MBABANE, 19 juil (IPS) – Une nouvelle campagne publicitaire visant à réduire les taux de VIH chez les adolescents en encourageant l'abstinence est en train d'utiliser une combinaison de valeurs traditionnelles et de valeurs modernes dans son appel à la jeunesse swazie.
La phrase SiSwati "Ngoba likusasa nelami" — "Parce que demain m'appartient" — a été choisie comme thème de l'initiative, qui a démarré avec des publicités en pleine page dans deux journaux nationaux du Swaziland.
En raison du nombre limité du tirage de la presse swazie, des publicités radio sont également en train de passer. Par ailleurs, des panneaux d'affichage portant les images et messages utilisés dans les publicités des journaux ont commencé par paraître ce mois.
Les images en question montrent des jeunes gens inondés de teintes dorées du lever du soleil, avec des citations comme "Je veux finir mon éducation..
Les relations sexuelles peuvent attendre" (utilisés avec l'image d'une fille ayant en main des manuels scolaires). Une autre publicité montre un garçon avec un regard déterminé, disant : "Je pense à mon avenir. Les relations sexuelles peuvent attendre".
"Nous sommes en train de dire aux adolescents de prendre en main leur propre vie, aussi bien pour leur propre survie personnelle que pour l'avenir de la nation swazie", a déclaré à IPS Tshepo Motlhala, un styliste modéliste qui a développé la campagne pour la 'National Emergency Response Committee on HIV/AIDS' (NERCHA).
Créée pour distribuer l'argent recueilli du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme, des donateurs gouvernementaux et privés, la NERCHA joue de plus en plus le rôle de coordonnateur national pour les organisations non gouvernementales (ONG) qu'elle aide à financer.
"La nouvelle campagne de publicité visant les jeunes est la première fois où toutes les parties prenantes du secteur de la santé se retrouvaient ensemble sur un seul projet. Depuis les rencontres initiales avec le gouvernement et les ONG, en passant par la recherche avec les adolescents, jusqu'à l'élaboration d'images et de message de la campagne, toutes les parties ont été impliquées", a indiqué dans un entretien avec IPS, Nana Mdluli, directrice de la communication à la NERCHA.
"Dans les publicités, nous montrons des jeunes qui ont pris en main leurs vies. A cause du SIDA, les relations sexuelles peuvent être mortelles.
L'abstinence peut garantir un avenir aux adolescents".
Le Swaziland est actuellement détenteur de la peu enviable distinction de plus fort taux d'infection de VIH au monde, avec les derniers chiffres officiels montrant que 42,6 pour cent d'adultes sexuellement actifs sont séropositifs. Toutefois, le taux d'infection parmi les adolescents, actuellement de 15 pour cent pour les jeunes de 18 ans et moins, sexuellement actifs, est stable, et pourrait être en train de diminuer.
"C'est la première génération qui a vécu pendant la dévastation du SIDA.
Ils ont enterré des amis et des membres de leurs familles. Ils savent qu'ils doivent se protéger eux-mêmes", affirme Alan Brody, représentant national du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF).
La campagne vise à aider les jeunes à surmonter les pressions pour avoir des relations sexuelles avec des pairs et des partenaires plus vieux, comme des "papas sucre" et des "mamans douces" qui séduisent les adolescents avec de l'argent et des cadeaux.
"C'est un changement culturel dans une société où la famille et les autorités ont toujours dit aux enfants ce qu'il faut faire, et où ils ne réfléchissent pas trop par eux-mêmes", affirme Agnes Kunene, une infirmière et jeune conseillère dans la ville centrale commerciale de Manzini.
"Mais les jeunes doivent savoir se défendre eux-mêmes — en particulier les filles. Elles doivent éviter d'avoir des relations sexuelles pour leur survie", ajoute-t-elle. "Le message provenant des campagnes précédentes en faveur de l'utilisation des condoms est toujours valide, mais l'usage du condom est irrégulier. L'abstinence, aussi difficile qu'elle puisse être pour un adolescent, est le seul moyen".
Toutefois, les valeurs traditionnelles sont toujours mentionnées, avec le fait qu'on rappelle aux adolescents qu'en protégeant leur propre santé, ils apporteront une contribution importante à la nation swazie.
"Le thème de la campagne 'moi d'abord' est un changement culturel, mais nous parlons également de ce qui est en jeu pour l'avenir du pays", a déclaré Motlhala. "Les adolescents dans les publicités portent des vêtements occidentaux, mais la langue utilisée dans les publicités est le SiSwati. Nous disons qu'il n'y a rien de mal à porter des habits occidentaux tant que vous savez d'où vous venez", a-t-il ajouté.
Des plans existent pour étendre la campagne au-delà des canaux traditionnels tels que la radio, les publicités dans les journaux, les panneaux d'affichage et les posters. Le ministère de l'Education est également en train de s'impliquer en sponsorisant une pièce théâtrale qui met en scène l'importance du retardement des relations sexuelles.
Une centaine de cours secondaires accueillera la troupe théâtrale itinérante qui va jouer la pièce, à partir du mois prochain. Après la représentation, des conseillers engageront des discussions avec l'assistance.
Daniel Halperin, un expert en changement de comportement à l'Agence américaine pour le développement international, estime que les précédentes campagnes de lutte contre le SIDA ont réussi à accroître la prise de conscience sur la pandémie au Swaziland — mais n'ont pas changé les comportements.
"Même si nous arrivions à étendre très bien l'accès au traitement et aux soins, une grande partie de la population swazie est vouée à un avenir de maladie chronique tant que la vague de nouvelles infections ne sera pas abrégée", note-t-il.
"La nouvelle campagne est un moyen important de dire aux gens que continuer d'avoir des partenaires sexuels multiples (signifie) que vous tuez non seulement votre avenir — mais que cela tuera également l'avenir de toute la nation swazie".
Mais cette dernière initiative réussira-t-elle là où d'autres ont échoué? Un sondage informel effectué par IPS auprès de jeunes gens passant devant un tableau d'affichage a donné des résultats positifs. "Ils sont bien habillés. C'est une honte d'être si beau et de mourir du SIDA", a déclaré Janice, une lycéenne.
Une autre fille, Ncamsile, a noté : "J'aime le message parce qu'il dit que je suis également une Swazie, et que j'ai une responsabilité vis-à-vis de mon peuple".

