POLITIQUE-RDC: La MONUC et l'armée congolaise traquent les rebelles huturwandais

KINSHASA, 23 juil (IPS) – Des opérations militaires combinées des troupes de la MONUC (Mission des Nations Unies au Congo) et des forces armées congolaises sont menées actuellement sur des villages habités par les rebelles hutu des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

Ces actions militaires font suite au massacre survenu, entre le 9 et le 10 juillet dans le village de Tulumamba, à 80 kilomètres au nord de Bukavu, dans la province du Sud-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC). Quarante personnes, exclusivement des femmes et des enfants, avaient été enfermées dans leurs maisons qui ont été brûlées par des un groupe armé que les rescapés identifient aux éléments FDLR réfugiés en RDC depuis le génocide du Rwanda, en 1994, dont ils sont accusés. L'attaque contre de Tulumamba, attribuée à ce groupe de rebelles hutu, a été formellement confirmée par le gouverneur de la province du Sud-Kivu, Didace Kaningini, qui se réfère aux sources locales des services de sécurité. "Les victimes avaient été ligotées et enfermées dans des maisons en chaume avant d'y mettre le feu. Moi, j'ai été rattrapée non loin du village et brûlée à la main. La douleur était tellement atroce que je n'ai même pas senti ma main brûler", a raconté Feza Shabani, une dame rescapée interrogée par Jules Mambo, un contact IPS, sur son lit d'hôpital à Bukavu.

Peu avant le massacre de Tulumamba, notamment depuis le 2 juillet, la MONUC et les Forces armées de la RDC menaient des opérations militaires pour sécuriser les villages qui subissaient des attaques répétées des groupes armés dans le territoire de Walungu, auquel appartient le village de Tulumamba, dans le Sud-Kivu.

Le 18 juillet, les troupes de la MONUC ont déclaré avoir détruit des villages FDLR des rebelles rwandais à Ninja et Kalonge, dans le Sud-Kivu, les obligeant à s'éloigner des populations civiles et à se rendre dans des endroits où ils pourraient plus facilement être regroupés pour un éventuel rapatriement au Rwanda. Contacté par IPS, le colonel Louis Kasongo des Forces armées de la RDC (FARDC), a confirmé la destruction des villages, alors qu'elle avait été démentie par les FDLR. Les FARDC participent aux opérations après une approche de dialogue que la MONUC engage avec les rebelles hutu pour les convaincre de s'éloigner. La destruction des villages se fait après le départ négocié des éléments FDLR.

"Le but de l'opération n'est pas de mener la guerre aux éléments FDLR, mais de les persuader d'arrêter les actes de violence aveugle et de se conformer aux engagements pris à Rome, le 31 mars 2005, par leur direction politique, d'abandonner la lutte armée", a déclaré Kamel Saïki, le porte-parole de la MONUC à Kinshasa, la capitale congolaise.

Les différents groupes armés rwandais vivant en RDC, réunis au sein du Front démocratique pour la libération du Rwanda, avaient déclaré qu'ils s'engageaient à "renoncer à la lutte armée" et qu'ils étaient disposés à regagner leur pays si les conditions de leur sécurité étaient assurées à leur retour. Ils avaient pris cet engagement à l'occasion d'une réunion visant à arrêter les violences sur les frontières entre le Congo et le Rwanda, et à obtenir le retour, dans leur pays, des rebelles rwandais. La rencontre avait été organisée, à Rome, sous l'égide de la communauté Sant'Egidio.

La ville de Bukavu reste sous le choc de cette série de violences attribuées aux réfugiés rwandais qui, non seulement se servent gratuitement dans les champs des villageois en période de moisson, mais chassent également les habitants des villages quand ils ne les tuent pas, comme à Tulumamba. Le 19 juillet, à l'invitation de la société civile, les différentes confessions religieuses, y compris les musulmans – un fait très rare à Bukavu – et les associations féminines ont déferlé sur les grandes artères de la ville pour protester contre la présence des rebelles hutu rwandais dans la province du Sud-Kivu. Selon Mambo contacté par IPS à Bukavu, des banderoles des marcheurs portaient, des propos hostiles non seulement aux groupes armés d'origine rwandaise, mais également à la présence des troupes de la MONUC, accusées de complaisance envers les FDLR "qu'elles étaient censées rapatrier au Rwanda". Les associations féminines étaient particulièrement sévères dans leur propos, pour avoir été souvent les principales cibles des violences des rebelles hutu. "Les FDLR ont abusé de notre hospitalité. Ils ont tué les femmes et les enfants. Tulumamba crie vengeance", mentionnait une banderole de l'organisation non gouvernementale 'Umoja wa wamama wa Kivu' (AWAKI, Union des femmes du Kivu – en swahili).

Les FDLR, principaux concernés par cette effervescence sociale, continuent de clamer leur innocence. En plus des événements de Tulumamba, ils sont également indexés dans ceux de Nyakakoma, un port de pêche sur le lac Edouard, dans la province du Nord-Kivu, où ils se seraient alliés aux combattants mai-mai pour en chasser les occupants. Dans un communiqué de leur comité politique, publié la semaine dernière, Ignace Murwanashyaka, le président des rebelles hutu rwandais, confirme leur "détermination à retourner au Rwanda pour participer aux activités politiques". Murwanashyaka s'en prend même nommément aux autorités congolaises qui, selon lui, "mettent des bâtons dans les roues des FDLR en finançant des groupes dissidents hutu rwandais pour des raisons que nous arrivons difficilement à comprendre". Les FDLR voudraient en fait impliquer le gouvernement congolais dans la crise du Kivu pour leur avoir permis de s'installer au Congo et pour avoir bénéficié, à un moment donné, de ses largesses afin de faire pression sur Kigali. Aujourd'hui, le gouvernement congolais ne veut plus rien savoir de la situation des FDLR dont il désire se débarrasser, expliquent des analystes à Kinshasa.

Les FDLR se défendent d'être de mèche avec les milices rwandaises interahamwe pour n'avoir jamais été acteurs du génocide qui s'est déroulé au Rwanda. "Les FDLR sont de jeunes ressortissants rwandais qui n'avaient pas l'âge de la raison au moment des événements du Rwanda", selon leur communiqué. "Nous ne sommes donc pas à assimiler ni de près ni de loin aux milices interahamwe qui portent le label du génocide au Rwanda. Nous étions une organisation politico-militaire avant le 31 mars 2005. Depuis, nous nous sommes mués en une organisation exclusivement politique", ajoute le texte.

A Kinshasa, le gouvernement n'entend pas desserrer l'étau militaire qu'il a déployé contre les éléments FDLR dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Il a décidé d'intensifier les opérations militaires dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu "afin d'amener les rebelles rwandais à retourner chez eux", a déclaré Mova Sakanyi, le ministre de l'Information et porte-parole du gouvernement, le 15 juillet.

Fort du soutien diplomatique de la communauté internationale qui insiste sur le retour obligatoire des rebelles rwandais dans leur pays, Kinshasa a décidé d'entreprendre des démarches "en vue de la révision, par le Conseil de sécurité des Nations Unies, du mandat de la MONUC afin d'obtenir l'application effective du chapitre VII qui permet à la MONUC d'utiliser la force contre les groupes armés opérant en République démocratique du Congo", selon une source diplomatique congolaise. Le gouvernement congolais a même obtenu l'appui diplomatique de la Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale (CEEAC) à la suite d'un mini-sommet qui a réuni, à Kinshasa, le 16 juillet, les présidents Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville, Edouardo dos Santos d'Angola, Omar Bongo du Gabon et Joseph Kabila de la RDC. Les quatre chefs d'Etat ont insisté, dans un communiqué, sur la nécessité, pour la RDC, d'en finir avec l'insécurité devenue permanente dans sa partie orientale afin de mener à son terme le processus électoral en cours. Les opérations de recensement et d'inscription des électeurs ont commencé le 20 juin dans le pays en vue des élections générales prévues entre la fin de l'année et début 2006, pour mettre fin à la transition en cours depuis deux ans.