GLENEAGLES, Ecosse, 11 juil (IPS) – Les dirigeants du G8 ont offert peu à l'Afrique avec une main, mais cette offre cachée est destinée à prendre en retour plus -et avec beaucoup plus de mains. Il y avait des chiffres par-ci par-là pour satisfaire les stars de rock devenues des militants de la lutte contre la pauvreté.
Le présentateur de U2 Bono avait déclaré le premier jour du sommet du G8 : "Nous pourrions arriver à 50". Donc si vous ajoutez les déclarations d'une aide supplémentaire de 25 milliards de dollars aux déclarations de 25 milliards de dollars d'aide à l'heure actuelle, vous avez ce chiffre magique de 50.
Sur le terrain en Afrique, ce chiffre peut ne pas sembler si magique. Les dirigeants ont annoncé que "les engagements des pays du G8 et d'autres donateurs conduiront à une augmentation de l'aide publique au développement à l'Afrique de 25 milliards de dollars par an d'ici à 2010, plus que le doublement de l'aide à l'Afrique comparée à 2004". Donc, rien que des "engagements" – et ceci jusqu'en 2010.
"C'est une certaine augmentation de l'aide, mais pas autant que ce qui a été lancé à grands renforts de publicité", a indiqué à IPS, Claire Melamed de Christian Aid. "Et une grande partie de ce qui a été annoncé a été annoncée et promise avant".
Cependant, c'était quelque chose pour montrer ici à la station de golf de Gleneagles, après que le pays hôte, la Grande-Bretagne avait fait de l'Afrique une des deux principales priorités (avec le changement climatique) du sommet des chefs de gouvernement des huit pays les plus industrialisés – G8 – (Etats Unis, Canada, France, Allemagne, Italie, Japon, Grande-Bretagne et Russie). Mais les dons différés, ou même partiellement refusés ne sont pas le problème de l'Afrique. Le G8 a préconisé vivement dans son communiqué, le principe de la privatisation, en face d'une multitude d'études, dont plusieurs ont même été acceptées par la Banque mondiale, cette privatisation rapide et sans entraves avait ruiné les économies de plusieurs nations fortes de même que celles qui tirent le diable par la queue.
"L'entreprise privée est un principal moteur de croissance et de développement", ont indiqué les dirigeants dans un communiqué qui marquait la fin du sommet du 6 au 8 juillet. "Les pays africains doivent édifier un climat d'investissement beaucoup plus fort : nous continuerons à les aider à faire cela". A l'intérieur de l'Afrique, "le partenariat entre les secteurs public et privé est crucial".
Le G8 a proposé son aide pour bâtir "la capacité physique, humaine et institutionnelle pour le commerce, y compris les mesures de facilitation du commerce". Mais pas un mot sur les subventions agricoles au sein de l'Union européenne et aux Etats-Unis, qui rendent la compétition si rude, qu'elles bloquent actuellement les agriculteurs africains et leurs produits sur leur propre territoire.
Et qui tirera plus profit de la privatisation en Afrique que les sociétés des Etats-Unis et de l'Union européenne? "L'approche du G8 vis-à-vis du commerce semble être : 'Ne demandez pas ce que nous pouvons faire pour les pauvres, mais ce que les pauvres peuvent faire pour nous'," a déclaré Peter Hardstaff du Mouvement pour le développement du monde (WDM), une organisation non gouvernementale indépendante.
"Le commerce est la principale question ici. Le commerce est la chose qui doit changer", a déclaré Melamed. Et certains des mots doivent être décodés, a-t-elle dit. "Lorsqu'ils parlent d'un ambitieux round de négociations commerciales de Doha, nous pensons qu'ils veulent dire beaucoup de libéralisation, et lorsqu'ils parlent d'équilibre ici, nous pensons qu'ils veulent dire qu'ils souhaitent que tout le monde libéralise, y compris les pays pauvres".
Le soi-disant Programme de développement de Doha est issu de la rencontre ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce dans la capitale Qatari en 2001, mais plusieurs questions, y compris les subventions agricoles et l'accès au marché, ont été des points de désaccord.
Les dirigeants du G8 ont dit qu'ils demanderont aux institutions financières internationales d'envisager "une assistance supplémentaire aux pays pour développer leur capacité à commercer et à faciliter l'ajustement dans leurs économies". L'ombre des tristement célèbres programmes "d'ajustement structurel", qui ont poussé des pays à libéraliser leurs économies à un rythme insoutenable, ne s'est pas tout à fait dissipée.
Le G8 a offert de soutenir des initiatives comme l'Assistance renforcée au secteur privé avec la Banque africaine de développement et "d'encourager la meilleure pratique dans l'investissement responsable à travers des réseaux du secteur privé africain".
Les pays du G8 "ont envoyé un message clair selon lequel ils n'envisageront d'agir que si les pays pauvres libéralisent en retour", a souligné le WDM dans une déclaration. "La pression du G8 pour amener les pays pauvres à libéraliser s'est même étendue jusqu'à offrir des pots-de-vin 'de l'aide contre le commerce' — donner aux pays pauvres une somme supplémentaire sous forme d'aide en échange de libéralisation".
Un signe d'espoir dans le communiqué est une reconnaissance du fait "qu'il revient aux pays en développement eux-mêmes et à leurs gouvernements de prendre les devants pour le développement". Le texte ajoute : "Ils doivent décider, planifier et programmer leurs politiques économiques pour qu'elles répondent à leurs propres stratégies de développement, pour lesquelles ils devraient rendre compte à toutes leurs populations".
Mais cette note est fortement contrecarrée avec une campagne particulière pour la privatisation à travers ce document. Les messages contradictoires étaient une certaine indication de la précipitation avec laquelle le communiqué du sommet a été finalement accepté.
Mais Christian Aid a dit que ceci n'était rien de plus qu'un "bon sens très utile" dans le communiqué. "On a conduit des millions de militants partout dans le monde au sommet de la montagne, on leur a montré le panorama et maintenant, on leur demande de redescendre encore de force". Le WDC a souligné que le communiqué est un désastre pour les pauvres du monde. "Nous sommes furieux mais pas surpris", a déclaré Hardstaff. Les petites sommes offertes via plus d'aide ne "sont rien de plus qu'un sparadrap sur les profondes blessures que le G8 est en train d'infliger en imposant à l'Afrique des politiques économiques ratées comme la privatisation, le libre-échange et la libéralisation des entreprises".
Le G8 avait en fait durci sa position sur le commerce, a déclaré John Hilary du groupe 'War on Want', "en forçant plus de pays à ouvrir leurs marchés, et en menaçant des millions de gens des souffrances de la pauvreté. Lorsque le moment est venu d'agir, le G8 a tourné le dos aux pauvres du monde".
Le communiqué a en effet présenté des engagements spécifiques sur le soutien de l'éducation en Afrique, un programme qui a été fortement appuyé par le président américain George W. Bush. Les dirigeants du G8 ont convenu de soutenir un programme "d'éducation pour tous".
Les dirigeants se sont également engagés à poursuivre l'objectif d'une génération sans SIDA en Afrique et "d'un accès universel au traitement aussi proche que possible pour tous ceux qui en ont besoin d'ici à 2010".
Mais comme avec le changement climatique, les ONG ont vu également l'Afrique comme une opportunité manquée au G8 de Gleneagles. Et sur le peu qui a été promis, "nous allons suivre de très près les développements pour voir si ces choses vont en fait se réaliser", a déclaré Melamed.

