DROITS: La paix commence avec les mères, les filles et les soeurs

NATIONS UNIES, 20 juil (IPS) – Les femmes sont au premier plan de la résolution des conflits au niveau communautaire, mais sont rarement incluses dans les processus de paix de haut niveau, ce qui conduit à une politique sexiste de paix, ont déclaré quatre experts en implication des femmes dans les négociations de paix, lundi.

Des mesures comme la résolution 1325 du Conseil de sécurité, votée en 2000 et qui donne mandat pour une plus grande implication des femmes dans les négociations nationales et internationales, ont provoqué une prise de conscience sur le problème de la représentation inégale entre les hommes et les femmes dans la résolution des conflits.

Toutefois, très peu de progrès réels ont été faits, a indiqué Nyaradzai Gumbonzvanda, une directrice de programme au Fonds des Nations Unies pour la femme (UNIFEM).

"Il y a une prise de conscience, mais la prise de conscience n'est pas assez. La prise de conscience n'a pas été traduite en action", a-t-elle dit à une conférence de presse qui a attiré 24 journalistes – toutes des femmes.

"Alors que nous approchons du cinquième anniversaire de la 1325 en octobre, ce qui est nécessaire est un soutien plus fort à la participation des femmes à tous les efforts pour promouvoir et conserver la paix et la sécurité", a ajouté Joanne Sandler, la directrice adjointe de l'UNIFEM.

Le travail que les femmes font aux niveaux local et régional est capital pour les processus d'édification de la paix, mais "les rôles des femmes sont souvent sous-estimés ou ignorés, bien que ce soit leur droit de participer, dans les mêmes conditions que les hommes, à tous les processus de gouvernance et de prise de décision", a affirmé Gumbonzvanda.

"Des négociations de paix formelles qui excluent la moitié de la population ont un espoir limité d'obtenir un soutien populaire", a-t-elle noté.

Alors que certains pays ont voté des lois pour accroître la participation des femmes aux processus de paix, la législation nationale qui s'est alignée sur la résolution 1325 du Conseil de sécurité est souvent édulcorée lorsqu'elle vient devant les commissions de ratification.

Par exemple, un projet de loi israélien voté en mars, qui tentait d'accroître la participation des femmes dans les efforts de paix du gouvernement, indiquait initialement que les femmes devraient constituer 25 pour cent des participants.

Toutefois, parce que le gouvernement était réticent à fixer un quota, le projet de loi qui a été finalement voté, affirmait simplement qu'un "nombre décent" de femmes devraient être incluses dans les négociations de paix du gouvernement.

Le 'Jerusalem Post' a noté que le législateur annonçant le projet de loi a essayé de montrer qu'il tenait aux femmes en déclarant qu'il était derrière le podium, "en vertu de ma femme" (dans sa propre version de l'adage : derrière chaque grand homme, se trouve une femme").

Un autre intervenant a répondu : "Il y avait ceux qui auraient préféré que votre femme soit ici par votre mérite".

A la base du langage "politiquement correct" de la législation sur l'égalité de genre, se trouve souvent une culture politique patriarcale.

Même les Nations Unies ne se sont pas conformées à leur propre législation et leurs objectifs. La conférence de l'ONU sur les femmes en 1995, à Beijing, a adopté un objectif d'équilibre de genre de 50-50 au sein du système des Nations Unies en 2000 — qui n'a pas été atteint. La résolution 1325 du Conseil de sécurité a également demandé au secrétaire général Kofi Annan de nommer plus de femmes comme représentantes spéciales dans les zones de conflit; ceci n'a pas été acquis non plus.

"Il y a une seule femme au niveau de représentante spéciale du secrétaire général sur à peu près 50 postes pareils", a souligné l'ambassadeur adjoint du Canada à l'ONU, Gilbert Laurin.

Ce qui pose la question de savoir si les normes internationales comme la résolution 1325 du Conseil de sécurité font une quelconque différence.

Tonni Annbrodber, une conseillère en genre de l'UNIFEM à Haïti, croit que la réponse est 'oui'. Même si la résolution 1325 n'a pas de mécanisme de mise en œuvre, c'est un important instrument politique d'influence dans le plaidoyer des femmes aux niveaux communal et régional.

"C'est un bon cadre", a-t-elle dit à IPS. "Vous devez travailler à tous les niveaux et vous avez besoin de quelque chose pour que les pays vous rendent des comptes".

Malgré une réticence nationale à adopter une législation internationale comme la 1325, les femmes ont utilisé cette loi et d'autres mesures internationales dans leur travail à la base pour la résolution des conflits et l'édification de la paix.

Annbrodber a souligné que l'UNIFEM travaille à Haïti pour "donner aux femmes des instruments, pour leur faire savoir qu'il y a des normes internationales que leurs pays ont signées — qu'elles ont des droits".

"Nous essayons d'être un pont", a-t-elle ajouté. "Les femmes négocient quotidiennement à tous les niveaux. Les femmes du marché négocient avec leurs clients, elles négocient dans leurs maisons. Comment peuvent-elles négocier au niveau de la communauté et au niveau national pour faire en sorte que leurs besoins soient entendus?".

Asha Hagi Amin, une députée nouvellement nommée et fondatrice du groupe 'Sauver les femmes et les enfants somaliens', a déclaré qu'elle a dû "se défoncer" pour aider à faire entendre les intérêts des femmes somaliennes dans les pourparlers de paix à Djibouti en 2000.

Les négociations ont promis une représentation juste et équitable des cinq clans en Somalie, mais aucun des clans n'allait présenter une femme représentante.

"On ne donne pas aux femmes la chance de protéger le clan ni la responsabilité de le représenter", a indiqué Amin. "En tant que femmes, nous n'avions aucun rôle dans la structure traditionnelle du clan, donc, nous n'avions aucun droit de représenter nos propres clans et nous étions, par conséquent, exclues du processus de paix".

"Puisque nous n'étions pas traitées comme des membres à part entière de nos clans individuels, nous avons refusé de nous ranger derrière eux, et nous avons choisi plutôt de former notre propre clan, pour représenter la voix des femmes", a-t-elle expliqué. "Les femmes somaliennes ne se sont pas résignées à être des victimes. Elles étaient des partisanes de la paix".

Elle a dit que des femmes s'étaient mobilisées pour former un sixième clan, qui a été en fin de compte accepté comme un participant égal dans les pourparlers de paix de haut niveau. "Nous étions debout devant la tente revendiquant notre identité pour y prendre part", a affirmé Amin. "C'était la première fois que des femmes allaient à des tables de négociations de haut niveau pour participer comme des partenaires égaux, comme des citoyennes de ce pays".

Le sixième clan a plaidé avec succès pour l'inclusion des droits des femmes et des mesures de discrimination positive dans la charte somalienne.

Comme cela avait été le cas en Somalie, les négociations en temps de paix fixent souvent le cadre institutionnel pour reconstruire la société.

Lorsque des femmes sont présentes aux négociations de paix, leurs besoins ont plus de chance d'être abordés dans les lois et les institutions clés.

Et les avantages de l'implication des femmes dans des processus de paix vont au-delà des droits des femmes. Shelley Anderson du 'Programme Women's Peacemaker' constate que la position avantageuse et les expériences spécifiques des femmes — comme le fait de diriger de vastes réseaux familiaux et des liens communautaires — font d'elles un atout pour les négociations de paix.

Amin, par exemple, s'est mariée hors de son clan de naissance, et elle a affirmé que cette expérience l'avait aidée à œuvrer en vue de la formation du sixième clan.

Par ailleurs, à travers leurs rôles en tant qu'aides à domicile, les femmes représentent souvent différentes couches de la société : celles qui ont besoin d'éducation, et de soins de santé. Elles ont une expérience différente de la guerre par rapport aux combattants et aux politiciens de sexe masculin.

Tonni Annbrodber a indiqué à IPS que "cela ne concerne pas seulement le fait d'avoir une femme au pouvoir, cela a rapport au fait d'avoir une vision. C'est un leadership de transformation. Nous reconnaissons que la réponse ne se trouve pas seulement dans le fait d'avoir une femme leader, mais lorsqu'il y a des femmes à la table, il y aura assurément une perspective différente".