POLITIQUE-ZIMBABWE: Prêter, ou ne pas prêter

JOHANNESBURG, 25 juil (IPS) – La décision du Zimbabwe de demander un prêt à l'Afrique du Sud voisine a déclenché un débat passionné dans ce pays.. Certains ont exhorté l'Afrique du Sud à rejeter la demande, tandis que d'autres disent que le prêt devrait être octroyé -avec des conditions strictes y afférentes.

Ils craignent qu'un refus d'accorder cette survie financière au président Robert Mugabe n'aggrave la crise politique et économique du Zimbabwe.

Mais même si l'argent est octroyé, affirme David Monyae, un professeur au Département des relations internationales à l'Université de Witwatersrand basée à Johannesburg, il est peu probable que cela aille très loin.

"Le Zimbabwe a besoin de 15 à 20 milliards de dollars pour ressusciter son économie. Le prêt d'un milliard de dollars qu'il a demandé à l'Afrique du Sud a de fortes chances d'être épuisé avant Noël", a-t-il déclaré à IPS. "Vous et moi pourrions penser que c'est un montant énorme, mais cela ne l'est pas. Le président Robert Mugabe ne peut pas survivre avec cette somme d'argent. Il a besoin d'argent pour améliorer l'infrastructure, pour fournir des soins de santé, pour améliorer le système éducatif, et pour importer des vivres".

Sur les 10 millions de gens qui ont besoin d'aide alimentaire en Afrique australe cette année, 2,9 millions sont au Zimbabwe, selon un rapport conjoint des agences des Nations Unies et de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), forte de 13 nations, publié en juin.

"Le nombre de personnes dans le besoin est basé sur le plan annoncé par le gouvernement pour importer 1,2 million de tonnes de maïs en vue de s'attaquer aux pénuries alimentaires, causées par la sécheresse, l'accès insuffisant aux intrants et un labour limité", note le rapport.

"Toutefois, si on ne peut pas se procurer ce maïs auprès du 'Grain Marketing Board (zimbabwéen, structure commercialisant les céréales au Zimbabwe), ou si les prix augmentent, le nombre de personnes ayant besoin d'aide alimentaire pourrait croître considérablement. Comme éventualité, le PAM (Programme alimentaire mondial) envisage d'aider jusqu'à quatre millions de personnes au Zimbabwe l'année prochaine", a-t-il ajouté. (La population totale du pays est estimée à environ 13 millions d'habitants).

Les pénuries alimentaires et le déclin économique qui ont fini par caractériser la vie au Zimbabwe ont provoqué une migration massive de ses citoyens.

Plus de deux millions de Zimbabwéens vivent actuellement en Afrique du Sud, selon Daniel Molokela, un avocat zimbabwéen qui travaille pour le Projet paix et démocratie, une organisation non gouvernementale basée dans la capitale économique sud-africaine, Johannesburg. Molokela est impliqué dans l'organisation de la diaspora du Zimbabwe pour oeuvrer en faveur du changement dans le pays.

La répression politique au Zimbabwe a également joué un rôle dans l'exode des citoyens vers des Etats voisins, et des pays plus lointains.

Des mesures répressives contre le principal parti d'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), ont démarré depuis 2000.

Durant l'élection législative organisée cette année, le MDC a représenté pour le 'Zimbabwe African National Union-Patriotic Front', au pouvoir — depuis l'indépendance en 1980 — son plus sérieux défi électoral jamais rencontré.

Mugabe a accusé le MDC d'être un laquais britannique, une accusation que le parti rejette. Il allègue par ailleurs que la Grande-Bretagne, qui a dirigé le Zimbabwe avant l'indépendance, veut re-coloniser le pays.

L'année 2000 a également marqué le début de vastes occupations de fermes au Zimbabwe, une campagne au cours de laquelle quelque 4.500 propriétaires terriens blancs se sont vu déposséder de leurs terres par d'anciens combattants de la guerre de libération et des militants pro-gouvernementaux. Alors que Harare a dit au départ que la campagne était le résultat d'un soulèvement spontané des Zimbabwéens noirs frustrés par la lenteur de la réforme agraire, d'autres ont vu cela comme un complot de l'administration pour gagner des voix dans le scrutin de 2000.

Les occupations de fermes sont perçues par plusieurs comme ayant contribué à la réduction de la production alimentaire locale au Zimbabwe.

"Nous sommes maintenant devenus un panier vide" a dit à IPS, vendredi, Jerry Mashamba, un responsable du MDC qui est basé en Afrique du Sud.

Des pénuries de produits essentiels comme l'huile de cuisine et le carburant sont devenues également courantes au Zimbabwe.

Toutefois, Gideon Gono, gouverneur de la Banque centrale du Zimbabwe, a déclaré que la crise de carburant dans le pays devrait s'atténuer d'ici début août. Dans sa déclaration sur la politique monétaire au milieu de l'année, Gono a également annoncé un certain nombre de politiques pour encourager les quelque cinq millions de Zimbabwéens vivant à l'extérieur à envoyer de l'argent au pays pour renforcer les réserves en devises étrangères du pays.

En outre, il a dévalué le dollar zimbabwéen de 39 pour cent. Un dollar US vaut actuellement 17.500 dollars zimbabwéens.

Dans d'autres développements liés au Zimbabwe, la semaine dernière a vu la publication d'un rapport de l'ONU condamnant le programme de destruction de bidonvilles dans le pays, qui, selon l'institution internationale, a violé le droit international.

Le rapport a demandé au gouvernement du Zimbabwe de mettre fin à cette initiative — connue également sous le nom d'Opération Murambatsvina (un terme shona signifiant "dégager les ordures") — qui aurait affecté environ deux millions de personnes.

"On a laissé la crise se développer", a observé Monyae. "Je pense que le rapport aidera l'Afrique du Sud à dire quelque chose sur le Zimbabwe".

Le président sud-africain Thabo Mbeki a été critiqué pour sa politique de "diplomatie discrète" vis-à-vis de Harare – une stratégie qui, selon les critiques, a été ignorée par Mugabe.

Monyae a exhorté l'Ile Maurice, qui assure actuellement la présidence de la SADC, à se prononcer sur le Zimbabwe.

Mashamba a ajouté : "Le problème du Zimbabwe requiert un grand nombre de solutions de la part des Zimbabwéens eux-mêmes. Cela requiert également des pressions internationales". "C'est triste que des héros comme Mugabe soient maintenant devenus des despotes", a-t-il ajouté.