DEVELOPPEMENT-AFRIQUE AUSTRALE: L'aide à une région minée par la faim

JOHANNESBURG, 2 sep (IPS) – Des agences d'aide ont salué une annonce faite par la Commission européenne (CE) de donner 5,4 millions de dollars supplémentaires pour aider à faire face aux besoins alimentaires au Zimbabwe, au Lesotho et au Swaziland.

Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), plus de dix millions d'habitants d'Afrique australe ont actuellement besoin d'aide d'urgence.

L'agence a lancé un appel en faveur de la région en janvier.

Le don de la CE porte à environ 53 millions de dollars les contributions totales de la commission ainsi que celle d'Etats membres individuels de l'Union européenne en faveur de l'allègement de la faim en Afrique australe. (La CE est l'organe de prise de décision et la branche exécutive de l'union).

"Le don de la CE nous aidera à acheter d'urgence des vivres nécessaires pour des milliers de personnes", a déclaré à IPS, depuis la capitale mozambicaine, Maputo, mardi, Michael Huggins, porte-parole du PAM en Afrique australe.

Mais, "Nous avons encore besoin de 187 millions de dollars (pour) la prochaine période de soudure qui prend fin entre mars et avril 2006, selon l'endroit où vous vous trouvez dans la région", a-t-il indiqué. La période de soudure se situe entre des récoltes, au moment où des vivres peuvent être rares dans les communautés rurales.

Sur les trois nations devant bénéficier de la promesse de la CE, le Zimbabwe est le plus durement affecté par des pénuries alimentaires.

La production agricole dans le pays a chuté suite à la sécheresse et à une série controversée de saisies de terres qui ont démarré en 2000. Les denrées alimentaires qui sont disponibles sont hors de portée pour plusieurs, avec un déclin économique ayant entraîné un chômage généralisé et une inflation à trois chiffres.

Selon le PAM, une recherche préliminaire, effectuée par la 'Zimbabwe Vulnerability Assessment Committee' (Commission chargée de l'évaluation de la vulnérabilité du Zimbabwe – ZimVAC), montre qu'environ 2,9 millions sur les 13 millions de citoyens du pays auront besoin d'aide alimentaire cette année. La ZimVAC comprend des représentants de l'administration du Zimbabwe, des organisations non gouvernementales et le PAM.

Toutefois, l'agence de l'ONU note que ces estimations sont basées sur un engagement du gouvernement à importer 1,2 million de tonnes de vivres – ainsi que sur des hypothèses selon lesquelles les prix du maïs seront subventionnés, et que les salaires peuvent suivre le rythme de l'inflation..

Si ces hypothèses ne se confirmaient pas, le nombre de personnes ayant besoin d'aide alimentaire pourrait augmenter.

Le PAM envisage de distribuer 300.000 tonnes de vivres aux Zimbabwéens dans le besoin, et aide déjà environ un million de personnes dans le pays à travers des projets de distribution de nourriture à l'école et des programmes de lutte contre le SIDA.

"Grâce au soutien généreux des donateurs, au nombre desquels la Commission européenne et des Etats membres de l'UE, en ce moment, nous avons des promesses pour environ 50 pour cent de nos besoins jusqu'à la fin de décembre", a déclaré Kevin Farrell, directeur local du PAM pour le Zimbabwe, dans un communiqué publié lundi.

"Toutefois, le moment le plus critique de l'année est la période de soudure qui commence en décembre et va jusqu'à la fin d'avril. Donc, le pire reste encore à venir et nous avons d'urgence besoin de promesses pour cette période également", a-t-il ajouté.

Des inquiétudes au sujet de la faim au Zimbabwe ont augmenté avec la destruction des maisons et entreprises informelles dans les villes du pays.

Les démolitions ont commencé en mai sous les auspices de "l'Opération Murambatsvina" (un terme shona signifiant "dégager les ordures"), ayant, soi-disant, pour but de mettre fin au crime et de débarrasser les zones urbaines des habitations illégales. La directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour l'habitat humain, Anna Tibaijuka, a condamné la campagne – ceci après l'indignation de la communauté internationale à propos des démolitions, qui a poussé le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan à l'envoyer en mission d'information au Zimbabwe. Dans un rapport publié en juillet, elle estimait que la campagne avait fait 700.000 sans-abri, sans les moyens de gagner leur vie – ou les deux.

Des églises sud-africaines ont initié une campagne d'aide en faveur des Zimbabwéens affectés par la Murambatsvina, envoyant 37 tonnes de vivres et près de 5.000 couvertures dans le pays le mois dernier. Des fournitures supplémentaires de haricots, d'huile et de maïs attendent maintenant une autorisation de la part des autorités zimbabwéennes.

"On nous a demandé de nous procurer un certificat pour montrer que les haricots que nous envoyons au Zimbabwe sont sans OGM (organismes génétiquement modifiés)", a déclaré à IPS, Eddie Makue, secrétaire général adjoint du 'South African Council of Churches' (Conseil sud-africain des églises).

"En fait, nous venons juste d'envoyer un certificat pour montrer que le maïs que nous fournissons n'est pas génétiquement modifié. Maintenant les autorités zimbabwéennes ont besoin d'un autre certificat pour les haricots".

Dans un budget complémentaire présenté le 16 août, le ministre zimbabwéen des Finances, Herbert Murerwa, a laissé tomber les droits de douane sur les importations de maïs et de blé. Il a également annoncé une mesure temporaire – sous réserve de sa révision – qui enlève au 'Grain Marketing Board' contrôlé par l'Etat, le monopole pour l'importation et la vente de céréales.

Des importateurs privés seraient maintenant autorisés à importer du maïs, l'aliment de base du pays, a indiqué Murerwa.

Les autorités ont été précédemment accusées d'empêcher la distribution des vivres aux partisans de l'opposition et à d'autres personnes perçues comme étant critiques vis-à-vis du gouvernement.