POLITIQUE-KENYA: Les leaders religieux rejettent l'avant-projet deconstitution

NAIROBI, 1 sep (IPS) – La religion est en train de jouer un rôle majeur dans la destruction de l'avant-projet de constitution du Kenya. Chrétiens et musulmans, qui ont vécu paisiblement pendant des décennies, se sont maintenant soudainement trouvés en désaccord sur le document.

Les musulmans insistent pour dire que les lois islamiques de la charia, qui punit de flagellation pour consommation d'alcool et de lapidation jusqu'à ce que mort s'en suive en cas d'adultère, doivent être introduites dans la nouvelle constitution. Cela a mis en colère les chrétiens qui constituent approximativement 85 pour cent de la population du Kenya estimée à 30 millions de personnes. Un référendum est programmé pour le mois de novembre pour trancher la querelle. Mais le gouvernement est inquiet parce que des membres de 'l'Eglise du Kenya', qui se sont rencontrés dans la capitale, Nairobi, le 25 août, ont dit qu'ils mobiliseraient leur congrégation pour voter 'non'. "Nous disons que tous les tribunaux religieux et traditionnels ne doivent pas être inclus dans la constitution. Ces tribunaux sont franchement inconstitutionnels", a déclaré David Githii, président de l'Eglise du Kenya, un regroupement de 40 groupes d'églises, pendant la réunion de la semaine dernière. L'alinéa trois de l'article 179 de la constitution proposée prévoit une place aux tribunaux traditionnels et de la charia, alors que dans le même temps, l'alinéa premier de l'article 10 stipule la séparation entre l'Etat et la religion. "Nous avons des stratégies pour arriver jusqu'au niveau du village et convaincre les gens là-bas de voter 'non' à la constitution. Nous avons des branches dans les villages et nous communiquons avec les populations à la base presque sur une base quotidienne. Cette campagne pour le vote du 'non' se poursuivra même après le référendum. Elle s'étendra jusqu'aux prochaines élections générales en 2007", souligne, à la rencontre, l'évêque Margaret Wanjiru du ministère 'Jésus est vivant', une église charismatique. "Notre vote et celui de nos congrégations demeurent 'non' jusqu'au changement de la disposition 179. Si le gouvernement choisit de rester inflexible, c'est leur choix. La balle est dans leur camp", a-t-elle dit. L'introduction des tribunaux traditionnels dans l'avant-projet de constitution la semaine dernière visait à apaiser les chrétiens qui étaient contre les tribunaux de la charia ou du Khadhi, comme chacun le sait au Kenya. Les tribunaux du Khadi fonctionnent au Kenya depuis des décennies. Au cours d'une Conférence constitutionnelle nationale en 2003, des divergences inconciliables sont apparues quand les musulmans ont exigé que les tribunaux du Kadhi soient élevés au rang de tribunal national et autorisés à connaître des affaires commerciales, civiles et criminelles, juste à l'instar de la Cour suprême. Les chrétiens ont rejeté l'idée. Ils ont exigé que les tribunaux soient tous balayés de l'avant-projet de constitution, puisqu'il donne la préférence aux musulmans. Les chrétiens avancent comme argument que ces tribunaux ouvriraient la voie à la transformation du Kenya Etat islamique et plongeraient le pays dans une guerre religieuse comme cela est arrivé au Soudan et au Nigeria. Pour se défendre, les musulmans ont indiqué qu'ils n'accepteraient rien de moins que l'élévation au rang de tribunal national des tribunaux du Kadhi. Au Soudan voisin, la religion a nourri le conflit entre le régime de Kharthoum dominé par des Arabes et la majorité chrétienne du sud depuis 1955. Le dernier conflit en date, qui a éclaté en 1983, a causé plus de deux millions de morts, principalement dans le sud, quand l'ancien président Gaafar Nimeiri a imposé la charia. Le 9 janvier 2005, un accord de paix a mis fin à la guerre considérée comme la plus longue de l'Afrique. La charia crée également des animosités dans l'Etat ouest-africain du Nigeria avec de fréquents reportages sur des conflits entre membres des deux religions. Presque la moitié des 36 Etats du pays le plus peuplé d'Afrique ont adopté la loi. Au Kenya, les plus graves incidents jamais enregistrés sont l'incendie d'une mosquée et de deux églises. Un ecclésiaste de l'église anglicane a été blessé au cours de l'affrontement qui a eu lieu en 2000. En raison des désaccords entre les deux religions, la Conférence nationale constitutionnelle, qui a rendu ses délibérations l'année dernière, a décidé, dans son document final, de ne pas élever les tribunaux basés sur la charia. Elle a recommandé de les laisser opérer au niveau local comme ils l'ont toujours fait; s'occupant seulement de lois personnelles relatives au divorce, à l'héritage et au mariage. La semaine dernière (le 23 août), le gouvernement a rencontré les chefs de l'église pour les dissuader de voter contre le référendum programmé. Mais les deux ont atteint un point de non-retour lorsque l'église a maintenu qu'elle ne voterait 'oui' que lorsque le gouvernement aura retiré les dispositions litigieuses, y compris les tribunaux de la charia. "S'ils disent 'non' à l'avant-projet de constitution, les répercussions seront phénoménales. Le gouvernement peut évidemment perdre le référendum", a affirmé à IPS, la semaine dernière, Mutahi Ngunyi, un spécialiste en sciences politiques à Nairobi. Le gouvernement du président Mwai Kibaki a déjà lancé une campagne pour le vote du 'oui'. Une autre question litigieuse contenue dans l'avant-projet de constitution est la présidence, qui a provoqué une scission au sein du parti au pouvoir, la Coalition nationale arc-en-ciel (NARC). Une aile du parti au pouvoir, le Parti libéral démocrate (LDP) supporte l'idée d'un président qui ne gouverne pas et d'un Premier ministre puissant. Le ministre des Routes et des Travaux publics, Raila Odinga, leader du LDP, est étiqueté comme le très probable candidat pour le poste de Premier ministre. Le Parti de l'alliance nationale du Kenya (NAK), l'autre aile de la coalition au pouvoir, qui comprend principalement le président et les politiciens proches de lui, préfère un président fort. Une campagne d'éducation civique organisée par la Commission de révision de la constitution du Kenya est attendue avant le référendum. Si l'avant-projet controversé est rejeté, le Kenya retournera à la vieille constitution. S'il est accepté, le président Kibaki pourrait déclarer le document comme la nouvelle constitution du Kenya, le 12 décembre 2005.