DROITS-OUGANDA: Progrès irréguliers sur l'égalité de genre

KAMPALA, 6 sep (IPS) – L'Ouganda a été largement loué pour s'être doté d'une constitution qui reflète les préoccupations de genre. Le document datant de 10 ans engage le pays dans des mesures de discrimination positive sur le lieu de travail, l'absence de discrimination par rapport au sexe et aux droits économiques des femmes.

Il prévoit également une commission pour contrôler si les programmes gouvernementaux font de la discrimination sur la base du sexe. Par ailleurs, l'Ouganda a promis de mettre en œuvre les huit Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) des Nations Unies, qui incluent la promotion de l'égalité de genre d'ici à 2015.

Toutefois, les progrès en vue de l'émancipation réelle des femmes ont été quelque peu irréguliers dans ce pays d'Afrique de l'est.

Les femmes sont visibles dans des fonctions politiques, occupant près d'un quart des sièges législatifs. Toutefois, leur représentation et participation dans les institutions commerciales et sociales comme les hôpitaux et les écoles sont trop faibles, selon la députée, Betty Amongi.

"Le président est en train d'utiliser les femmes pour obtenir un soutien politique", affirme-t-elle.

Le gouvernement a créé un ministère de Genre — mais lui accorde beaucoup moins d'argent qu'à d'autres départements. Mary Amajo, une autre députée et présidente de l'Association des femmes parlementaires de l'Ouganda, estime que le ministère manque de financement pour les conseils locaux des femmes sous son autorité, qui sont supposés évaluer les besoins des femmes.

"Je ne dirais pas que c'est totalement un semblant d'intérêt", note Amajo en ce qui concerne les efforts du gouvernement pour amener l'égalité entre les hommes et les femmes. "Je dirais que c'est lent parce que nous sommes toujours une société dominée par des hommes. Lorsque nous commençons par débattre de n'importe quoi ayant rapport au genre, c'est en ce moment que les députés hommes sortent pour aller faire d'autres choses".

Les femmes ont des difficultés pour avoir accès aux ressources financières et à la terre, a déclaré Amajo à IPS. Même si elles peuvent acheter des terres, les propriétés de la famille sont toujours reçues en héritage par des hommes. En conséquence, les femmes manquent souvent d'hypothèques pour garantir les prêts auprès de grandes banques qui offrent de faibles taux d'intérêts — et doivent s'adresser à des usuriers.

L'Ouganda n'a aucune loi spécifique régissant la violence conjugale, qui est actuellement classée dans le registre des coups et blessures dans le code pénal. Les femmes ont besoin d'avoir accès à une aide juridique, à des abris sûrs, à des conseils et à des ressources financières pour se prendre en charge elles-mêmes si leurs époux sont emprisonnés. Des formes d'inégalité de genre commencent au niveau de l'école.

Selon Amongi, le financement du gouvernement en faveur des écoles ne couvre pas toutes leurs dépenses — forçant les écoles à faire payer les frais de scolarité. Toutefois, les parents dans des zones rurales, qui n'ont pas les moyens d'éduquer tous leurs enfants, donnent généralement la préférence aux garçons.

Ceci provient de la croyance culturelle selon laquelle "les filles sont supposées être préparées pour le mariage, et non pour l'école", explique Amongi. Elle souligne que certains parents encouragent les filles à se marier à un âge très précoce — même dès l'âge de 10 ans.

Le système de l'éducation primaire à travers le pays est par ailleurs accablé par une absence de programmes d'alimentation, des classes surchargées et des écoles qui manquent parfois de toilettes séparées pour les garçons et les filles. Ceci rend la vie difficile pour les filles en menstrues dont le sort est aggravé par le fait qu'elles peuvent ne pas avoir les moyens d'acheter des serviettes hygiéniques.

"Souvent, la robe d'une fille se salit et les garçons se marrent. Parfois, les filles rient également", indique Amajo. "Dans un mois, elle manque quatre jours en moyenne, certaines d'entre elles abandonnent alors les classes".

Par ailleurs, les jeunes filles peuvent être exposées aux avances sexuelles des maîtres et autres autorités de sexe masculin — ce qui pourrait mettre un terme à leur éducation : "Lorsque les filles tombent enceintes, elles abandonnent les cours", observe Amongi.

Le deuxième OMD parle de la nécessité de parvenir à l'éducation primaire universelle, tandis que le troisième objectif se focalise sur la suppression des disparités de genre aux cours primaire et secondaire.

La mutilation génitale de la femme (MGF) est une autre question problématique à laquelle sont confrontées les jeunes femmes.

Dora Byamukama, une députée et présidente de la 'Equal Opportunities Committee' (Commission pour l'égalité d'opportunités) du gouvernement, croit que l'Ouganda a besoin de plus de lois interdisant la pratique. La MGF est traitée par des lois sur la torture, ce qui fait qu'il est difficile d'appréhender ceux qui se livrent à cette pratique.

Des problèmes liés au genre sont pires dans le nord de l'Ouganda, déchiré par la guerre, où les filles luttent contre l'abus sexuel et la pauvreté à une échelle non expérimentée par leurs homologues dans d'autres régions, ajoute Amajo.

Depuis 1986, le gouvernement combat l'Armée de résistance du seigneur (LRA) – rebelle – dans le nord du pays.

Dirigée par Joseph Kony, la LRA déclare vouloir remplacer l'administration par une autre basée sur les Dix commandements de la bible.

Toutefois, le groupe est mieux connu pour l'enlèvement des enfants qu'ils utilisent comme soldats rebelles et esclaves sexuels.