KINSHASA, 24 juin (IPS) – La conférence épiscopale nationale du Congo a appelé, les acteurs politiques à prendre leurs responsabilités afin de ne pas perturber l'évolution du processus électoral du pays.
"Les évêques du Congo condamnent toute forme d'intimidation et de violence et demandent à tous et à chacun de prendre leurs responsabilités pour que notre transition puisse réellement aboutir et que les élections puissent se tenir dans notre pays", a déclaré Mgr Fulgence Muteba, secrétaire général de la conférence épiscopale, mercredi (22 juin). Cette mise en garde intervient à la suite de l'appel à la population de boycotter l'enrôlement sur les listes électorales, lancé cette semaine par l'UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social) d'Etienne Tshisekedi, un des leaders de l'opposition politique. L'opération de recensement des électeurs a commencé lundi (20 juin) à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC), avant de se poursuivre dans les provinces.
Pour l'avocat Joseph Mukendi, conseiller politique de Tshisekedi, "rien n'a changé. Tout (la transition) s'arrête au 30 juin 2005, à minuit".
Cet appel au boycott, qui confirme la position toujours affichée de l'opposition, fait suite à une décision prise, le 17 juin, par le Parlement congolais – l'assemblée et le sénat réunis – de reporter, pour six mois, la fin officielle de la transition politique en RDC, à la requête de la Commission électorale indépendante (CEI). La décision était attendue en raison de l'impossibilité de l'Etat de pouvoir organiser les élections dans les délais prévus – le 30 juin – par les accords de paix de paix signés, en décembre 2002, dans le complexe touristique sud-africain de Sun City, par les différentes forces belligérantes congolaises.
Et conformément aux mêmes accords, le président de la CEI, l'abbé Apollinaire Malu Malu, avait sollicité du Parlement une rallonge de six mois, une requête qu'il a la possibilité de réintroduire une fois de plus si les conditions, qui ont motivé l'actuel report, persistaient toujours, selon le document. Le 27 mai, le président de la CEI avait, en effet, démontré aux députés et sénateurs l'impossibilité technique et financière d'organiser les élections à la date du 30 juin. "Soyons réalistes", avait-il déclaré. "Non seulement nous attendons encore les textes légaux devant nous faciliter l'organisation des élections, mais c'est seulement, en ce mois de juin, que commencent à arriver les équipements informatiques pour la gestion des opérations électorales", a souligné Malu Malu.
Trois contraintes majeures ont motivé la démarche de la CEI, selon des analystes. D'abord une contrainte financière : sur les 280 millions de dollars nécessaires à l'organisation des élections – un engagement pris par la communauté internationale – seuls 100 millions de dollars ont été mis à la disposition de la CEI. Bien plus, le gouvernement congolais, qui s'était engagé à financer les élections à hauteur de 70 millions de dollars, n'a jusqu'ici libéré que quatre millions. La seconde contrainte est juridique. La CEI attend toujours du Parlement d'être dotée de tous les instruments juridiques qui lui permettraient de fonctionner efficacement. Coup sur coup, le Parlement vient d'adopter deux documents importants pour la suite des opérations. Il s'agit du projet de constitution qui devra gérer la Troisième République après les élections, et de la loi référendaire qui permettra à la constitution d'entrer en vigueur après une consultation populaire. Le référendum est prévu le 27 novembre 2005. En attendant, c'est toujours l'épreuve de force entre les institutions de la transition, d'une part, qui entendent mener le processus électoral au rythme de ce qui est "humainement faisable", selon le gouvernement, et les partis de l'opposition, d'autre part, qui estiment devoir tout arrêter au lendemain du 30 juin. La CEI a promis de mettre les bouchées doubles, forte des atouts juridiques mis à sa disposition par le Parlement. Mais la décision du Parlement a été obtenue à la suite d'un débat public houleux au cours duquel députés et sénateurs ont voulu savoir les raisons techniques qui ont poussé la CEI à demander la prolongation de la transition. Interrogé par IPS sur le caractère juridique de la décision du Parlement, Désiré Molekela, conseiller en communication du président de la CEI, a déclaré que "La CEI n'a pas besoin d'une loi spéciale pour consacrer la prolongation de la transition. Le président de la CEI", dit-il, "a juste apposé sa signature au bas du document conjointement produit par les deux chambres, lui donnant le quitus".
"Dans ce document, le Parlement a jugé fondés les arguments contenus dans la requête de la CEI demandant la prolongation de la durée de transition, faute de pouvoir organiser les élections dans les 24 mois à partir de l'entrée en fonction du gouvernement de transition" (30 juin 2003), ajoute Molekela. La prolongation est de six mois, précise le document du Parlement bien que le calendrier de la CEI fixe les élections présidentielles en mai 2006, pour le second tour. "Le président de la CEI devra faire une nouvelle requête de prolongation si au bout des six mois que le Parlement lui a accordés, d'autres raisons l'empêchaient d'organiser les élections", a expliqué Lambert Mende, porte-parole du sénat. "La constitution donne la possibilité de prolonger encore une fois six mois".
Les opérations d'enrôlement des électeurs, qui ont démarré lundi dans six communes de Kinshasa, ont obtenu une forte adhésion de la population qui répond nombreuse. "Enfin, nous commençons à voir poindre à l'horizon les élections tant attendues", a déclaré à IPS, Kalonji Mwamba, un enseignant venu se faire inscrire dans un centre de la commune de Kintambo, mercredi. La CEI avait minutieusement préparé cette sortie officielle sur le terrain.
Une caravane motorisée, avec une dizaine de véhicules et une fanfare, avaient été mobilisées pour l'occasion dans les communes qui devaient inaugurer les opérations d'enrôlement. Toutes les étapes de l'opération sont informatisées. Ce qui donne l'occasion à beaucoup de Congolais, qui n'avaient plus de carte d'identité, d'en obtenir provisoirement une à travers la carte d'électeur qui sort des ordinateurs de la CEI. Mais ils doivent présenter des témoins. "Je trouve que le procédé est bon et qu'il fait sérieux. Seulement, le fait d'amener cinq témoins du quartier pour prouver notre nationalité congolaise fait un peu désordre car les cinq témoins sont difficiles à trouver", estime Mamina Kaswera, une mère de quatre enfants, sans carte d'identité. Faute de carte d'identité, elle s'était présentée, de bonne foi, avec sa carte de baptême. Beaucoup de Congolais ont effectivement perdu leurs cartes d'identité, celles-ci n'ayant plus été renouvelées par les services administratifs compétents. En plus, les différentes guerres et les administrations rebelles ont produit des documents d'identité qui n'ont plus cours légal dans l'environnement politique d'après-guerre. Pour l'abbé Malu Malu, un permis de conduire sécurisé ou une carte de service peuvent provisoirement servir de carte d'identité au moment de l'enrôlement. Le lancement des opérations électorales semble prendre de court les partis de l'opposition, ballottés entre une opération technique d'enrôlement acceptée par les citoyens, et leurs prises de position politique appelant au boycott. Il semble toutefois, selon des analystes à Kinshasa, que l'on se dirige vers de nouvelles négociations politiques afin de baliser la deuxième partie de la transition – les élections. L'appel des évêques congolais pourrait influencer une démarche vers l'apaisement. La RDC a connu deux guerres civiles entre 1996 et 2002, et la dernière a fait environ quatre millions de morts, en cinq ans, avant de prendre fin après de longues et laborieuses négociations parrainées par l'Afrique du Sud et les Nations Unies. L'accord de paix de 2002 a institué un régime de transition qui gère le pays jusqu'aux prochaines élections générales..

