POLIRIQUE-RDC: Possibles négociations après les manifestations violentesdu 30 juin – Analyse

KINSHASA, 8 juil (IPS) – Alors que le bilan officiel des victimes de la répression sanglante des manifestations de la journée du 30 juin n'est toujours pas établi, le gouvernement et l'opposition semblent se diriger vers de nouvelles négociations politiques en République démocratique du Congo.

L'objectif d'une telle perspective est de calmer le jeu politique en République démocratique du Congo (RDC) pour conduire correctement le processus électoral à terme, sans compter les pressions de la communauté internationale, estiment des analystes à Kinshasa, la capitale congolaise.

L'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) d'Etienne Tshisekedi, un des leaders de l'opposition, était le principal artisan des manifestations organiser le 30 juin, pour protester contre la prolongation de la transition politique au-delà de cette date anniversaire des 45 ans d'indépendance du pays. Pour l'UDPS et d'autres partis de l'opposition, la transition devait absolument prendre fin ce jour car elle devenait illégale, selon ce parti, pour n'avoir pas organisé les élections prévues à cette date.

Le 17 juin, le Parlement congolais a décidé de prolonger, de six mois, la fin de la transition politique en RDC, à la requête de la Commission électorale indépendante. La décision était motivée par l'impossibilité d'organiser les élections générales à la date initiale du 30 juin prévue par les accords de paix de paix signés, en 2002, dans le complexe touristique sud-africain de Sun City, au terme du dialogue inter-congolais.

La dernière guerre civile de cinq ans au Congo a fait plus de 3,5 millions de morts.

Dans son message à la nation, le 30 juin, le président congolais, Joseph Kabila, s'était déclaré ouvert à toutes discussions avec l'opposition "à condition", avait-il dit, "que l'opposition se montre constructive". Quant à l'UDPS, elle promet de donner sa position définitive le samedi, 9 juillet, au cours d'un meeting qu'elle compte organiser à Kinshasa, "à condition", a déclaré Valentin Mubake, un conseiller politique de Tshisekedi, "que le pouvoir ne tire pas sur les militants de notre parti". Le temps n'est visiblement pas à l'apaisement entre les deux parties et chacune voudrait s'attirer le monopole de la bonne foi. Les incidents du 30 juin ont accentué le fossé qui sépare les animateurs de la transition et les acteurs politiques qui ne participent pas au pouvoir, selon des analystes. Le gouvernement reproche à l'UDPS d'avoir manipulé ses militants en les envoyant braver la police dans la rue tandis que l'UDPS accuse le gouvernement d'avoir tiré sur des citoyens qui ne faisaient qu'user pacifiquement de leur liberté d'expression. Mais, l'UDPS n'a pas réussi à paralyser les institutions comme elle le souhaitait et n'obtiendra donc pas la fin de la formule '1+4', c'est-à-dire un président et quatre vice-présidents qui gèrent actuellement la transition, conformément aux accords de paix. En cas de négociations, l'UDPS partirait Fragilisée, affirment des analystes à Kinshasa. Le gouvernement, pour sa part, porte, à son passif, la responsabilité d'avoir tiré sur la population. D'où la question de savoir sur quoi porteront les négociations si elles ont lieu, se demandent-t-ils. Toujours est-il que huit jours après les événements du 30 juin, le gouvernement s'en tient officiellement à un mort tandis que l'opposition continue de soutenir qu'il y a eu dix morts dont six à Kinshasa et quatre à Mbujimayi, dans la province du Kasai Oriental. Mais pour la majorité de la population congolaise, cette querelle sur les incidents du 30 juin n'est que distraction. Elle tient à voir les choses évoluer résolument et attend, notamment de l'UDPS, un agenda concret et suffisamment constructif. Eva Mangaza, une dame que IPS a rencontrée dans un centre d'enrôlement sur les listes électorales, déclare : "Nous avons assez des querelles de politiciens. Les uns et les autres nous donnent l'impression de ne pas vouloir faire avancer les choses".

"Moi personnellement, je soutiens les positions politiques de l'UDPS, mais je ne comprends plus rien quand elle nous demande de ne pas nous faire enrôler. Si tel est le cas, quelle sera la valeur des élections si l'UDPS se met volontairement à l'écart?", demande-t-elle.

Mangaza, comme beaucoup d'autres militantes de l'UDPS, tiennent à se faire enrôler afin de pouvoir prendre part aux élections générales début 2006, même si, dit-elle, elles doivent désobéir au mot d'ordre de leur parti..

Elles disent espérer, "pour la crédibilité du parti", que leur leader, Tshisekedi, donnera des directives plus constructives dans son meeting de samedi, et leur permettra de se mettre en phase pour pouvoir élire ou se faire élire. "Nous, les femmes congolaises, sommes cette fois déterminées à participer au prochain scrutin pour remplacer les hommes qui ont montré leurs limites dans la gestion des affaires publiques", a ajouté, Elysée Mastajabu, une autre volontaire pour l'enrôlement. Les femmes, et particulièrement les jeunes, nombreuses dans les centres d'inscription, sont unanimes à dire qu'elles sont décidées à sanctionner les acteurs politiques qui, d'une manière ou une autre, se permettront d'entraver l'évolution normale du processus électoral. "Je n'ai jamais voté de ma vie", confie à IPS, Adèle Safi, elle aussi dans la queue du centre d'enrôlement. "L'obtention d'une carte d'électrice me donne l'impression d'être plus citoyenne congolaise qu'avant. Je vais pouvoir voter pour la première fois, c'est-à-dire, que je vais pouvoir enfin compter dans la gestion du pays. C'est très excitant". L'UDPS se trouve quelque peu en porte-à-faux face au processus électoral d'autant plus que le PALU (Parti lumumbiste unifié) d'Antoine Gizenga, partenaire de l'UDPS dans l'opposition radicale, a plutôt encouragé ses militants de se faire inscrire sur les listes.

Le jeudi, 7 juillet, la Commission électorale indépendantes (CEI) a annoncé officiellement l'enrôlement de son millionième électeur dans la ville de Kinshasa, qui était une dame, un chiffre que la CEI a déjà largement dépassé dès le lendemain, vendredi. Selon l'abbé Apollinaire Malu Malu, président de la CEI, "c'est la preuve de la détermination des Congolaises et des Congolais d'en finir avec un leadership illégitime".

L'opération se déroule apparemment bien, mais les pouvoirs publics n'échappent pas pour autant à la critique. Les Congolais reprochent au gouvernement de n'avoir pas pu encadrer les manifestations du 30 juin, étant donné que la police a tiré sur les manifestants à balles réelles. "C'est la preuve que l'Etat de droit est loin d'être restauré", a déclaré Floribert Chebeya, président de la Voix des sans voix (VSV), une organisation non gouvernementale de défense des droits de l'Homme basée à Kinshasa. "Le gouvernement devra nous expliquer pourquoi, après s'être si bien comportée, la police affectée à l'encadrement des manifestants a subitement tiré à balles réelles sur la population". Les ministres congolais sont également critiqués de s'être indûment octroyer de bons points à l'issue de l'auto-évaluation au cours d'un séminaire gouvernemental, en juin. Après dix jours d'autocritique, le gouvernement congolais a, en effet, déclaré son bilan "globalement positif". Les ministres ont toutefois reconnu des faiblesses dans l'accomplissement de la politique sociale du gouvernement. "En 24 mois d'exercice gouvernemental, il a été difficile de stimuler la machine économique de manière à remettre à flots les unités de production et payer décemment les fonctionnaires congolais", a avoué le ministre de l'Information, Mova Sakanyi, porte-parole du gouvernement.

Les manifestants du 30 juin s'insurgeaient, entre autres choses, contre la politique sociale du gouvernement qui est accusée de "soigner grassement l'espace présidentiel" (le président de la République et les quatre vice-présidents) et les ministres au détriment des fonctionnaires. Mais, le gouvernement, par précaution, avait tenu à satisfaire les militaires et les policiers en leur payant salaires et primes d'encouragement à l'occasion du 45ème anniversaire de l'indépendance du pays. Cela n'a toutefois pas empêché une mutinerie des soldats de la garnison de Mbandaka, dans la province de l'Equateur, qui ont saccagé tous les commerces de la ville, le dimanche (3 juillet), faisant une dizaine de blessés. Le pouvoir, sans la citer nommément, soupçonne la main de l'UDPS, selon des sources proches du gouvernement.