BAMAKO, 22 juil (IPS) – Les femmes maliennes se réjouissent de la décision des autorités de rendre gratuite la césarienne dans ce pays pauvre d'Afrique de l'ouest où les taux de mortalité néonatale et maternelle sont encore élevés, selon des sources hospitalières.
"On enregistre, dans notre pays, un taux de 582 décès maternels pour 100.000 naissances, soit un décès maternel toutes les trois heures et un taux de 55 décès de nouveau-nés pour 1.000, soit 80 nouveau-nés qui meurent chaque jour", a déclaré à IPS, le professeur Amadou Dolo, chef du service de gynécologie obstétrique de l'hôpital Gabriel Touré, à Bamako, la capitale malienne.
Selon Dolo, il est établi que la plupart des décès maternels et néonatals, au Mali, peuvent être évités si seulement la femme enceinte pouvait être assurée de bénéficier d'un accouchement assisté et de soins obstétricaux d'urgence en cas de complications.
Dolo explique que la césarienne, pratiquée dans de bonnes conditions, est un acte chirurgical qui peut contribuer fortement à la réduction de la mortalité maternelle et néonatale. "Or, le taux de césarienne est très bas dans notre pays", déplore-t-il.
"Il est de 0,8 pour cent, alors que les normes retenues sont de cinq à 15 pour cent". "Tous les pays qui n'ont pas un taux de césarienne, compris entre cinq à 15 pour cent, connaissent un taux élevé de mortalité maternelle à laquelle sont associées la mortalité et la morbidité néonatale", a ajouté, à son tour, le ministre malien de la Santé, Dr Zeïnab Maïga Mint Youba.
La prise en charge gratuite de la césarienne se fera dans les établissements publics hospitaliers et les centres de santé de référence, selon Youba. La décision a été prise par le gouvernement au début de ce mois.
Adame Cissé Traoré, coordinatrice de l'association Promotion des femmes pour la santé, l'assainissement et le bien-être des femmes, une organisation non gouvernementale basée à Bamako, a indiqué à IPS : "La décision d'accorder la gratuité de la césarienne à toutes les parturientes est à tout point de vue salutaire". Pour elle, la décision vise à porter le taux d'accouchement par césarienne aux normes retenues en la matière.
"Une très bonne nouvelle pour nous les pauvres", s'exclame, pour sa part, Kadiatou T. Sanogo, une ménagère de 50 ans environ dans un quartier populaire de Bamako. Sanago confie à IPS avoir perdu sa fille aînée, en 2002, lors d'un accouchement faute d'avoir les moyens de faire l'opération de césarienne. L'accouchement par césarienne coûte cher dans les établissements hospitaliers et dans les centres de santé de référence du Mali. Le tarif de l'opération varie actuellement entre 120 dollars et 160 dollars environ dans les hôpitaux publics, un tarif dissuasif pour la majorité des Maliens. La même opération varie en moyenne entre 600 dollars et 800 dollars environ dans les cliniques privées. Aucune statistique fiable n'est disponible sur le nombre de femmes enceintes qui paient pour une césarienne dans les différents centres médicaux. Néanmoins, le taux de couverture pour les soins prénatals est estimé à 57 pour cent, et celui des accouchements assistés par un personnel assistant qualifié à 41 pour cent pour la période 2003-2005, selon un document du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), intitulé 'Indicateurs sur le Mali', publié cette année.
Selon le rapport 2004 du Programme des Nations Unies pour le développement, intitulé 'Décentralisation et réduction de la pauvreté', 65 pour cent des Maliens vit avec moins d'un dollar par jour, pour une population estimée à près de 11,7 millions d'habitants.
Sur la base du coût de l'opération et du taux élevé des décès maternels, les autorités maliennes ont fait de la réduction de la mortalité maternelle, une priorité absolue. Ce qui a conduit le gouvernement à instaurer la gratuité de l'accouchement par césarienne, a souligné la ministre de la santé. Youba a expliqué à IPS que le but ultime de la césarienne est de sauver à la fois la mère et l'enfant dans une situation de complication. Cet avis est partagé par des associations de défense des femmes. Pour Traoré, la plupart des causes de décès maternel et néonatal sont évitables si la femme enceinte bénéficie d'un accouchement assisté. La réduction de la mortalité infantile de deux-tiers et la réduction de trois-quarts de la mortalité maternelle font partie des huit Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), retenus par les dirigeants du monde entier aux Nations Unies, en 2000, pour être réalisés d'ici à 2015.
Les autres OMD comprennent la réduction de moitié de la faim et de l'extrême pauvreté, la promotion de l'éducation primaire universelle, et de l'égalité de genre. La gratuité de la césarienne constitue plus qu'une bouffée d'oxygène aussi bien pour les femmes que pour les hommes, se réjouit Ben Chérif Diabaté, secrétaire général de l'association non gouvernementale des communicateurs traditionnels du Mali, basée dans la capitale. Car, avec cette mesure, dit-il, on ne va pas plus souffrir en se demandant : "Où est-ce que je vais sortir l'argent pour payer les frais de l'opération de la césarienne?" L'incidence financière de la mesure est estimée à "420 millions de francs CFA (environ 840.000 dollars) en 2005 et doit atteindre plus de deux milliards de FCFA (environ quatre millions de dollars) en 2009", selon le ministère de la Santé. Il est attendu, cette année, 7.000 césariennes et le double en 2006, indique le ministère.
La ministre de la Santé assure que la gratuité de la césarienne sera effective dès que le décret d'application de la décision sera signé dans les prochains jours. Selon le ministère de la santé, l'Etat assurera le paiement des examens préparatoires de l'acte chirurgical, le coût de l'achat du kit (ensemble des médicaments destinés à l'opération), et les frais d'hospitalisation. La gratuité de la césarienne suscite néanmoins quelques inquiétudes. Traoré craint, par exemple, qu'en perdant certains avantages matériels tirés des fonds générés par les césariennes – du fait de la gratuité de l'opération – les personnels de santé ne négligent les femmes enceintes en les laissant délibérément dans un long travail ou en refusant de les opérer. Face à ces inquiétudes, la ministre de la Santé se veut rassurante : "Les médecins sont tenus d'administrer immédiatement les soins à toute parturiente dont l'état nécessite un accouchement par césarienne".

