JOHANNESBURG, 12 juil (IPS) – Des dirigeants du Groupe des huit nations les plus industrialisées (G8) ont conclu leur sommet à Gleneagles, en Ecosse la semaine dernière, au milieu d'images de passagers de train ou de métros ensanglantés, criant et luttant pour fuir les lieux des attentats qui sont survenus dans la capitale de la Grande-Bretagne, Londres.
En Afrique, qui était supposée avoir fourni un intérêt ininterrompu au sommet du G8, ces images étaient également regardées, dans des salons, cafés et bars. Pour l'Afrique du Sud, le débat qui a suivi les attentats terroristes a pris une intensité particulière après des rumeurs selon lesquelles deux de ses ressortissants avaient été blessés dans les incidents.
Même si le gouvernement doit encore publier les noms de ces personnes, on sait qu'elles sont actuellement dans des hôpitaux différents à Londres. Le vice-ministre des Affaires étrangères d'Afrique du Sud, Aziz Pahad, a qualifié de "barbares" les attaques qui ont pris pour cible trois lignes dans le système de chemin de fer souterrain de Londres – et l'un des fameux autobus rouges à deux-ponts de la ville.
Plus de 50 personnes sont mortes dans les attentats, alors qu'environ 700 auraient été blessées. La nature coordonnée des incidents a donné lieu à une spéculation selon laquelle le réseau terroriste al-Qaeda pourrait en être responsable. Les attentats terroristes à New York en 2001, et dans la capitale espagnole Madrid l'année dernière — tous deux attribués à al-Qaeda — étaient marqués par une coordination similaire. Alors que les informations sur le désastre de Londres passaient, des théories sur la conspiration et des opinions sur le terrorisme mondial étaient diffusées sur une station de radio populaire – qui donne la priorité aux interviews et aux débats – dans la capitale économique sud-africaine, Johannesburg, avec un auditeur affirmant que les attentats étaient une stratégie pour permettre à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis de réprimer les musulmans.
Un autre auditeur a perçu les attaques comme étant symptomatiques d'un conflit de valeurs entre les nations occidentales et le monde islamique. Un troisième a suggéré que les attentats à la bombe étaient une tentative pour déplacer l'intérêt du sommet du G8 de l'Afrique vers des questions de sécurité.
Patrick Craven, porte-parole du Congrès des syndicats d'Afrique du Sud (COSATU), a ajouté : "Nous détestons toute tentative pour détourner les problèmes de l'Afrique en bombardant des innocents dans les rues de Londres".
"Les plus grands problèmes en Afrique restent la pauvreté et le sous-développement", a-t-il dit à IPS. "Nous n'allons pas abandonner, mais nous allons continuer notre campagne pour davantage d'aide et pour que les nations riches accordent à l'Afrique l'accès à leurs marchés".
Même si la rencontre de Gleneagles a été précédée par de nombreux appels pour que le G8 commence par démanteler les barrières douanières, en particulier les subventions agricoles, rien n'est sorti du sommet sur cette question litigieuse.
Le Premier ministre britannique Tony Blair a déclaré à une conférence de presse, en Ecosse vendredi, que la question serait débattue à la conférence de l'Organisation mondiale du commerce qui doit se dérouler à Hong Kong, en décembre prochain. Toutefois, il y a des avancées dans le domaine de l'aide.
"Les dirigeants du G8 ont accepté …(une) augmentation de l'aide aux nations en développement. Cela signifie que l'attentat n'a pas changé grand-chose", a indiqué à IPS Ayesha Kajee, un chercheur à L'Institut sud-africain des affaires internationales, un groupe d'experts basé à Johannesburg.
Selon un communiqué du G8, "Les engagements du G8 et des donateurs conduiront à une augmentation de l'aide publique au développement à l'Afrique de 25 milliards de dollars par an d'ici à 2010, plus que le doublement de l'aide à l'Afrique comparée à 2004". La décision du groupe signifie que l'aide des pays riches à l'Afrique atteindra 50 milliards de dollars par an d'ici à 2010.
Les préoccupations se focalisent maintenant sur comment cette assistance accrue pourrait être dépensée.
"Il pourrait y avoir un déplacement d'intérêt de l'allègement de la pauvreté à la sécurité", a observé Kajee. "Nous allons assister à une répartition beaucoup plus étudiée de l'aide aux partenaires en termes de sécurité et de bonne gouvernance".
Un groupe de dirigeants africains ayant à leur tête le président sud-africain Thabo Mbeki et son homologue nigérian Olusegun Obasanjo, était présent à Gleneagles la semaine dernière pour avoir des discussions avec les chefs d'Etat du G8. Blair a dit que les dirigeants africains s'étaient engagés à promouvoir un gouvernement responsable, à combattre la corruption et à mettre fin aux conflits sur leur continent.
L'Afrique du Sud est actuellement impliquée dans des efforts de médiation pour mettre fin à la guerre civile au Burundi et en Côte d'Ivoire.
Des informations ont également fait état, la semaine dernière, du démarrage prochain par le gouvernement du Soudan d'une nouvelle série de pourparlers supervisés par l'Union africaine avec des rebelles dans sa région occidentale, le mois prochain. La région est en proie à la violence depuis février 2003, après que deux groupes ont pris les armes contre le gouvernement, affirmant qu'il avait négligé les besoins des communautés locales. L'administration de Khartoum est accusée de supporter des milices arabes dans une campagne destinée à supprimer des groupes ethniques dont les rebelles du Darfour tireraient leur soutien.
Sur une note plus positive, un ancien chef rebelle du Sud Soudan — John Garang — est arrivé par avion à Khartoum pour la première fois en 21 ans pour être investi comme vice-président : ceci aux termes d'un accord de paix qui a mis fin à la plus longue guerre civile d'Afrique au début de janvier de cette année. Les dirigeants du G8 ont accepté de former et d'équiper 75.000 soldats de la paix d'ici à 2010 afin qu'elles prennent part aux opérations globales, avec un accent sur l'Afrique. "Nous recommandons et continuerons de soutenir la mission de l'Union africaine au Soudan (Darfour), juste comme nous contribuons aux opérations de maintien de paix au Sud-Soudan", ont-ils indiqué dans leur communiqué.
"Je pense que nous devons louer les dirigeants du G8 pour leur soutien aux forces de maintien de paix et pour la lutte contre le paludisme en Afrique.
Ils disent qu'ils vont donner 1,5 milliard de dollars par an pour combattre le paludisme. Ceci sauvera la vie de 600.000 enfants d'ici à 2015 : c'est une bonne nouvelle", a déclaré Sam Dube, un chercheur en politique à l'Université d'Afrique du Sud basée à Pretoria.
Mais, "sur le commerce, je ne pense pas qu'ils aient marqué de point. Ils veulent juste garder leur marché fermé aux produits africains", a-t-il affirmé dans un entretien avec IPS.

