POLITIQUE-AFRIQUE: Syrte regarde vers Gleneagles

JOHANNESBURG, 7 juil (IPS) – L'Union africaine a achevé son sommet annuel cette semaine avec un appel en faveur d'une aide plus accrue de l'Occident et réclame deux sièges permanents au Conseil de sécurité des Nations Unies.

Cet appel est intervenu malgré une déclaration faite au début de la rencontre par le leader libyen Mouhammar Kadhafi, qui a affirmé que les dirigeants africains ne devraient pas "mendier" de l'argent auprès des nations riches. Le sommet de l'Union africaine (UA) s'est déroulé dans la ville côtière libyenne de Syrte.

Les commentaires de Kadhafi ont reçu une réaction mitigée des groupes de la société civile.

"En principe, nous devrions œuvrer pour la suppression de la dépendance vis-à-vis de l'aide venant de l'Occident. Mais il y a quelques pays en Afrique qui vont toujours compter sur le soutien de l'Occident dans un avenir prévisible", a déclaré à IPS, Edward Oyugi, coordonnateur du Réseau pour le développement social, une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Nairobi.

"Des pays comme le Burundi et le Soudan essaient de reconstruire leurs économies qui ont été détruites par la guerre. Ils auront besoin de l'appui des donateurs".

D'autres nations sont simplement trop pauvres pour s'en sortir sans assistance, a ajouté Oyugi : "Soixante pour cent du budget de l'Ouganda dépend du soutien des bailleurs".

Le Groupe des huit nations les plus industrialisées (G8), qui se réunit actuellement dans la ville écossaise de Gleneagles, est en train d'étudier une proposition britannique destinée à doubler l'aide à l'Afrique et l'amener à 50 milliards de dollars, d'ici à 2010. Oxfam, une organisation caritative internationale, a apporté tout son appui à cette mesure.

"Chaque centime de cette aide est de l'argent qui pourrait (sauver) la vie des populations les plus pauvres du monde", a indiqué dans une déclaration, Jo Leadbeater, responsable de plaidoyer à Oxfam.

La rencontre de l'UA a également demandé l'annulation de toute la dette de l'Afrique, d'un montant de 350 milliards de dollars. Le mois dernier, le G8 a accepté d'effacer 40 milliards de dollars dus par 14 nations africaines. "Nous avons besoin d'un allègement total pour chaque pays africain", a observé Oyugi. "L'allègement de la dette va, par exemple, aider le Kenya à améliorer son système éducatif".

La dette extérieure de cet Etat est-africain s'élève à environ 5,4 milliards de dollars, tandis que sa dette intérieure est estimée à quatre milliards de dollars, selon Oyugi. Nairobi ne fait pas partie des Etats africains qui bénéficieront de la décision d'annulation de la dette du G8.

Les fonds gelés par l'allègement de la dette vont également permettre au continent de s'attaquer à l'un des problèmes les plus critiques auxquels il est confronté – la pandémie du SIDA. "Chaque jour, l'Afrique dépense 30 millions de dollars dans le paiement du service de sa dette – assez pour fournir une thérapie anti-rétrovirale à chaque Africain qui en a besoin", a déclaré 'ActionAid International', une ONG basée à Johannesburg, dans un rapport préparé pour le sommet du G8.

Par ailleurs, la rencontre de deux jours de l'UA à Syrte, qui a pris fin mardi, a demandé des termes d'échange plus équitables entre l'Afrique et les pays développés – un appel repris en écho par d'autres.

"L'annulation de la dette seule ne suffit pas. L'Occident doit ouvrir son marché aux produits africains", a déclaré Pierre Mutema, un homme d'affaires congolais qui gagne sa vie en exportant des produits sud-africains dans son pays en proie à la guerre.

"Il y a trop de règles et de restrictions attachées aux produits africains, ce qui rend leur accès sur les marchés occidentaux impossible", a-t-il dit à IPS. "Par exemple, je ne peux pas exporter des fruits tels que des mangues au Japon ou au Canada à partir du Congo, à cause des exigences strictes de la douane".

"Au même moment, les pays riches de l'Occident exportent toutes sortes d'ordures en Afrique", a protesté Mutema. "C'est injuste. On doit faire quelque chose à propos de cela".

Selon la Banque mondiale, les échanges commerciaux de l'Afrique avec le reste du monde représentent actuellement moins de deux pour cent du commerce mondial.

Le président sud-africain Thabo Mbeki et son homologue nigérian, Olusegun Obasanjo, sont à la tête des dirigeants africains qui se rendent à Gleneagles cette semaine.

Une fois à Gleneagles, ils feront pression pour l'octroi de deux sièges permanents pour l'Afrique au sein du Conseil de sécurité. Le Nigeria, l'Afrique du Sud, l'Egypte, le Kenya et le Sénégal se sont déjà déclarés intéressés par ces postes, (actuellement, seuls la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, la Chine, la France et la Russie) ont des sièges permanents).

Pour éviter une confrontation ouverte sur cette question, l'Union africaine a reporté le débat relatif au choix des deux pays qui devraient représenter l'Afrique au conseil.

"En principe, c'est une bonne idée d'avoir deux membres de l'Afrique au Conseil de sécurité de l'ONU. Mais leur présence n'ajouterait aucun poids au continent. Nous resterons toujours une minorité au conseil", a indiqué Oyugi.

La Grande-Bretagne fera pression pour que des engagements soient pris à l'égard de l'Afrique à la rencontre du G8 à Gleneagles. Jusqu'ici, les dirigeants africains se sont ralliés derrière la Commission pour l'Afrique du Premier ministre britannique Tony Blair, qui cherche à réduire les malheurs du continent.