LOME, 9 août (IPS) – Les autorités du Togo déclarent espérer que la loi votée par le parlement pour réprimer le trafic des enfants, aidera à mettre un frein à ce phénomène courant entre ce pays d'Afrique de l'ouest et ses voisins.
Adoptée la semaine dernière, la nouvelle loi prévoit des "peines d'emprisonnement allant d'un mois à cinq ans de prison, assorties d'amendes qui varient de 500.000 à 10 millions de francs CFA (de 1.000 à 20.000 dollars environ) à l'encontre des auteurs et complices de trafic d'enfants, quels que soient les lieux de départ et de destination des enfants".
"La tentative de trafic d'enfants est punie les mêmes peines", selon le texte qui insiste sur le double de la peine lorsque les actes de trafic d'enfants ont entraîné la disparition ou la mort de la victime.
"Cette loi est très répressive…et son adoption fait suite à un long processus marqué par un volet pédagogique avec la sensibilisation et l'éducation", a déclaré à IPS, Déléli Kpéglo, conseillère pour les questions des droits des enfants à l'organisation non gouvernementale (ONG) Plan Togo.
Kpéglo a ajouté : "Nous avons fait tous les efforts possibles, mais ces efforts s'amenuisent du fait que les trafiquants d'enfants reviennent tout le temps prendre des enfants. Donc maintenant, il faut réprimer pour que les gens comprennent". "Avant, les trafiquants couraient dans la nature et se livraient, à titre professionnel, à cette activité parce qu'il n'y avait pas de texte de répression interne. Avec l'adoption de cette loi, nous allons mettre un frein à la chose", affirme, pour sa part, à IPS, Tchessa Abi, ministre togolais de la Justice.
Des trafiquants d'enfants sont pris de temps en temps par la police ou la gendarmerie. Par exemple, Ida Ayivi, une dame de 33 ans, de nationalité togolaise, a été interpellée cette année dans la localité de Hihéatro, située dans le sud du pays, à 170 kilomètres de Lomé, la capitale, en compagnie de cinq filles âgées de 13 à 16 ans. Son attitude suspecte a attiré l'attention des membres du syndicat des conducteurs qui ont alerté la gendarmerie qui l'a arrêtée et libéré les enfants. Une autre jeune femme togolaise a été interpellée cette année également ainsi que deux de ses complices par les forces de l'ordre lorsqu'elle tentait de faire passer un groupe de fillettes à la frontière Togo-Bénin, dans le centre du Togo. Les filles étaient destinées à des travaux domestiques au Nigeria.
Un jeune soudeur a été interpellé le 6 mars 2004 pour enlèvement d'enfant à la frontière Togo-Ghana. Il voulait vendre son frère consanguin, un élève âgé de 13 ans, au prix de quelque 20.000 dollars pour pouvoir partir en aventure aux Etats-Unis d'Amérique.
Des comités locaux de lutte contre le travail et le trafic des enfants ont été installés dans toutes les localités du pays. Mais malgré cela, les trafiquants ont toujours continué par amener des enfants vers les frontières des pays voisins.
Le ministère togolais des Affaires sociales indique qu'environ 3.000 enfants victimes de ce trafic sont interceptés chaque année aux frontières, en partance pour d'autres pays. Les enfants sont souvent envoyés vers le Bénin, le Ghana, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, le Nigeria, le Gabon et le Cameroun.
Les comités ont reçu l'appui du Programme international pour l'élimination du travail des enfants (IPEC) du Bureau international de travail (BIT), qui a organisé des séances d'éducation et de formation. Ce programme vise à aider les membres des comités locaux de prendre conscience de l'ampleur du phénomène et de ses conséquences sur la vie des enfants. Cette formation les prépare notamment à lutter efficacement contre le fléau. Mais, usant de nombreux subterfuges, les trafiquants parviennent toujours à faire passer des enfants pour l'étranger. Les trafiquants traversent parfois les frontières avec les enfants, la nuit en pleine brousse.
D'autres vont et viennent de part et d'autre des frontières à plusieurs reprises, à pied, avec les enfants, pour éviter les formalités de traversée, selon les comités locaux. Selon la nouvelle loi, la sortie du territoire national d'un enfant non accompagné de ses parents ou tuteurs ne peut se faire qu'à la présentation d'une autorisation spéciale dont les modalités seront fixées ultérieurement par un décret en Conseil des ministres.
Selon Kpéglo, les trafiquants opèrent souvent en réseau et ces réseaux ne sont pas, dans la plupart des cas, étrangers aux familles des enfants trafiqués, qui sont parfois leurs complices.
Pour Abass Bonfoh, président de l'Assemblée nationale du Togo, la loi sur le trafic des enfants comble un vide juridique en la matière. "La loi vise tous ceux qui seront de près ou de loin mêlés au processus du trafic : ceux qui recrutent les enfants, les transportent, les hébergent, sans oublier les parents et les proches parents complices", a souligné Bonfoh.
"Comment comprendre que des adultes puissent s'adonner à une si vile activité, qui prive l'enfant de tous ses droits, notamment le droit d'aller à l'école, de grandir et de s'épanouir?", demande Bonfoh pour qui le trafic des enfants doit être combattu sous toutes ses formes.
Dans un rapport publié en mai dernier, l'ONG Plan Togo a indiqué que 12 pour cent des enfants togolais originaires des zones rurales sont victimes de traite pour des emplois peu rémunérés ou sans aucune forme de rémunération.
Selon le document intitulé 'Pour le prix d'un vélo', "le niveau élevé de pauvreté, les facteurs culturels ainsi que les usages et coutumes togolais qui consistent à envoyer les enfants vivre chez des tantes, cousins ou autres membres de la famille, sont des éléments contribuant à un engrenage qui ne profite qu'aux trafiquants".
Selon le Projet de document stratégique de réduction de la pauvreté publié en 2004 par le gouvernement, 72,6 pour cent des Togolais vivent en dessous du seuil de pauvreté avec moins d'un dollar par jour.
Plusieurs analystes à Lomé se demandent pourquoi les autorités togolaises ont attendu aussi longtemps avant de penser à une loi contre le trafic des enfants.
"La réflexion autour de cette loi a commencé depuis 2003…et il fallait tenir compte des aspects traditionnels, socioéconomiques…avant d'adopter la loi", a expliqué à IPS, Essodina Abalo, coordinateur national de IPEC-Togo, basé à Lomé.
"Le processus a été lancé depuis deux ans et il fallait réfléchir sur les différents aspects de la loi. Il nous fallait nous entendre, nous mettre d'accord en tenant compte des réalités du terrain", a ajouté Martin Hotowossi, spécialiste des questions des droits des enfants à l'ONG CARE International.

