JOHANNESBURG, 15 juil (IPS) – L'ancien président sud-africain Nelson Mandela et la première dame des Etats-Unis Laura Bush ont fait campagne, cette semaine, dans deux villes sud-africaines contre la propagation du SIDA.
Mandela, qui aura bientôt 87 ans, a exhorté les jeunes à utiliser des condoms et à ne pas avoir des relations sexuelles prématurément. "Les gens devraient retarder les relations sexuelles jusqu'à ce qu'ils aient 21 ans, et utiliser ensuite des contraceptifs lorsqu'ils en ont", aurait-il affirmé lundi.
Mandela a également recruté quatre nouveaux ambassadeurs pour la campagne 46664, une campagne mondiale de sensibilisation sur le VIH/SIDA et de collecte de fonds, qui tire son nom du numéro de prison à lui attribué durant ses 27 ans d'incarcération à Robben Island (située à 12 kilomètres du Cap, en mer). Parmi eux, figure la présentatrice sud-africaine de télévision, Leanne Manas.
Alors que Mandela était occupé à Johannesburg, Laura Bush visitait des centres anti-SIDA et donnait des conférences au Cap. Les Etats-Unis dépenseront 149 millions de dollars pour aider les activités de la lutte contre le VIH/SIDA en Afrique du Sud cette année, a déclaré la première dame.
En plus de l'Afrique du Sud, l'itinéraire d'une semaine de Mme Bush inclut la Tanzanie et le Rwanda, des pays durement touchés par la pandémie.
Aussi bien Mandela que Mme Bush ont organisé leurs rencontres avec, en toile de fond, une nouvelle étude publiée lundi par le ministère de la Santé d'Afrique du Sud, qui indiquait que 6,5 millions sur les 47 millions d'habitants du pays pourraient être porteurs du virus du SIDA. Ceci marque une forte augmentation par rapport aux estimations de l'année dernière, chiffrées à 5,6 millions de personnes vivant avec le VIH.
L'étude, qui visait 16.000 femmes enceintes suivant des soins dans les services de consultation prénatale, a également noté un taux de prévalence de VIH en hausse parmi les femmes approchant la trentaine ou ayant un peu plus de 30 ans. Elle indiquait que près de 40 pour cent de femmes âgées de 19 à 25 ans étaient infectées par le VIH, tandis que le taux pour les femmes approchant la trentaine ou ayant un peu plus de 30 ans était estimé à 30 pour cent.
Alison Munro, coordonnatrice du bureau SIDA pour la Conférence des évêques catholiques d'Afrique australe, basé à Pretoria, a dit que la pauvreté est la raison fondamentale des conclusions du sondage. "Les gens sont en train d'être infectés parce qu'ils n'ont pas d'argent. Ils ont besoin d'argent pour faire bouillir leur marmite, et font donc tout pour survivre", a-t-elle dit à IPS, mercredi.
Contrairement à plusieurs autres pays de la Communauté de développement d'Afrique australe, forte de 13 membres, l'Afrique du Sud octroie des subventions à ses citoyens vulnérables. Toutefois, Munro a déclaré que ces allocations de l'Etat n'étaient pas assez substantielles.
En outre, une partie de l'argent mis de côté pour les dépenses sociales, ne parvient jamais aux bénéficiaires visés. Zola Skweyiya, ministre du Développement social, a annoncé dans son discours de présentation du budget, le 5 avril, que quelque 37.000 fonctionnaires subiraient des enquêtes pour fraude et corruption. Le gouvernement perd environ 224 millions de dollars par an à cause de la mauvaise gestion du système d'allocations sociales, a-t-il affirmé.
Selon Skweyiya, près de 10 millions de Sud-Africains reçoivent des allocations sociales.
Munro a indiqué que l'inégalité entre les hommes et les femmes en Afrique du Sud était également en train de favoriser la propagation du SIDA : "Nous restons une société patriarcale où les femmes n'ont pas leur mot à dire et finissent par être infectées".
Pendant un discours prononcé mardi au Centre du livre, Mme Bush a tenu des propos similaires. "Mettre fin à la violence conjugale, au viol et à l'abus sexuel est également essentiel pour combattre la propagation du VIH/SIDA. Les femmes qui contrôlent leur propre vie – y compris le pouvoir économique et le respect social – ont une plus grande capacité à se protéger contre le VIH", aurait-elle souligné.
"Le modèle ABC de la prévention du VIH, couronné de succès, qui a été lancé pour la première fois en Afrique, est le plus souvent efficace lorsque les deux partenaires sont sur le même pied d'égalité. ABC signifie 'Abstinence', 'Fidélité', et l'utilisation correcte et régulière de 'Condoms', a ajouté Mme Bush.
"Lorsque les femmes sont respectées et ont une protection juridique dans leur communauté, elles contrôlent plus leurs vies sexuelles, elles ont plus de possibilités de se conformer au modèle ABC – et plus de pouvoir d'amener leurs partenaires à s'y conformer également".
L'ampleur de la crise du VIH est énorme, avec un million d'enfants ayant perdu leurs parents pour cause de SIDA en Afrique du Sud seule.
Cependant, "Nous n'avons pas de messages clairs (sur le SIDA) de la part des politiciens dans ce pays", a déclaré Munro. "Le gouvernement fait beaucoup, en mettant de l'argent dans le programme de lutte contre le SIDA.
Mais nous n'avons pas la volonté politique pour combattre la maladie".
Son organisation soutient le travail d'initiatives d'églises en Afrique du Sud, au Lesotho, au Swaziland, au Botswana et en Namibie.
"Nous avons un grand programme : nous appuyons 170 projets dans ces pays.
Nous avons également 22 centres en Afrique du Sud, au Swaziland et au Lesotho où nous fournissons des médicaments anti-rétroviraux aux personnes vivant avec le VIH/SIDA", a ajouté Munro.

