LOME, 21 juil (IPS) – L'organisation de défense des droits de l'homme Amnesty international dénonce de graves violations de droits de l'Homme au Togo, dans un rapport rendu public mercredi.
Dans ce rapport intitulé 'Togo : L'histoire va-t-elle se répéter?", l'organisation non gouvernementale (ONG), basée à Londres, a révélé des "atteintes graves aux droits de l'Homme" au cours de la période électorale au Togo.
Le 24 avril dernier, les Togolais étaient allés aux urnes pour l'élection présidentielle qui a vu la victoire contestée de Faure Gnassingbé, fils de Gnassingbé Eyadéma, l'ancien président de ce pays de l'Afrique de l'ouest pendant 38 ans, décédé en février. Le scrutin a été émaillé d'incidents violents, ce qui a contraint quelque 30.000 Togolais à l'exil vers les Etats voisins du Togo, notamment au Bénin et au Ghana. Amnesty international dénonce, dans son rapport, des exécutions extrajudiciaires, des enlèvements, des actes de torture et des mauvais traitements, y compris des viols et des tentatives de viols perpétrées par les forces de l'ordre et par les partisans du régime contre les sympathisants réels ou supposés de l'opposition. Amnesty international a indiqué, dans son rapport, avoir produit une liste de 150 noms de victimes sur la base de déclarations recueillies parmi les réfugiés du Bénin. Selon l'organisation, le bilan n'est pas exhaustif. "Le bilan total est bien plus élevé", affirme l'ONG, se demandant si les violations des droits humains vont se répéter comme sous le régime du président défunt.
"Je reconnais qu'il y a eu certainement violation des droits de l'Homme, mais qui a violé les droits de l'Homme?", s'est interrogé Kokou Tozoun, le ministre de la Communication du Togo, mercredi à Lomé, la capitale togolaise. Selon l'ONG de défense des droits humains, l'enquête s'est déroulée, en mai et juin, auprès des milliers de personnes réfugiées au Bénin pour des raisons de sécurité.
"Amnesty international n'a pas cru bon devoir venir au Togo pour compléter son enquête, il s'arrête juste dans un camp de réfugiés", a regretté Tozoun, dans un entretien avec la presse internationale.
Claude Vondoly, président du Mouvement togolais pour la défense des libertés et des droits de l'Homme (MTDLDH), basé à Lomé et réputé être proche du pouvoir, dénonce, lui aussi, la méthode de l'organisation : "C'est dommage qu'Amnesty international n'ait pas daigné envoyer une mission à Lomé et dans les autres villes du Togo pour compléter son enquête".
"Cela nous conduit à dire que c'est un rapport partial qui n'est pas exhaustif", a ajouté Vondoly pour qui le rapport devait être plus approfondi afin de situer les responsabilités. En s'abstenant de se rendre sur le territoire togolais pour mener le reste de son enquête, Amnesty international "a voulu protéger les témoins" qui auraient pu subir les représailles des partisans du pouvoir, après le départ de l'ONG, estime un analyste qui a requis l'anonymat à Lomé. Selon le rapport, "De nombreux militants supposés de l'opposition ont été victimes de tortures et de mauvais traitementsàLors de la mission d'enquête au Bénin, les délégués d'Amnesty International ont recueilli des témoignages faisant état de violences contre des femmes, y compris des cas de viols commis par des partisans armés du pouvoir". "On ne peut pas dire que c'est seulement dans un camp qu'il y a eu des victimes et des gens qui ont violé des droits de l'Homme; des militants du pouvoir et ceux de l'opposition ont été victimes de ces violences, et nous ne comprenons pas pourquoi Amnesty international se limite à l'opposition", a lancé Vondoly à IPS. Le MTDLDH de Vondolly a fait état de 105 morts au cours des violences, toutes tendances confondues, y compris dans les rangs des forces armées.
Pour sa part, Togoata Apédo-Amah, secrétaire général de la Ligue togolaise des droits de l'Homme (LTDH), accusé souvent par le pouvoir d'être proche de l'opposition, s'est dit satisfait du travail effectué par Amnesty international. Il a déclaré dans un entretien avec la presse locale, que tout ce que Amnesty international a révélé dans son rapport vient corroborer celui de la LTDH basée à Lomé, qui avait dressé un bilan de 811 morts, rendu public en mai.
"C'est du bon travail effectué par Amnesty international qui a permis de voir que les responsabilités des forces de l'ordre sont nettement établies", a dit Apédo-Amah.
Amnesty International a, par ailleurs, accusé la France de soutenir l'armée togolaise. "Il est également important de réfléchir sur le rôle joué par certains pays étrangers, notamment la France, qui fournissent une assistance militaire au Togo", a souligné l'ONG.
L'organisation indique "avoir fait analyser des balles en caoutchouc ainsi qu'une grenade lacrymogène, utilisées à Lomé lors de la répression d'avril.
Il en ressort que ces matériels sont de fabrication française", ajoute le rapport.
Selon Amnesty International, la promotion et la protection des droits humains doivent être une priorité dans les relations entre la France et le Togo.
Dans une déclaration devant des journalistes à Paris, Cécile Pozzo di Borgo, porte-parole adjoint du ministère français des Affaires étrangères, a répondu, mercredi : "Dans sa relation bilatérale avec le Togo, la France contribue depuis plusieurs années au renforcement de l'Etat de droit". "Elle (la France) reste particulièrement attentive à la mise en oeuvre des engagements d'ouverture pris par le nouveau président, en matière de restauration de la démocratie, du respect des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, lesquels s'inscrivent dans le cadre des 22 engagements souscrits par le Togo auprès de l'Union européenne (UE)", a souligné Pozzo di Borgo.
La mise en œuvre des 22 engagements pris à Bruxelles en avril 2004 devrait aboutir à la reprise de la coopération entre l'UE et le Togo. Elle a été interrompue depuis 1993 pour "déficit démocratique", selon l'UE. Les engagements concernent, entre autres, la liberté de presse et d'expression, l'organisation d'élections libres, démocratiques et transparentes, la libération des prisonniers politiques, et l'instauration d'un dialogue au sein de la classe politique togolaise.
Mais pour l'heure, les engagements honorés sont la libération des prisonniers politiques et l'adoption d'un code de la presse plus libéral.
"Le dispositif militaire français au Togo comprend exclusivement un détachement air d'une centaine de militaires, cantonné sur l'aéroport de LoméàIls n'effectuent aucune mission sur le territoire togolais", a ajouté le porte-parole français dans sa déclaration reçue à Lomé.
Amnesty international demande, dans les conclusions de son rapport, à la communauté internationale de soutenir le travail du Haut commissariat aux droits de l'Homme des Nations Unies et de rendre public le résultat de la mission d'établissement des faits, qui s'est rendue au Togo, au Bénin et au Ghana, en juin. "La mission devrait être suivie de la mise en place d'une commission d'enquête internationale disposant des moyens adéquats pour mener à bien une enquête exhaustive dans tout le pays", ajoute le texte. "Nous attendons avec impatience les résultats de la mission des Nations Unies et ceux de la commission nationale d'enquête créée par le président de la République parce qu'ils nous permettront véritablement de situer les responsabilités et de nous prononcer clairement", a affirmé Vondoly.
En revanche, la LTDH a rejeté l'idée de création de cette commission nationale d'enquête et soutient toujours celle d'une commission internationale indépendante. La LTDH déclare ne pas faire confiance à une commission créée par le gouvernement.

