ADDIS ABEBA, 21 juin (IPS) – La Commission électorale nationale de l'Ethiopie a indiqué mardi que seules 145 plaintes allaient être examinées sur les quelque 300 déposées précédemment, le reste étant considéré comme irrecevable.
La proclamation officielle des résultats des élections législatives du 15 mai, a été retardée jusqu'au 8 juillet, en attendant une enquête de la commission électorale sur les plaintes annoncées précédemment et en provenance de 299 circonscriptions électorales.
En attendant, la condamnation internationale de la violence, qui a suivi le scrutin en Ethiopie, a pris une nouvelle signification la semaine dernière, avec des informations selon lesquelles la Grande-Bretagne avait suspendu une aide de 36 millions de dollars à ce pays est-africain.
Ces fonds seront mis en attente jusqu'à ce que le climat politique tendu de l'Ethiopie s'améliore.
L'annonce a été faite le 15 juin par la secrétaire au Développement international du Royaume-Uni, Hillary Benn, pendant une brève visite dans la capitale éthiopienne, Addis Abeba.
Cela est intervenu malgré les précédentes informations selon lesquelles le gouvernement et les leaders de l'opposition avaient encore promis de mettre fin à la violence qui a été déclenchée par des allégations de truquage de vote, et qui ont fait plus de 35 morts durant les manifestations d'il y a quelques jours. Ils auraient également fait des démarches en vue de la participation de l'opposition à une enquête sur les irrégularités supposées.
Un précédent accord entre les différents groupes politiques, obtenu le 10 juin après d'énormes pressions diplomatiques de la Commission européenne et d'autres institutions internationales, a échoué quelques heures après sa signature.
Le principal groupe d'opposition de l'Ethiopie, la Coalition pour l'unité et la démocratie (CUD), a déclaré qu'il n'avait plus les ressources d'appliquer l'accord, parce qu'un grand nombre de membres de la direction du parti avaient été arrêtés. Et le 11 juin, des journalistes ont été bernés par des policiers; alors qu'ils étaient allés interroger le leader de la CUC Hailu Shawel, ils ont découvert qu'il était en résidence surveillée. Shawel a été relâché depuis.
Benn a également demandé aux autorités éthiopiennes de permettre à la Croix-Rouge d'avoir accès aux personnes détenues en relation avec les manifestations, qui ont commencé le 6 juin. Ceci fait suite à une déclaration de Human Rights Watch (HWR), le 15 juin, exprimant des inquiétudes par rapport à la situation des personnes emprisonnées.
"Etant donné le long registre de maltraitance de détenus par les forces de sécurité éthiopiennes, il y a tout lieu de craindre que ceux qui ont été arrêtés ne soient en train d'être maltraités", aurait indiqué Georgette Gagnon, directrice adjointe de HWR pour l'Afrique, dans la déclaration.
Le 'Ethiopian Human Rights Council' (Commission éthiopienne des droits de l'Homme) a indiqué le 13 juin que plus de 3.000 personnes, y compris deux de ses propres observateurs, avaient été détenues. Dans sa déclaration, HWR a souligné par ailleurs que les arrestations s'étendaient bien au-delà d'Addis Abeba.
"La situation des détenus individuels dans des villes relativement loin de la capitale est particulièrement préoccupante, puisqu'on sait très peu de choses sur leur nombre total, les raisons de leur arrestation ou les conditions dans lesquelles ils sont détenus", a déclaré le groupe basé à New York. La plupart des personnes emprisonnées étaient des partisans de l'opposition et des étudiants, a-t-il ajouté.
Des centaines ont été également blessées dans les manifestations, qui sont venues en défiance à une interdiction de manifester, instituée par le gouvernement après le scrutin du mois dernier. Le 13 juin, le Premier ministre Meles Zenawi a annoncé à la télévision d'Etat que l'interdiction allait continuer pendant un autre mois.
Le gouvernement a accusé les politiciens de l'opposition d'encourager et, dans certains cas, d'organiser les manifestations, qui ont démarré au sein des étudiants à l'Université d'Addis Abeba. La police a interdit plus tard l'accès du campus, et détenu des centaines d'étudiants.
Le 7 juin, la police fédérale anti-émeute a pris d'assaut un collège technique dans la zone bruyante Mexico de la ville, procédant à plus d'arrestations. Le lendemain a vu l'agitation atteindre son paroxysme lorsque des policiers armés et des forces spéciales ont ouvert le feu sur des foules de jeunes jetant des pierres dans le Merkato, le centre commercial d'Addis Abeba, souvent qualifié de plus grand marché en plein air d'Afrique.
Meles a également répété des allégations selon lesquelles certains membres de la CUD empruntaient des tactiques de propagande des auteurs du génocide de 1994 au Rwanda pour faire monter des tensions ethniques dans le processus électoral.
Une déclaration similaire faite dans la période précédant le scrutin a provoqué la condamnation du Premier ministre par Ana Gomes, responsable de l'équipe des observateurs électoraux de l'Union européenne, qui a considéré la comparaison comme trop provocatrice.
La rhétorique de l'opposition a, à son tour, été critiquée par HRW qui estime qu'elle "peut bien avoir contribué" aux événements d'il y a quelques jours.
Toutefois, des leaders de l'opposition se sont eux-mêmes proclamés innocents de toute activité dans l'ombre en relation avec les manifestations, et avec des allégations répétées de fraude massive dans le scrutin.
Des résultats provisoires montrent que le 'Ethiopian People's Revolutionary Democratic Front' (EPRDF) au pouvoir se maintient en gagnant plus de 300 sièges sur les 547 du parlement. Toutefois, l'opposition a fait des percées sans précédent le 15 mai, en remportant 189 sièges – une augmentation substantielle par rapport à son gain précédent de 12 – et en raflant tout à Addis Abeba. Dans un entretien avec IPS, le vice-président de la CUD, Admasu Gebeyehu, a exprimé un optimisme prudent sur les chances de meilleures relations entre le gouvernement et l'opposition.
"Si nous faisons quelque chose ensemble ou si nous avons un forum qui nous amène à travailleur ensemble pour un but, alors, la situation peut s'améliorer. C'est mon sentiment personnel", a-t-il déclaré. "Nous aurons au moins un objectif commun à atteindre qui requiert la contribution de toutes les parties. Ensuite, peut-être que la confiance peut se développer".
En l'absence d'enquêtes satisfaisantes sur le truquage électoral présumé, Adamsu a indiqué que son parti pourrait avoir recours à une action juridique, à des manifestations pacifiques ou, comme dernier recours, à un boycott parlementaire.
"Nous savons que le boycott est la pire option", a-t-il souligné. "Mais si tout va mal alors, nous ne ferons pas partie d'un mauvais processus et d'un mauvais résultat. Alors, il serait mieux pour nous de rester à l'écart".
Des propos similaires ont été entendus de Meles.
"Aussi longtemps que (les partisans de l'opposition) joueront selon les règles du jeu, il ne devrait y avoir aucun problème", a-t-il dit aux journalistes récemment.
"Les partis au pouvoir et les partis de l'opposition n'ont pas besoin d'être follement amoureux les uns des autres pour travailler ensemble en harmonie", a ajouté Meles. "Ce qui est nécessaire, à mon avis, est que tous jouent selon les règles du jeu. Et aussi longtemps qu'ils resteront dans les limites de la légalité, il ne devrait y avoir aucun problème".

