POLITIQUE-SWAZILAND: Tic-tac, tic-tac

JOHANNESBURG, 22 juil (IPS) – "Nous ne voulons pas que le Swaziland explose comme le Rwanda, le Burundi ou la Sierra Leone", déclare Gabriel Mkhumane, fondateur du 'People's United Democratic Movement' -un parti d'opposition swazi interdit. "Le peuple du Swaziland ne peut pas se soulever et prendre les armes — c'est hors de question : la Guerre froide a pris fin.

Nous avons juste besoin de pressions internationales pour des réformes politiques au Swaziland", a-t-il dit à IPS.

Mais en même temps qu'il rejette la notion de violence, Mkhumane — qui vit en exil en Afrique du Sud voisine — craint qu'un manque de progrès vers la démocratie ne contraigne cependant des Swazis frustrés à prendre eux-mêmes les choses en main.

La semaine dernière, le 'International Crisis Group' (ICG), un groupe d'experts basé à Bruxelles, a exprimé des sentiments similaires, demandant que des mesures soient prises pour empêcher l'affrontement au Swaziland.

"Plus de pressions extérieures sont nécessaires pour aider les éléments partisans de la réforme qui sont dans le pays à ramener une monarchie constitutionnelle et une véritable démocratie – les meilleures garanties pour que l'instabilité swazie n'infecte pas finalement la région", a indiqué l'ICG dans un rapport intitulé 'Swaziland : L'horloge fait tic-tac'.

"L'opposition à la monarchie absolue ces dernières années a inclus des grèves et des manifestations organisées par des syndicats, des étudiants, des groupes religieux et des mouvements de jeunes, ainsi que des vagues périodiques d'incendie criminel et d'attentats à la bombe contre des bâtiments gouvernementaux", note le document.

Le rapport a également cité Peter Kagwanja, directeur de projet à ICG-Afrique australe comme ayant déclaré : "Les institutions africaines, l'Union européenne (UE) et des pays clés comme l'Afrique du Sud et les Etats-Unis ont jusqu'ici été également disposés à accepter la position des royalistes selon laquelle le changement doit venir très lentement".

"Toutefois, plus le Swaziland mettra longtemps à retourner à la monarchie constitutionnelle, plus grand sera le risque d'instabilité", a-t-il ajouté.

Des activistes de cet Etat d'Afrique australe ont des difficultés à persuader la communauté internationale à agir sur le Swaziland. Ceci est en partie dû au fait que le pays, malgré ses problèmes, est considéré globalement comme étant stable.

"La seule chose que vous entendez sur le Swaziland est quand le roi construit, disons, un château", a déclaré à IPS, Claude Kabemba, un chercheur à l'Institut électoral d'Afrique australe, basé à Johannesburg.

Coincé entre l'Afrique du Sud et le Mozambique, le Swaziland a obtenu son indépendance vis-à-vis de la Grande Bretagne en 1968; c'est la dernière monarchie absolue d'Afrique. En 1973, le roi Sobhuza a introduit un état d'urgence, interdit les partis politiques et suspendu la constitution du pays. Un nouveau projet de constitution — rejeté par des militants partisans de la démocratie — a été voté récemment par le parlement, mais fait actuellement l'objet de nouveaux débats.

Mswati III a succédé à son père Sobhuza. Le monarque âgé de 37 ans a fait la une des journaux à cause de son penchant pour des berlines luxueuses, dont certaines ont été achetées pour ses femmes : à ce jour, le roi s'est marié 12 fois.

Son style de vie somptueux est en contradiction avec le taux de chômage du Swaziland, qui s'élève à 40 pour cent. Environ 70 pour cent du million d'habitants du royaume vit avec moins d'un dollar par jour, alors que la prévalence de VIH est estimée à environ 40 pour cent, selon le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA.

Des activistes estiment qu'un manque de financement extérieur a sapé davantage leurs tentatives pour restaurer la démocratie au Swaziland. "Le financement pour le combat politique s'est asséché sur le plan international après la fin de la Guerre froide", a déclaré Bongani Masuku, secrétaire général du 'Swaziland Solidarity Network' (Réseau de solidarité pour le Swaziland) basé en Afrique du Sud : une grande organisation qui regroupe des activistes pro-démocrates.

Des mouvements de libération en Afrique australe qui ont combattu pour l'indépendance en Namibie, en Angola, au Mozambique et en Afrique du Sud ont bénéficié du soutien international — en particulier des pays scandinaves.

Maintenant, "les donateurs soutiennent seulement les sociétés civiles qui, malheureusement, manquent de capacité pour opérer des réformes au Swaziland", note Mkhumane.

Sans le soutien international, a fait remarquer Masuku, des militants ne peuvent pas faire grand-chose. "Nous combattons un régime qui est militairement, économiquement et politiquement bien nanti", a-t-il dit à IPS.

Inévitablement, peut-être, des comparaisons sont établies entre le Swaziland et le Zimbabwe voisin, où des années d'instabilité politique et économique — et des restrictions aux libertés civiques — ont donné lieu à des débats intenses.

"Nous trouvons qu'il est hypocrite que Mswati voyage à travers l'Europe alors que cela est interdit au (président Robert) Mugabe du Zimbabwe", a souligné Masuku. "Cela montre que l'Europe fait deux poids, deux mesures". Le gouvernement du Swaziland a été cité dans les médias comme ayant indiqué que le pays fait des efforts pour régler ses problèmes — et que l'intervention extérieure n'est pas nécessaire.

Suliman Baldo, directeur du Programme Afrique de l'ICG, estime que de tels efforts ne peuvent pas venir assez rapidement.

"La monarchie peut toujours se sauver si elle agit sans tarder pour supporter des limites significatives à ses pouvoirs", observe-t-il, "mais aussi bien la famille royale que la communauté internationale doivent réaliser que les jours de l'absolutisme sont comptés au Swaziland".