DURBAN, 30 août (IPS) – Pour certains, l'introduction d'une subvention sur le revenu de base (basic income grant, BIG) en Afrique du Sud est un luxe inimaginable -et l'idée de l'appliquer dans d'autres pays africains plus pauvres, est tout simplement ridicule.
Néanmoins, la campagne sud-africaine pour la BIG, qui a commencé il y a quatre ans, semble avoir des échos ailleurs dans la région. (Des subventions sur le revenu de base sont données à chaque résident légal d'un pays sans considération de l'âge ni de revenu, les partisans soutenant qu'elles réduisent la pauvreté et stimulent la croissance économique.) Tôt cette année, des activistes namibiens avaient pris une initiative similaire dans leur pays. C'était suite à une étude faite, entre autres, par l'Université de Namibie, qui a révélé que la BIG pourrait être financée par une augmentation de 6,5 pour cent de la taxe sur la valeur ajoutée du pays. On rapporte que l'idée d'une subvention sur le revenu fait également du chemin au Malawi, au Mozambique, en Zambie — et même aussi loin qu'au Ghana. Pumi Yeni, coordinateur national de la Coalition sud-africaine pour la BIG, déclare que le groupe parle aux activistes dans tous ces quatre pays pour les aider à initier des campagnes nationales pour une subvention. La coalition comprend 32 organisations non gouvernementales, des églises et des syndicats. Son espoir est qu'une direction régionale de la BIG renforcera des initiatives nationales. "Si les gouvernements sont trop pauvres pour payer la BIG, le mouvement pour la BIG les obligera au moins à appliquer de meilleures politiques en matière de pauvreté compte tenu des moyens dont ils disposent", note Yeni. Si la BIG obtient du soutien ailleurs sur le continent, la subvention peut toutefois se révéler encore difficile à appliquer en Afrique du Sud. Le gouvernement voit la BIG, qui coûterait approximativement 15 dollars par mois par citoyen, comme le chemin vers la faillite : le ministre des Finances, Trevor Manuel, estime qu'il faudrait chaque année 12 milliards de dollars pour financer l'initiative. Selon des chiffres les plus récents publiés par l'Institut national des statistiques, StatsSA, les autorités dépensent déjà un montant substantiel pour d'autres allocations sociales — 6,8 milliards de dollars par an, au dernier compte. Une organisation de recherche basée à Johannesburg, la Fondation pour un libre marché, croit également que l'Afrique du Sud est trop pauvre pour s'accabler avec les grandes dépenses qu'entraînerait la BIG. "Il faut donner aux gens la possibilité de gagner leur vie par eux-mêmes", déclare le directeur de la fondation, Eustace Davie, ajoutant que la BIG mettrait un frein à la croissance économique. Plutôt qu'une subvention sur le revenu, la fondation aimerait voir un assouplissement des lois rigoureuses sur le travail en Afrique du Sud. Les personnes qui sont au chômage pour six mois ou plus longtemps, devraient être autorisées à travailler pour moins que le salaire minimum, suggère Davie, dans le but de s'assurer que davantage de gens ont une quelque forme d'emploi. StatsSA évalue le taux de chômage du pays à 41 pour cent. Néanmoins, la Coalition pour la BIG insiste pour dire que la subvention sur le revenu est applicable : selon ses calculs, l'initiative coûterait chaque année 7,3 milliards de dollars supplémentaires, que le pays peut s'offrir. Les disparités de revenu, qui ont été créées suivant des critères raciaux pendant la période de l'apartheid, ont mis certains dans une situation inconfortable par rapport à l'instauration d'une subvention sur le revenu qui vise à faire profiter aussi bien au riche qu'au pauvre. Les membres de la coalition estiment toutefois que le système sud-africain des impôts pourrait être restructuré pour persuader ceux qui ont des revenus élevés à en reverser une partie pour la subvention à travers un impôt de solidarité qui, à son tour, pourrait être utilisé pour baisser les coûts totaux de la BIG. L'argument selon lequel les autorités dépensent déjà un montant substantiel sur les autres types de subventions est également remis en cause. En 2002, le ministère du Développement social a publié les conclusions d'une enquête qui a révélé que presque 12 millions de pauvres étaient exclus du système de protection sociale parce qu'ils n'étaient éligibles à aucune des subventions existantes. La même étude (intitulée 'Rapport consolidé de la commission d'enquête sur un système complet de sécurité sociale pour l'Afrique du Sud') a révélé qu'environ la moitié de la population du pays – qui est de 44,8 millions habitants — vivait dans la pauvreté. "Nous avons besoin d'un programme complet qui couvre tout le monde et non seulement certains parties de la société", dit Yeni qui croit qu'une subvention sur le revenu de base peut être également perçue comme une obligation constitutionnelle en Afrique du Sud. Cela est fondé sur le fait que la constitution donne à tout le monde le droit à la sécurité sociale. "Les allocations ne sont pas un privilège, c'est un droit", souligne Yeni. Selon une recherche indépendante commandée par la Coalition pour la BIG, une subvention sur le revenu national sortirait 6,3 millions de personnes de la pauvreté. Un autre argument contre la BIG concerne la peur que les subventions sur le revenu pourraient conduire à une culture de dépendance. Pour sa part, la Coalition pour la BIG estime qu'une subvention sur le revenu va donner à beaucoup les moyens de sortir chercher un emploi — et non les encourager à compter sur les subsides du gouvernement.

