ENVIRONNEMENT-SENEGAL: L'eau potable et l'hygiène absentes dans les écoles

DAKAR, 18 juil (IPS) – L'école élémentaire "Rufisque-Nantes", située à Rufisque, à 28 kilomètres au sud-est de Dakar, la capitale sénégalaise. L'heure de la recréation sonne à 10 heures locales, libérant des groupes d'élèves qui courent vers les maisons environnantes pour se soulager ou étancher leur soif.

Dépourvus d'installations sanitaires fonctionnelles et d'eau potable, les élèves sont ainsi obligés de se rendre vers des maisons voisines de leur école pour satisfaire leurs besoins. "Ils gaspillent trop d'eau, ce qui amène souvent des coupures pour non-paiement des factures", explique à IPS, le directeur de l'école, Sadikh Diaw.

L'hygiène et l'assainissement en milieu scolaire représentent un enjeu majeur en matière de santé publique. Mais cette exigence est loin d'être une réalité dans la plupart des écoles élémentaires du Sénégal, qui ne sont pas suffisamment équipées en matériel sanitaire.

Loin d'être un cas isolé, le manque d'hygiène et d'eau potable, constaté à l'école élémentaire "Rufisque-Nantes", est le lot de la plupart des écoles sénégalaises.

Sur les 6.060 écoles élémentaires que compte ce pays d'Afrique de l'ouest, 3.080 n'ont pas d'eau courante, tandis que 2.948 n'ont pas de bloc sanitaire, révèle une étude initiée par l'Ecole d'hygiène et de médecine tropicale de Londres, en collaboration avec l'Office national de l'assainissement du Sénégal (ONAS), le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) ainsi que le Programme eau et assainissement (WSP).

L'étude a été réalisée à la fin de 2004 et ses résultats publiés en mai cette année.

Le WSP est une association internationale qui vise à alléger la pauvreté grâce à un accès soutenu, à faible coût, à l'eau et aux services d'hygiène.

Elle est basée à Washington, aux Etats-Unis.

L'Ecole d'hygiène et de médecine tropicale (EHMT) de Londres est la principale école de santé publique d'Europe. Sa mission est de contribuer au progrès de la santé dans le monde. Elle s'active dans la recherche, l'enseignement de troisième cycle ainsi que la formation nationale et internationale en santé publique et en maladies tropicales, par une politique d'information et par la pratique de ces disciplines.

L'étude a révélé également que dans 96 écoles élémentaires sondées dans la capitale sénégalaise, 76 pour cent des élèves ne se lavent pas les mains à la sortie des toilettes dans les établissements disposant d'infrastructures sanitaires. Dans la plupart de ces écoles, il manque aussi des éléments essentiels, tels que les matériels de nettoyage (seau, serpillières, désinfectant….) et du savon pour le lavage des mains.

Les communes supportent parfois les charges d'eau et d'électricité de leurs écoles. Mais l'essentiel des frais de fonctionnement, dont le paiement des factures d'eau et d'électricité, est réglé à partir des cotisations des parents d'élèves, fixées en début d'année à moins d'un dollar.

L'étude avait pour but de comprendre les motivations des différents acteurs dans les écoles ciblées, dont le corps enseignant, le gardien et les femmes de ménage – accusés très souvent de fuir leurs responsabilités en matière d'entretien des installations sanitaires.

Pour Myriam Sidibé, membre de l'EHMT, responsable de l'étude sur le lavage des mains dans les écoles, "les élèves connaissent les raisons pour lesquelles il faut se laver les mains, il faut maintenant les inciter à le faire en jouant sur des motivations telles que le plaisir d'avoir les mains qui sentent bon, la fierté d'être dans une école qui dispose de toilettes propres".

Selon elle, à peine cinq pour cent seulement des élèves des écoles de Dakar ont le réflexe de se laver les mains à la sortie des toilettes. Dans certains établissements où le savon est disponible dans les toilettes, il est peu ou pas utilisé du tout, ajoute Sidibé.

Ainsi, dans quatre écoles de Dakar (deux écoles publiques, une école catholique et une école franco-arabe), un séjour prolongé des enquêteurs de l'EHMT a permis de mieux comprendre le point de vue des enfants, en les associant aux études menées : formation d'observateurs, essais comportementaux avec des dispositifs sanitaires dans les salles de classe, simulation de conférence de presse sur le thème de l'hygiène…

Selon Sidibé, on se lave plus les mains dans les écoles publiques où ont été observés 55 pour cent des bonnes conduites hygiéniques que dans les établissements d'enseignement privé, qu'ils soient laïcs, catholiques ou franco-arabes. L'étude ne s'est pas intéressée aux écoles coraniques.

Pour les enseignants, ce manque d'hygiène constaté chez les élèves a son origine dans le mauvais état des installations sanitaires plutôt que dans une quelconque carence éducative.

En effet, si l'éducation sanitaire constitue l'un des enseignements essentiels de l'école élémentaire au Sénégal au même titre que la lecture ou le calcul, la pratique de l'hygiène tarde à être une réalité.

"Les initiatives de promotion de l'hygiène menées jusqu'ici au Sénégal ont porté essentiellement sur la fourniture d'équipements d'approvisionnement en eau et d'assainissement sur les méthodes de bonne conservation et le traitement de l'eau, mais pas assez sur le lavage des mains", reconnaît un fonctionnaire du ministère de la Prévention, de l'Hygiène et de l'Assainissement, qui a requis l'anonymat.

Selon l'ONAS, des constats épidémiologiques montrent clairement le lien entre l'absence de comportements hygiéniques et la prévalence des maladies gastro-intestinales chez les enfants, telles que la diarrhée (principale cause de mortalité infantile), les vers intestinaux (ils touchent 92 pour cent des écoliers) et d'autres infections.

D'où le lancement, en début d'année, d'une vaste campagne nationale pour le lavage des mains dans les foyers, les écoles et lieux publics. Une initiative saluée par tous les adeptes d'une bonne hygiène, dans un pays où certaines croyances culturelles continuent de véhiculer l'adage selon lequel "se laver les mains plusieurs fois par jour fait s'envoler la chance". Généralement, des toilettes sont construites dans ces écoles, mais le défaut de leur entretien fait qu'elles deviennent impraticables. Dans certaines écoles, les installations sanitaires sont même transformées en toilettes publiques, faute de surveillance. Le gouvernement intervient de moins en moins directement dans la gestion interne de ces écoles laissées de plus en plues aux mairies qui, elles-mêmes, disposent de peu de ressources face aux nombreuses charges municipales. Aussi, de nombreuses écoles sollicitent-elles des organisations non gouvernementales pour leur réhabiliter ou construire des latrines, notamment dans les villes de l'intérieur du pays.

La campagne nationale pour le lavage des mains s'inscrit dans le cadre d'un programme soutenu par l'ONAS, le WSP, la Banque mondiale et l'UNICEF, en collaboration avec d'autres partenaires publics et privés. Elle intervient au moment où le Sénégal fait face, depuis le début de l'année, à une épidémie de choléra qui s'est soldée par des dizaines de morts.

L'épidémie de choléra sévit toujours au Sénégal et a même commencé à se propager dans des pays limitrophes (Gambie, Mali). Au total 66 nouveaux cas de choléra ont été enregistrés au Sénégal jusqu'au 11 juillet, indique le relevé épidémiologique quotidien du ministère de la Santé.

L'épidémie s'atténue et réapparaît avec des pointes de contamination alarmantes. Le cumul des cas de décès enregistrés, depuis l'apparition de l'épidémie du choléra, en octobre-novembre de l'année dernière, avoisine la dizaine de morts, selon le ministère. Les résultats de la campagne donnent déjà satisfaction puisque, selon Oumar Faye, directeur de la prévention au ministère de la Prévention, de l'Hygiène publique et de l'Assainissement, grâce à la mobilisation des populations, les maladies diarrhéiques ont connu un recul de 60 pour cent à Thienaba, à 90 km, à l'est de Dakar, et où ces infections étaient courantes et plus accentuées. L'accès à l'eau potable fait partie des huit Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), retenus par les dirigeants du monde entier aux Nations Unies, en 2000, pour être réalisés d'ici à 2015.

Les autres OMD comprennent la réduction de moitié de la faim et de l'extrême pauvreté, la promotion de l'éducation primaire universelle, de l'égalité de genre, la réduction de la mortalité infantile de deux tiers, ainsi que l'arrêt de la propagation du SIDA et d'autres maladies graves.