MBABANE, 28 juil (IPS) – Alors que la forte hausse du taux de prévalence de VIH du Swaziland et les habitudes dispendieuses du roi Mswati III sont des questions qui mettent souvent le pays à la Une des journaux, des problèmes menacent également sur un autre front : environ un quart des Swazis dépendent actuellement de l'aide alimentaire internationale.
Un peu plus de 100.000 tonnes de l'aliment de base, le maïs, devront être importées dans les prochains mois, selon une évaluation de la récolte entreprise par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM) en avril et mai.
Toutefois, venir à bout des pénuries de maïs nécessitera plus qu'une interruption dans la sécheresse prolongée qui a accablé le Swaziland — ou même une fourniture régulière d'anti-rétroviraux pour s'assurer que les producteurs séropositifs restent productifs pendant longtemps. (Le Swaziland détient actuellement la plus forte prévalence de VIH au monde, de 38,8 pour cent, selon le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA).
"Il faut absolument réformer les politiques des prix et de commercialisation existantes pour le maïs", note le rapport de la FAO/PAM.
D'autres sont de cet avis.
"Même avec des précipitations normales et une éradication du SIDA, le système de fixation des prix du maïs est en train de dissuader les agriculteurs produisant le minimum vital de devenir des fermiers commerciaux, et d'accroître leur production", déclare Mandla Lushaba, un responsable au ministère de l'Agriculture. "Une chose est sûre, ce pays peut produire plus, et peut consommer tout ce qu'il produit". Tony Pitts, chargé des opérations à Ngwane Mills, à Matsapha — une zone industrielle non loin de la capitale économique, Manzini — dit qu'on paie actuellement aux agriculteurs à peu près 140 dollars par tonne de maïs.. Ce prix est fixé par le gouvernement.
Toutefois, certains estiment qu'un prix proche de 165 dollars par tonne est nécessaire pour que la production du maïs devienne commercialement viable.
"C'est une perte que d'envoyer le maïs sur le marché pour rien. Les prix de transport sont élevés", a indiqué à IPS, Amos Nkhambule, un agriculteur. "Ce que je cultive, je le produis pour nourrir ma famille.
C'est la méthode swazie, la manière dont nous avons toujours vécu. Je ne fais pas confiance au marché".
Néanmoins, note Pitts, "le prix de (140 dollars) est presque le double du prix du maïs en Afrique du Sud : 550 rands (un peu plus de 80 dollars) par tonne".
En conséquence, le PAM et d'autres agences d'aide achètent leurs vivres auprès de cet Etat voisin plutôt que localement, à la fureur des agriculteurs swazis.
Les choses ne doivent pas être ainsi, affirme Lushaba.
"Il y a une raison pour laquelle les agriculteurs sud-africains peuvent produire le maïs à la moitié du prix payé aux fermiers swazis, qui disent qu'ils ne peuvent pas survivre avec ce qu'on leur paye", affirme-t-il.
"Il faut une production moderne d'ampleur — où de petites fermes fusionnent leurs champs en coopératives pour une production plus importante — et l'introduction de nouvelles semences hybrides, l'irrigation pour libérer les fermiers de la dépendance des pluies, et l'éducation dans les pratiques commerciales de base", ajoute Lushaba. "Le problème n'est pas juste la fixation des prix et la commercialisation du maïs".
Si les fermiers disent qu'ils reçoivent trop peu pour le maïs, les consommateurs se plaignent d'avoir à trop payer — montrant du doigt les minotiers du pays.
"Les prix de mouture tendent à être trop élevés pour les ménages pauvres, qui ont par conséquent des difficultés à accéder à des provisions appropriées", indique le rapport de la FAO/PAM.
Les Swazis paient quatre fois plus pour le maïs moulu que les fermiers ne sont payés pour la céréale qu'ils vendent aux minotiers.
Toutefois, la 'National Milling Corporation' (Société nationale de mouture) une société d'Etat qui fixe les prix de la farine de maïs, souligne que le montant qu'on fait payer aux consommateurs est un juste reflet de ce que coûtent la mouture, le transport et la mise en sac du maïs.
En l'absence de réforme agricole, les perspectives pour la production de maïs dans ce pays de près d'un million d'habitants ne semblent pas particulièrement prometteuses.
"Dans une perspective à plus long terme, la production de maïs au Swaziland semble être en baisse", observe l'étude de la FAO/PAM.
Ailleurs en Afrique australe, des pénuries alimentaires ont été rapportées à la suite de la crise qui a, pour la première fois, capté l'attention internationale il y a trois ans.
Le PAM a noté au début de ce mois (7 juillet) qu'environ 10 millions de personnes au Lesotho, au Malawi, au Mozambique, en Swaziland, en Zambie et au Zimbabwe auraient besoin d'aide l'année prochaine. L'agence a attribué les pénuries alimentaires régionales aux mauvaises conditions climatiques, à un manque de semences et d'engrais, à la pauvreté — et au SIDA.
L'Afrique australe comprend neuf des dix pays ayant les plus forts taux d'infection de SIDA au monde. "Dans les régions les plus touchées, les effets paralysants du virus signifient que les agriculteurs ne peuvent pas cultiver leurs terres, encore moins obtenir des semences et des engrais. Les connaissances agricoles, transmises traditionnellement de génération en génération, sont en train de se perdre", a déclaré le PAM dans son communiqué de presse du 7 juillet.

