REFUGIES-KENYA: Les contraceptifs – nécessaires et dédaignés à la fois

NAIROBI, 22 juin (IPS) – Alors que la communauté internationale a célébré la Journée mondiale du réfugié, le récit d'une femme somalienne sur la manière dont elle aidait des femmes réfugiées comme elle – à mettre un terme à leurs grossesses, a mis en exergue les imperfections des soins de santé de la reproduction dans les camps de réfugiés.

Mariam (pas de son vrai nom), qui a vécu dans le camp de réfugiés de Dadaab dans le nord du Kenya de 1992 à 1998, a pratiqué discrètement des avortements sur des filles et des femmes.

"Je n'aimais pas faire cela, mais les femmes venaient me voir en pleurant, certaines disant qu'elles avaient déjà dix enfants ou plus, et qu'elles ne pouvaient pas s'occuper d'autres gosses", a-t-elle déclaré à IPS. "L'une d'entre elles a même menacé de se pendre dans ma hutte si je refusais".

En tout, Mariam a pratiqué plus de 20 avortements, généralement à titre gracieux.

"J'utilisais des gadgets en bois, des baguettes en fer, y compris des cintres et autres choses pour faire mon travail. Certaines grossesses avaient quatre mois et n'étaient pas parfois faciles à faire sortir, mais heureusement aucune des femmes n'est morte". Elle a quitté le camp au début de 1999 et s'est retrouvée dans la capitale kényane, Nairobi, où elle travaille actuellement comme vendeuse à la criée.

Selon des statistiques publiées le mois dernier par le Haut commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR), Dadaab abrite plus de 140.000 réfugiés, dont environ 69.000 sont des femmes.

L'assistance humanitaire aux gens dans ce camp et d'autres camps s'est, à juste titre, focalisée sur la fourniture de vivres, d'eau, d'abri et d'installations sanitaires. Cependant, dans la bataille pour assurer la survie des réfugiés, les besoins en contraception des femmes sont oubliés – en dépit du fait que les femmes peuvent être plus vulnérables à l'abus sexuel et à la maladie, ainsi qu'aux grossesses non désirées, dans un camp de réfugiés.

Florence Machio, coordonnatrice de 'AfricaWoman Communications', une agence de presse régionale qui défend les droits des femmes, dit qu'on doit fournir aux femmes réfugiées "un kit complet de santé de la reproduction". Ceci devrait inclure des contraceptifs pour éviter des grossesses non désirées, qui constituent souvent des difficultés insurmontables pour les femmes.

"Dans le cas des futures mères, elles peuvent se retrouver avec peu ou pas du tout d'accès aux soins prénatals ainsi qu'à un manque d'assistance pour un accouchement sans risque. Ceci, sans aucun doute, fait de la maternité une affaire extrêmement grave", souligne Machio.

Le grand nombre de réfugiés en Afrique (plus de 4,2 millions, selon les derniers chiffres du HCR) suggère que la satisfaction des besoins des femmes réfugiées sera essentielle si le continent doit atteindre le cinquième Objectif du millénaire pour le développement (OMD). Cet objectif stipule que la mortalité maternelle devrait être réduite des trois quarts, d'ici à 2015.

Huit OMD ont été adoptés par des dirigeants de la planète au Sommet du millénaire des Nations Unies en 2000, en vue de vaincre le sous-développement. Les objectifs restants traitent de questions comme la faim, la pauvreté, l'éducation et la viabilité de l'environnement.

Comme l'a fait remarquer Abraham Wol, âgé de 20 ans, la campagne pour améliorer l'usage des contraceptifs dans les camps de réfugiés devra également inclure les hommes.

Ce ressortissant soudanais a vécu dans le camp de réfugiés de Kakuma – dans le nord-ouest du Kenya, non loin de la frontière avec le Soudan – pendant sept ans jusqu'en 1999. Le HCR estime la population de Kakuma à plus de 90.000. Les femmes constituent moins de la moitié des réfugiés dans le camp, atteignant presque 37.000.

"Au moment où je quittais Kakuma, des condoms nous étaient distribués…Par exemple, nous en recevions cinq tous les mois ou tous les deux mois. Cela pouvait-il suffire?", demande Wol.

Il travaille maintenant pour la GTZ (Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit), une agence de développement appartenant au gouvernement allemand, qui fournit également des services à la Banque mondiale et à d'autres organisations.

Parlant à IPS dans le bureau de la GTZ à Nairobi, Wol a insisté sur le fait que la distribution de condoms devait être accompagnée d'initiatives en matière d'éducation.

"Les hommes reçoivent des condoms mais ne les utilisent pas; ils les jettent plutôt. A cause de cela, on doit leur dire pourquoi on leur donne en premier lieu les condoms et comment ils devraient être utilisés", a-t-il noté.

Dans des cas où des notions modernes de contrôle de naissance se heurtent à la tradition, ce message devra probablement être répété un bon nombre de fois avant de prendre racine.

"Lorsque vous parlez aux réfugiés des avantages de la planification familiale, plusieurs d'entre eux résistent. Ils vous diront qu'ils fuient la guerre et pour avoir perdu des enfants, ils doivent donc les remplacer", affirme Dr Burton Wagacha, un coordonnateur médical au GTZ qui aide les réfugiés à Dadaab.

"Pour ces réfugiés, le nombre d'enfants compte réellement".

Des propos similaires sont venus de Firdoso Salad Aden, une réfugiée somalienne qui est à Dadaab depuis 1998. A l'âge de 21 ans, elle est déjà mère de quatre enfants.

"Je ne crois pas aux méthodes de planning familial, mon mari non plus. Il n'utilise pas non plus des condoms. Nous avons eu ces enfants par choix et nous en aurons d'autres", a-t-elle dit à IPS.

Au-delà des idées contradictoires sur la planification familiale et le contrôle des naissances, il y a toutefois le spectre du SIDA.

Dans un entretien avec IPS en prélude à la Journée mondiale du réfugié, le 20 juin, Wagacha a déclaré que le taux de prévalence de VIH au sein des réfugiés à Dadaab augmentait de façon régulière. En 2002, le taux était entre 0,5 et 0,7 pour cent; en avril 2005, il se situait entre 0,8 et 1,1 pour cent.

Comme le découvrent les réfugiés, la décision d'utiliser ou non ce condom rare peut bientôt concerner moins la prévention des grossesses non désirées, et avoir plus un rapport avec la prévention d'une mort prématurée.