POLITIQUE: Le Sahara occidental, l'éternelle pomme de discorde entre Algeret Rabat – Analyse

ALGER, 8 juil (IPS) – L'Algérie et son voisin de l'ouest, le Maroc, ne s'entendront jamais tant que la question du Sahara occidental n'est pas résolue dans le cadre du processus de mise en œuvre du plan de paix des Nations Unies.

Les larges sourires que les officiels des deux pays offrent aux téléspectateurs ne sont, en fin de compte, qu'un mirage trompeur derrière lequel se cachent bien des arrière-pensées, d'hypocrisie et d'une haine mal domptée qui s'expriment par presse interposée.

Le statut du Sahara occidental, cet ancien territoire espagnol jusqu'en 1975, que se disputent le Maroc et le Front Polisario, devient à chaque fois la pierre d'achoppement à tout espoir du projet du grand Maghreb aux portes de l'Europe, qui reste toujours illusoire. Il handicape, par conséquent, la construction de cet espace sur des bases solides, expliquent des analystes maghrébins. L'annexion par le Maroc du territoire sahraoui en 1976 constitue le premier élément de discorde entre ce pays et l'Algérie qui soutient le Front Polisario dans sa lutte pour l'autodétermination du Sahara occidental.

Ainsi donc, tout espoir de voir les deux pays frères ennemis s'entendre devient dérisoire, ce qui se répercute considérablement et négativement sur la stabilité politique de cette région située en plein centre du monde, soulignent les analystes.

Même ceux qui ont caressé l'espoir de voir l'Union du Maghreb arabe (UMA) surpasser les calculs politiques, se sont vite joints à l'opinion du leader de la révolution libyenne Mouhammar Kadhafi. Commentant l'annulation, à la dernière minute, du sommet de l'UMA en 2003 à Alger, Kadhafi a simplement déclaré que l'UMA "est à mettre au frigo". Depuis, seules les initiales de l'organisation régionale restent, mais pas pour longtemps puisque les derniers développements de la situation présagent leur disparition, selon des analystes.

En témoigne, par exemple, le fiasco auquel a tourné le récent sommet de l'UMA, prévu le 25 mai dernier à Tripoli, en Libye, sous l'égide de Kadhafi et dont l'invitation a été déclinée par le roi du Maroc Mohamed VI mettant en avant les déclarations jugées "inacceptables" du président algérien Abdelaziz Bouteflika. Bouteflika a adressé à son homologue sahraoui, Mohamed Abdelaziz, un message lui réitérant le soutien de l'Algérie à la cause du Front Polisario qui venait de célébrer le 32ème anniversaire de sa création, le 20 mai.

"L'Algérie soutient et continuera de soutenir la mise en œuvre du plan de règlement et des résolutions de l'ONU pour que soit parachevée la décolonisation du Sahara occidental et pour que le peuple sahraoui exerce enfin son droit inaliénable à l'autodétermination et à l'indépendance", souligne le message. "Avec le royaume du Maroc, l'Algérie a, sans cesse, déclaré sa disponibilité à relancer et à développer les liens de coopération bilatérale au service des relations de fraternité et de bon voisinage", indiquait également le même message du chef de l'Etat algérien. Pourtant, tout avait bien débuté à Tripoli, quelques jours auparavant, avec les réunions des experts et des comités ministériels qui avaient bouclé leurs travaux. Mais, des divergences sont apparues sur la question du Sahara occidental lors de la rédaction des déclarations finales.

Déjà en 1994, l'attentat contre un hôtel de Marrakech, au Maroc, avait compliqué les relations entre Rabat et Alger, les autorités marocaines ayant accusé ouvertement les services de sécurité algériens. Une accusation suivie de la fermeture des frontières terrestres, après l'exigence des formalités de visas pour les Algériens désirant se rendre au Maroc.

Ces décisions ont alors fait suite à des échanges de critiques et diatribes dans les discours officiels des deux côtés.

Pourtant, quelques années seulement auparavant, la libre circulation des personnes et des biens entre les deux pays prévoyait une sorte de dégel.

La suppression de la procédure de visa, décidée par le roi Mohamed VI, pour les ressortissants algériens à l'occasion du cinquième anniversaire de son accès au trône, en 2004, n'a pas changé le cours des événements de plus en plus malheureux, et tous les espoirs de voir se développer des liens fondés sur la confiance et la compréhension mutuelle, se sont estompés.

La non participation du roi Mohamed VI au sommet de l'UMA à Tripoli, en mai, en réaction au message de Bouteflika à son homologue sahraoui, était déjà le prélude d'une escalade de la tension dans les relations entre les deux pays.

Pourtant, les deux dirigeants s'étaient promis, en marge du sommet de la Ligue des Etats arabes, tenu à Alger en mars dernier, de faire du bon voisinage un slogan commun et de ne traiter le problème lié au Sahara occidental que dans le cadre de l'ONU. La détérioration des relations s'est aggravée lorsque la visite de travail du chef du gouvernement algérien, Ahmed Ouyahia, prévue du 21 au 22 juin dans au Maroc, a été jugée "inopportune" par les autorités du royaume. Au cours de cette vite, Ouyahia devrait examiner un certain nombre de problèmes liés au contentieux existant entre les deux Etats, notamment la question de l'indemnisation des Algériens expulsés et spoliés de leurs biens après la fermeture des frontières, en 1994.

En effet, peu avant le voyage, un communiqué du ministère marocain des Affaires étrangères indique que "la visite envisagée au Maroc du Premier ministre algérien, M. Ahmed Ouyahia, accompagné d'une délégation comprenant plusieurs ministres, s'avère inopportune".

Selon des analystes, la décision marocaine est motivée par la position algérienne qui insiste sur la nécessité de se conformer aux résolutions de l'ONU pour trouver une solution au conflit du Sahara occidental.

La rencontre entre Ouyahia et son homologue marocain Driss Djettou est non seulement renvoyée aux calendes grecques, mais son annulation porte un coup dur à la relance de l'UMA et au rapprochement des deux peuples unis par une histoire commune.

Le Maroc justifie cette annulation unilatérale de la visite par "les prises de positions affichées ces dernières semaines par les autorités algériennes qui sont en nette contradiction avec les objectifs de normalisation bilatérale, de rapprochement entre les deux peuples et de relance effective de l'Union du Maghreb arabe", selon le communiqué officiel.

"Celles-ci (les positions algériennes) sont également en opposition avec les engagements bilatéraux pris au plus haut niveau d'œuvrer pour le développement des relations bilatérales maghrébines, tout en laissant le soin aux Nations Unies de rechercher une solution politique et définitive à la question du Sahara marocain", ajoute le communiqué du Maroc qui parle de "question relevant purement de la souveraineté nationale".

Deux positions diamétralement opposées entre Alger et Rabat sur la question du Sahara occidental qui ne laisse pas indifférente la société civile des deux pays.

Pour Ramdhane Meftah, la cinquantaine, professeur de droit à l'Université d'Alger, la nécessité de relancer le dialogue est plus qu'impérative à l'heure des grands défis politiques et économiques. "Les relations entre l'Algérie et le Maroc", dit-il à IPS, "ont toujours connu des hauts et des bas. Mais avec un peu d'efforts des deux côtés, je pense que cela aboutira à la relance de l'Union du Maghreb arabe d'autant que c'est un défi à réaliser pour être au diapason avec les nations modernes et en conformité avec les exigences mouvantes de l'économie mondiale".

Pour sa part, Omar, un universitaire marocain de 38 ans, ayant requis l'anonymat, met dos à dos les deux gouvernements, qu'il accuse de corruption, de manque de transparence et de sincérité dans la gestion des affaires courantes. "Le problème du Sahara occidental ne concerne, à mon avis, que les deux gouvernements acculés devant le fait accompli d'avoir volé le droit le plus cher de leurs peuples : la liberté".