ECONOMIE-AFRIQUE DU SUD: Mémento classique aujourd'hui, cliché demain

JOHANNESBURG, 10 août (IPS) – Les sculptures sur bois de girafes allongées sont le souvenir classique d'un voyage en Afrique du Sud. Mais des vendeurs de curiosités touristiques à Johannesburg s'inquiètent que les touristes en deviennent bientôt blasés.

"Les gens continuent d'acheter des girafes et autres animaux sculptés, mais ils ne sont plus aussi nombreux comme auparavant", déclare Olga Mabena qui, pendant les cinq dernières années, a travaillé dans une boutique de souvenirs à côté d'un hôtel grouillant d'activités.

Les boutiques du genre dans Johannesburg font état d'une baisse similaire au niveau de leurs ventes au cours de l'année dernière. Et si les vendeurs d'objets d'art sur les marchés les plus informels disent que les animaux sculptés sont toujours en vogue, ils reconnaissent que cela pourrait changer. Dans le contexte du secteur de l'artisanat sud-africain cependant, le manque d'intérêt pour les girafes sculptées n'est pas simplement le reflet de changement de tendances : il s'agit d'une question d'importance pour les producteurs d'objets de souvenirs. Etant donné que la plupart de ces personnes sont pauvres, le moindre changement du goût peut avoir des effets pervers sur eux. Le département sud-africain du Commerce et de l'Industrie (DTI) estime que 38.000 personnes environ tirent leur revenu permanent de la production de l'artisanat, et que le secteur supporte au moins 400.000 individus en Afrique du Sud seule. La majeure partie des objets d'art africain vendus également à Johannesburg provient des autres parties du continent. Une girafe sculptée peut, par exemple, avoir quitté le Kenya pour Johannesburg avant d'être vendu à un touriste espagnol. En conséquence, un changement au niveau du marché des objets d'art en Afrique du Sud peut potentiellement avoir des répercussions sur des familles partout en Afrique. Pour avoir géré les étalages d'objets d'art de Rosebank Rooftop Market de Johannesburg pendant sept ans, Sylvia Adidwa, a vu des vagues de tendances (le marché constitue un lieu favori fréquenté par des acheteurs à la recherche des motifs africains). En effet, plus un motif est en vogue, plus certains vendeurs sont convaincus qu'ils auront à le remplacer.

"Ces figurines d'animaux typiquement kényanes, qui ont l'air d'être assis autour d'une table, étaient très en vogue, mais actuellement, on les trouve dans chaque maison. Lorsqu'une situation comme celle-là survient, vous devez chercher quelque chose de nouveau", a confié Adidwa à IPS.

Pedro Lisiwa, de nationalité zimbabwéenne, qui se spécialise dans des motifs perlés, est d'accord sur l'importance de nouvelles idées. Après avoir noté que beaucoup de vendeurs de produits d'art ont tendance à vendre les mêmes articles fabriqués avec des perles, Lisiwa s'est engagé à trouver des motifs novateurs. Il a trouvé son inspiration dans les photographies des animaux contenus dans les livres traitant de la vie des animaux sauvages. Lisiwa dit qu'il sait qu'un motif est une réussite lorsque l'on saute sur le tout premier à être mis en vente. C'est le cas avec sa toute dernière création : un perroquet perlé aux couleurs vives. Mais un motif accrocheur ne constitue qu'une partie de tout ce qui est nécessaire. "Le défi consiste à partir d'un talent cru pour créer un objet d'art qui soit fonctionnel et commercialement viable", estime Bruce Jones, directeur général de B&B Markets, la société chargée de la gestion des deux marchés de produits d'art les plus connus de Johannesburg.

Lorsqu'il vivait au Zimbabwe, Lisiwa préférait travailler le bois ou la pierre. Il s'en tourné vers des motifs perlés après son arrivée en Afrique du Sud il y a quatre ans, dans la mesure où la matière première était facile à obtenir : on peut trouver dans n'importe quelle quincaillerie le fil de fer utilisé pour créer des ornements perlés, des anneaux de clés et d'autres objets. Lisiwa est exceptionnel dans la mesure où il vend lui-même ses oeuvres. En Afrique du Sud, c'est souvent une tierce partie qui vend les objets d'art étant donné que les producteurs eux-mêmes sont habituellement basés dans des zones rurales du pays – ou vivent dans d'autres pays. Selon le DCI, au moins la moitié des producteurs d'objets d'art en Afrique du Sud vivent dans des zones rurales. "Il arrive que quelqu'un achète un article pour 100 rands (environ 16 dollars) auprès de la personne qui l'a fabriqué, et puis vous trouvez le même article dans une galerie pour 1.500 rands (environ 233 dollars)", indique Windy Mtembu du Conseil de l'artisanat de l'Afrique du Sud, qui perçoit le marché local des objets d'art comme une industrie vivant au jour le jour.

"Si toutefois, vous intervenez, le producteur ne reçoit rien. Dans le sillage de la pauvreté, il est facile d'accepter un prix bas parce que vous voulez assurer la ration alimentaire quotidienne", ajoute-t-il. Si le DCI estime que le chiffre d'affaires national des ventes en détail des produits d'art s'élève à 300 millions de dollars par an, les 38.000 personnes vivant de la production des objets d'art ne disposent cependant que d'un chiffre d'affaires collectif de 180.000 dollars par an.

Mtembu pense que les artistes doivent apprendre à valoriser leur talent, mais estime que l'analphabétisme réduit leur capacité à négocier.

"Pour exercer dans un environnement d'affaires, vous avez besoin de certaines aptitudes essentielles comme savoir écrire ou gérer un compte bancaire. Une personne qui est analphabète ne peut remplir de fiches.

Quelqu'un d'autre peut vous remplir les fiches, mais ensuite, vous devenez vulnérable", a-t-il ajouté.

Selon le gouvernement, le taux de croissance de l'industrie des produits de l'artisanat est d'environ huit pour cent par an – un chiffre qu'il espère faire monter à 15 pour cent. On croit que cela créerait environ 20.000 nouveaux emplois.

Les évolutions de l'économie mondiale pourraient compromettre ces plans.

Les personnes, qui vendent les objets d'art dans les marchés et les boutiques de souvenirs de Johannesburg, affirment que les affaires sont plutôt au ralenti ces derniers temps, une situation que beaucoup de gens attribuent au renforcement de la monnaie locale, le rand, par rapport aux devises étrangères.

"Les affaires se sont ralenties au cours des deux dernières années", déclare Stella Dhladhla, une artiste de motifs perlés. Eve Flack, propriétaire d'une boutique d'objets d'art dans une galerie marchande huppée, estime que des visiteurs étrangers ont actuellement tendance à acheter des articles bon marché, préférant des cadeaux symboliques aux pièces d'art.