime démocratique après des années de guerre civile.

Toutefois, les autorités sont confrontées à d'énormes défis dans la préparation pour le vote, étant donné la négligence généralisée des services et des infrastructures qui devraient être en place pour l'organisation des élections dans un pays de la taille de l'Europe de l'ouest.

L'enrôlement a pris fin dans la capitale, Kinshasa, en juillet — et a été étendu plus tard à toutes les 10 provinces hors de la ville en ruine; toute l'opération est prévue pour prendre fin le 24 septembre. Plus de sept millions sur les 30 millions d'électeurs potentiels en RDC ont été inscrits jusqu'ici selon la Commission électorale indépendante (CEI) — l'organisme en charge de l'élection.

"Nous avons des contraintes financières et logistiques", déclare le président de la CEI, Apollinaire Malu Malu. "Et, les Nations Unies ont mis du temps à livrer des kits d'inscription à certaines régions, retardant l'enrôlement".

La mission de l'ONU en République démocratique du Congo (MONUC) est actuellement la plus grande opération de maintien de paix au monde.

Les projets pour boucler l'enregistrement avant octobre dépendent du soutien crucial de l'ONU dans le transport des matériels électoraux dans 166 localités éparpillées à travers le pays. Mais jusqu'à l'approbation, il y a quelques jours, d'une somme de 103 millions de dollars, la MONUC était obligée de détourner des hélicoptères et des véhicules de ses opérations militaires pour le processus d'enrôlement. Les kits d'inscription sont composés d'un ordinateur portable, d'une caméra numérique, d'un scanner d'empreintes digitales et d'une imprimante de cartes — équipement qui doit souvent voyager dans des pirogues et sur des routes en terre battue pour parvenir aux électeurs potentiels. Certains centres d'enrôlement n'ont reçu leurs matériels qu'une semaine avant la date à laquelle ils étaient supposés arrêter l'enregistrement des électeurs, selon la CEI.

Même lorsque les matériels arrivent à temps, leur utilité peut être limitée.

"Des gens viennent ici avec des passeports, des permis de conduire ou des cartes d'étudiants en lambeaux, mais ils ne peuvent même pas vérifier leurs villes natales ou adresses", a indiqué Fernando Nzuma, un agent recenseur dans la ville côtière de Muanda.

"Nous demandons de quel village ils viennent, et ils se grattent juste la tête et disent qu'ils sont nés à Kinshasa…Devrions-nous les inscrire ou sont-ils des bluffeurs?".

D'autres électeurs probables arrivent sans un quelconque document; ils amènent plutôt un groupe d'amis pour répondre de leur identité. Les cartes d'électeur, si elles sont délivrées, seront les premières cartes d'identification que ces gens possèdent.

A Muanda, IPS a rencontré des gens qui essayaient de s'inscrire après être venus des profondeurs des pays voisins comme l'Angola, où ils étaient allés chercher du travail. Certains avaient fait le voyage pour rien.

Un groupe de jeunes garçons au centre de Muanda a réagi de façon agressive lorsque des agents électoraux ont expliqué qu'ils devaient avoir au moins 18 ans pour voter.

"C'est notre droit, nous ne laisserons pas la politique nous arrêter", a déclaré l'un d'eux avant d'être emmené de force par la police.

"Que pouvons-nous dire? L'ordinateur rejette leur information", a indiqué Nzuma. "Ils n'ont que 17 ans, mais ils sont venus de si loin".

L'opposition a accusé le gouvernement et la CEI de mauvaise planification et de présentation de faux chiffres d'enrôlement.

"Il y a beaucoup plus d'étrangers inscrits que de Congolais, et certains Congolais se sont fait enrôler plusieurs fois", a affirmé Jean Baptiste Bomanza, porte-parole du principal parti d'opposition, l'Union pour la démocratie et le progrès social.

Malu Malu reconnaît qu'il y a des cas de Congolais qui se sont inscrits plus d'une fois, et indique que quelques étrangers ont en effet leurs noms sur la liste électorale.

"Ces cas font l'objet d'une enquête et seront réglés", ajoute-t-il.

"Nous utilisons un équipement électronique dans les centres, ce qui nous aide à régler ce problème".

L'instabilité actuelle dans les provinces orientales de la RDC constitue également un défi.

Le mois dernier, l'ancien général rebelle Laurent Nkunda a annoncé qu'il envisageait une nouvelle occupation de Bukavu, dans l'est de la RDC — ceci après avoir pris le contrôle de la ville il y a juste un peu plus d'un an, lorsqu'il a allégué que le gouvernement persécutait son groupe ethnique, les Banyamulenge.

Même si les autorités n'ont pas tenu compte des menaces de Nkunda, les commentaires présomptueux ont mis en lumière l'incapacité de Kinshasa à contrôler l'est du pays, où d'anciens rebelles et d'autres factions terrorisent toujours les habitants de la région.

La guerre civile congolaise, qui a duré cinq ans, a mis aux prises des forces gouvernementales soutenues par le Zimbabwe et l'Angola et des rebelles congolais soutenus par le Rwanda et l'Ouganda. Les combats ont officiellement pris fin en 2002, où près de quatre millions de personnes sont mortes — dont plusieurs de faim et de maladie.

Kigali a affirmé, à maintes reprises, que son implication à l'est du Congo provenait de la nécessité de prendre des mesures contre des militants hutus qui ont aidé à perpétrer le génocide de 1994 au Rwanda — et qui utilisaient la RDC comme une base d'opérations contre le pays.

Pour sa part, les Nations Unies ont impliqué — les Etats engagés dans le conflit congolais – dans l'exploitation des ressources du pays.

Pour empêcher l'intimidation des électeurs, la CEI a placé de nombreux observateurs neutres et des policiers dans les centres d'enrôlement — tandis que des forces de maintien de la paix aideront à sécuriser les isoloirs pendant les élections. Plus de 16.000 soldats sont en RDC sous les auspices de la MONUC.

Le 30 juin a été initialement fixé comme date limite pour la tenue des élections, mais des dirigeants politiques ont demandé un report d'au moins six mois, évoquant le coût et la complexité de l'opération. Plus de 40.000 bureaux de vote seront nécessaires le jour de l'élection.