MAFIKENG, 7 sep (IPS) – Depuis l'avènement de la démocratie il y a une décennie en Afrique du Sud, des efforts ont été faits pour donner, à la population noire majoritaire dans le pays, des opportunités dans le secteur agricole. Durant la période coloniale et sous l'apartheid, les Noirs ont été dépossédés des terres -et souvent empêchés d'en acheter.
Des fermiers noirs émergeants sont toutefois confrontés à une multitude de problèmes, allant d'un manque d'accès aux prêts, à une formation insuffisante.
"La banque insiste sur la garantie (hypothèque) que certains fermiers n'ont pas", déclare Lobias Mosadi, directeur adjoint de 'Implementation Support Unit' (Unité d'appui à l'exécution) au département de l'Agriculture et des Affaires agraires.
Le gouvernement s'est vu contraint d'intervenir. "Maintenant, la banque n'accorde un prêt qu'après qu'un fermier, qui n'a aucune garantie, a reçu une subvention du gouvernement", note Mosadi.
En 2003, il a fallu six mois à William Mahamba – âgé de 49 ans – pour obtenir un prêt de 15.000 dollars afin d'acheter la ferme de 145 hectares dont il est maintenant le propriétaire. Mais, il semble que cette attente en valait la peine.
"J'ai commencé avec sept vaches. Maintenant, je possède 160 bovins", a indiqué Mahamba récemment à IPS au cours d'un entretien à Mafikeng, la capitale de la province du Nord-Ouest en Afrique du Sud. "Si vous voulez être un fermier, vous devez oublier tout ce qui a rapport au plaisir. Vous devez travailler très dur".
L'objectif du gouvernement après l'apartheid était de transférer aux Noirs 30 pour cent des terres agricoles appartenant aux Blancs, d'ici à 2015.
A ce jour, cependant, un peu plus de 3,1 millions d'hectares ont changé de mains — une fraction de la masse totale de terres appartenant aux Blancs — avec 1,2 million de personnes bénéficiant du projet de distribution de terres. Ceci a donné lieu à des craintes selon lesquelles les autorités auront du mal à atteindre leur objectif.
La situation dans la province du Nord-Ouest reflète la lenteur dans le transfert de terres. Les autorités provinciales veulent distribuer deux millions d'hectares de terres d'ici à 2014 — mais en mars de cette année, elles n'avaient transféré que 73.155 hectares.
"Il n'est pas facile de régler les problèmes de terres dans un pays comme l'Afrique du Sud qui continue de sortir encore de son passé", a déclaré, aux journalistes qui visitaient la région, Nick Seobi, qui travaille pour le département de l'Agriculture dans le Nord-Ouest.
Certains affirment que les fermiers blancs ont gonflé le prix de leurs terres pour profiter injustement du système "de vendeur, acheteur consentants", qui a été utilisé pour le transfert de terres jusqu'ici.
"Le rythme de la réforme a été négativement influencé par "l'approche de l'acheteur, vendeur consentants", a déclaré la vice-présidente Phumzile Mlambo-Ngcuka lors de son allocution à un sommet national sur la terre, tenu à Johannesburg, la capitale économique d'Afrique du Sud, plus tôt cette année (27-31 juillet).
Toutefois, Hans Van der Merwe, responsable de AgriSA — une union composée principalement de fermiers commerciaux blancs — a mis en garde contre l'ingérence dans le système.
"Les propriétaires de terres espèrent un prix du marché, déterminé par le 'concept d'acheteur, vendeur consentants'," a-t-il dit à la rencontre.
La terre est une question qui soulève des passions à travers l'Afrique australe. Au Zimbabwe, une série controversée de saisies de terres, qui ont commencé en 2000, ont porté un coup à l'économie du pays — et ont contribué aux pénuries alimentaires qui affectent actuellement quelque trois millions sur les 13 millions de citoyens zimbabwéens.
Les occupations de fermes ont été lancées par des vétérans de la lutte de libération du pays — des années 1970 — et des militants du gouvernement, pour soi-disant corriger les déséquilibres raciaux dans la possession de terres, qui ont été hérités de la période coloniale. En 2000, la plupart des terres agricoles de premier choix du Zimbabwe appartenaient encore à environ 4.500 fermiers blancs.
Des détracteurs de l'administration d'Harare ont dit que les invasions étaient soutenues par le gouvernement en vue d'obtenir un soutien avant le scrutin législatif de 2000 — la première élection dans laquelle le 'Zimbabwe African National Union-Patriotic Front', au pouvoir, a fait face à une menace crédible de l'opposition.
En Namibie, le gouvernement s'est lancé dans des achats forcés de fermes appartenant aux Blancs afin d'accélérer ses efforts de distribution de terres (la première vente du genre a été achevée la semaine dernière).
Environ 4.000 fermiers blancs seraient en possession d'un peu moins de la moitié des meilleures terres arables du pays.
Auparavant, la politique du "vendeur, acheteur consentants" a été également observée en Namibie. Mais avec seulement 37.000 citoyens noirs ayant été réinstallés depuis l'indépendance en 1990, les autorités ont essuyé des critiques pour la trop grande lenteur dans la réforme. Des rapports indiquent qu'environ 240.000 personnes devront être réinstallées durant les cinq prochaines années.
Alors que le débat sur la meilleure façon de poursuivre des initiatives de distribution de terres en Afrique du Sud continue, des efforts pour décentraliser le processus de distribution semblent avoir arrangé les choses.
"Nous gérons maintenant le programme de réforme agraire depuis la province : le gros des décisions est pris depuis les provinces pour ne pas étouffer le programme. Quelques cas seulement sont transmis au gouvernement national", a souligné Seobi.
En définitive, le but du gouvernement est de disposer de beaucoup plus d'histoires à succès comme celle de Selebaleng Ratsikane, âgée de 75 ans.
Infirmière à la retraite, Ratsikane était la 'Femme agricultrice de l'année' 2004, dans la province du Nord-Ouest, dans la catégorie 'Meilleur producteur pour les marchés informels'. Au niveau national, Ratsikane faisait partie des quatre premiers dans la même catégorie; elle avait gagné 7.693 dollars en prix pour les deux compétitions.
"J'ai utilisé l'argent pour forer des puits artésiens. Maintenant, j'ai assez d'eau sur ma ferme", déclare-t-elle, en souriant.
Ratsikane est toujours dans un besoin de financement, mais cela ne l'empêche pas de faire des projets.
"Je veux commencer par exporter des légumes, du maïs et des tournesols vers l'étranger l'année prochaine. Je veux également exporter des chèvres vers l'Australie", affirme-t-elle.

