NAIROBI, 21 juil (IPS) – Des centaines de personnes sont descendues dans les rues de la capitale kényane, Nairobi, mardi, pour protester contre les efforts du parlement pour changer un projet de constitution avalisé l'année dernière par la Conférence nationale constitutionnelle (NCC) : un groupe comprenant des représentants du gouvernement et des membres de la société civile.
"Le parlement s'est arrogé le rôle du peuple du Kenya pour faire la constitution", a déclaré Ndolo Asasa du Mouvement du peuple, un grand rassemblement de groupes civiques, qui a aidé à conduire les manifestations.
"Ils envisagent d'imposer une constitution mutilée et impopulaire au people, sur une base de 'à prendre ou à laisser", a-t-il noté, au milieu des cris et des applaudissements venant d'autres manifestants.
Les manifestants avaient l'intention de marcher sur le parlement et de présenter une pétition au président de l'assemblée, lui demandant d'arrêter un débat prévu pour démarrer cette semaine, concernant des modifications au projet de constitution.
Toutefois, la police anti-émeute, armée de matraques, de boucliers et de gaz lacrymogène, les en a empêchés.
Portant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire "Parlement, reste à l'écart! C'est notre constitution", les manifestants, dont certains étaient en larmes, se sont ensuite réunis dans les quartiers généraux de la police — scandant "Nous voulons la paix !".
Une dispute a éclaté après que la police a ordonné aux manifestants de quitter les lieux. A peine ont-ils commencé par se retirer que la police a commencé par utiliser des canons à eau et du gaz lacrymogène contre eux.
Cinq manifestants ont été arrêtés, mais relâchés tard dans la soirée.
"Aucun effectif de policiers n'empêchera les populations du Kenya d'exiger ce qui leur appartient", a indiqué William Ruto, un député de la 'Kenya African National Union' (KANU) — le principal groupe d'opposition — et ancien président d'une commission parlementaire qui a proposé des modifications au projet de constitution retenu par la NCC. Il s'adressait à des journalistes, à une conférence de presse, mardi.
Au départ, la loi prévoyait que le parlement adopte ou rejette le projet de constitution dans son entièreté. Toutefois, l'année dernière, des députés ont voté la Loi sur le Consensus, donnant au parlement le droit d'amender le projet de loi — ceci malgré un tollé général contre la loi.
Certains députés ont pris part à une retraite plus tôt ce mois dans la ville côtière de Kilifi, où ils ont présenté une version de la constitution proposée pour remplacer le soi-disant projet de Bomas (d'après le nom d'un endroit de la périphérie de Nairobi où la NCC a tenu ses discussions).
Cette dernière version, surnommée projet de Kilifi, permet à la présidence de conserver ses immenses pouvoirs; conformément au projet de Bomas, la plupart de ces pouvoirs auraient été affectés au poste de Premier ministre nouvellement créé. Depuis que le Kenya a obtenu l'indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne en 1963, le pays a souffert de l'abus des pouvoirs exécutifs.
Des députés de la KANU n'étaient pas présents à la retraite de Kilifi – ni des représentants du Parti libéral démocratique (LDP), un membre de la Coalition nationale arc-en-ciel (NARC), au pouvoir. On aurait promis au leader du LDP, Raila Odinga, également ministre des Routes, des Travaux publics et du Logement, le poste de Premier ministre avant que des alliés du président Mwai Kibaki ne commencent par faire pression pour un exécutif puissant.
"Ce gouvernement est arrivé au pouvoir sur une plate-forme de changement et a annoncé immédiatement une nouvelle constitution. (Mais) ayant goûté au pouvoir pendant plus de deux ans, ils ont vu que le pouvoir est doux et ont peur de le lâcher", a déclaré à IPS, Ng'ang'a Thiongo, un avocat des droits de l'Homme basé à Nairobi.
"Ils veulent ainsi conserver l'exécutif sans prendre en considération les désirs des populations qui les ont élus".
Kibaki, qui est arrivé au pouvoir à la fin de 2002, a promis qu'une nouvelle constitution serait en place dans les 100 jours suivant sa prise de fonction.
Toutefois, le gouvernement de la NARC n'a pas respecté ce délai — ni honoré une promesse ultérieure de promulguer une nouvelle constitution vers le milieu de l'année dernière.
Le projet de Bomas est basé sur le travail de la Commission pour la révision de la constitution du Kenya, qui a sillonné tout le pays, recueillant, auprès des Kényans, des informations sur ce qu'ils voulaient que leur nouvelle constitution contienne.
Nommée en 2000, la commission a publié ses conclusions en septembre 2002..
Les 629 délégués de la NCC ont entamé des discussions à Bomas en avril 2003.
L'actuel président de la commission parlementaire sur la constitution, Simeon Nyachae, a déposé au parlement, mardi, le projet de Kilifi.
Si le projet était adopté, il serait envoyé au procureur général, ensuite à la Commission électorale du Kenya, qui organisera un referendum sur la constitution proposée.
Toutefois, les manifestants qui ont exprimé leurs exigences mardi, semblent ne pas vouloir laisser ce processus suivre son cours sans résistance : les manifestations devraient continuer tout au long de la semaine.
"Nous voulons poursuivre l'action de masse et paralyser toutes les opérations jusqu'à ce que le parlement accède au pouvoir du peuple", a dit à IPS, Cyprian Nyamwamu, un autre membre du Mouvement du peuple.

