JOHANNESBURG, 23 juin (IPS) – Douze millions et quelque : c'est le nombre d'enfants qui ont perdu l'un ou l'autre de leurs parents ou tous les deux pour cause du SIDA en Afrique subsaharienne, selon la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge. Ce chiffre devrait doubler d'ici à 2010.
Un grand nombre de ces orphelins du SIDA se trouvent en Afrique australe, l'épicentre de la pandémie.
"Dans les dix pays qui composent la Croix-Rouge de la région Afrique australe, il y a approximativement 4.132.000 d'enfants qui ont déjà perdu l'un ou l'autre de leurs parents ou les deux pour cause de SIDA", a déclaré Kenneth Motlogeloa de la Société de la Croix-Rouge sud-africaine pendant un récent discours dans la capitale économique sud-africaine, Johannesburg.
Avec des gouvernements submergés par la tâche d'éducation de leurs citoyens sur le SIDA et la fourniture de médicaments anti-rétroviraux (ARV) à ceux qui ont contracté le VIH, les besoins des orphelins du SIDA – et d'autres enfants affectés par le VIH – font souvent l'objet de peu d'attention en Afrique australe. Il revient aux grands-parents ainsi qu'aux organisations non gouvernementales – souvent sous la forme de volontaires comme Victoria Sibisi, de combler le vide.
Sibisi est une travailleuse sociale à Soweto, une habitation essentiellement noire juste hors de Johannesburg, qui abrite environ un million de personnes. Elle a proposé ses services à la Croix-Rouge sud-africaine, faisant partie d'une équipe qui visite 126 enfants qui ont perdu leurs parents pour cause de SIDA, ou sont devenus vulnérables de diverses autres manières. Cette initiative a démarré au cours des soins à domicile offerts aux personnes qui souffraient de maladies liées au SIDA.
"Lorsque nous avons commencé par visiter les malades en 2002, nous avons découvert que les plus vulnérables sont des enfants, nous avons donc commencé par nous occuper des gosses. Les voisins nous voyaient et nous invitaient également à les aider", a-t-elle dit à la rencontre de Johannesburg.
"Mais ce ne sont pas ces seuls enfants. Il y a plusieurs autres qui ont besoin de notre aide. Malheureusement, nous ne pouvons pas accroître le nombre…parce que nous n'avons pas les ressources".
Les demandes de ceux qui souffrent de maladies liées au SIDA, et le nombre d'enfants toujours croissant ayant besoin d'attention, ont amené certains volontaires à se sentir découragés par le travail qui les attend.
"Nous amenons parfois de la nourriture de nos familles et nous la partageons avec ceux qui sont désespérés, en particulier ceux qui sont sous ARV. Ils ont besoin de manger avant de prendre les médicaments. Parfois, lorsque nous n'avons pas de nourriture à la maison, nous leur donnons le peu d'argent que nous avons", a affirmé Sibisi.
"La partie la plus décourageante est lorsque et la mère et l'enfant sont malades, et que la mère ne peut pas aider l'enfant".
Francoise Le Goff, responsable de la Croix-Rouge en Afrique australe, estime que 700.000 orphelins dans la région ont été infectés par le virus du SIDA. Etant donné le manque d'ARV pour traiter les enfants, ces infections ne sont rien moins "qu'un tsunami silencieux", observe-t-elle.
Maintenant, des efforts sont en cours pour améliorer les soins dispensés aux orphelins du SIDA.
Dix Croix-Rouge nationales en Afrique australe essaient d'aider leurs volontaires à fournir plus d'aide sous forme d'éducation sur le VIH, de soutien général et de soins à domicile en cas de maladie (y compris la fourniture des ARV). Ceci impliquera une meilleure coordination des efforts actuels pour combattre la pandémie et traiter ses effets.
"La structure est déjà là. Ce dont nous avons besoin, c'est de l'appui pour soutenir les programmes locaux existants sur le terrain", a indiqué à IPS, Tapiwa Gomo, la responsable régionale de l'information de la Fédération internationale pour l'Afrique australe.
"Nous coordonnons avec toutes les agences traitant des orphelins du SIDA, y compris le secteur privé. Certains ont proposé des partenariats pour l'éducation, mais plusieurs d'entre eux parrainent un enfant pendant une seule année. Nous pensons que cela devrait être un programme à long terme".
Des efforts sont également en train d'être faits pour encourager le secteur privé et d'autres agences à donner des vêtements pour les orphelins.
"Un engagement soutenu à long terme est requis pour satisfaire les besoins de ces enfants, pour s'assurer qu'ils sont capables de développer tout leur potentiel et de mener une vie heureuse, saine et productive", a souligné Motlogeloa.
Si cela n'est pas possible, des gens comme Christine Mnguni – également une habitante de Soweto – continueront de faire face à des difficultés presque insurmontables pour s'occuper des orphelins du SIDA.
"J'ai trois enfants à charge. Leur mère est ma fille; elle est morte en 2004", a-t-elle dit le 15 juin, au lancement de la campagne de la Croix-Rouge pour améliorer les soins aux orphelins en Afrique australe.
"Je ne peux pas sortir travailler parce que cet enfant est toujours malade", a-t-elle déclaré, montrant du doigt un enfant qu'elle portait au dos. "Je ne compte sur personne pour l'enfant".
Mnguni compte sur des distributions du gouvernement à l'heure actuelle.
"Présentement, je dépends d'une subvention aux enfants qui est de 180 rands (environ 27 dollars) le mois", a-t-elle dit. Mais, cet argent suffit à peine pour joindre les deux bouts.
"Chaque fois que je me lève le matin, je suis préoccupée par la scolarité des enfants. Je veux qu'ils soient éduqués. Parfois, les enfants vont à l'école l'estomac vide – je n'ai même pas les moyens d'acheter de manuels scolaires".
Selon le Programme conjoint des Nations unies sur le VIH/SIDA, la prévalence du VIH en Afrique du Sud est de 21,5 pour cent. Le pays compte également le plus grand nombre de personnes infectées par le VIH : 5,1 millions.
"Cela devient un poids lorsqu'une grand-mère doit s'occuper de 15 enfants..
C'est un phénomène courant dans cette région", affirme Le Goff.

