REFUGIES: Après la bataille pour arriver en Afrique du Sud, une bataille

JOHANNESBURG, 20 juin (IPS) – L'effort pour combiner le travail et les études ébranle sérieusement Désiré Rwamagana, un réfugié rwandais qui vit dans la capitale économique d'Afrique du Sud Johannesburg.

"La vie de réfugié est dure. Je travaille pendant la journée et je vais au collège dans la soirée. A la fin de la journée, je suis si fatigué que je ne peux même pas faire mes devoirs de maison", a-t-il déclaré à IPS. "La plupart de mes amis ont abandonné les classes parce qu'ils ne peuvent pas s'y faire. Ils préfèrent travailler".

Rwamagana, 19 ans, vend des vêtements et des couvertures dans la banlieue septentrionale de Randburg : "Je gagne un peu d'argent, juste assez pour payer mon cours de TI (technologie de l'information). Je vais au collège technique pour apprendre à réparer des ordinateurs".

Le Rwandais grand et maigre est arrivé en Afrique du Sud en 1999 comme un "mineur non accompagné". Ceci est le terme que le Haut Commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR) utilise pour parler des enfants qui ont fui vers un pays étranger sans leurs parents ou tuteurs.

Malgré toutes les difficultés auxquelles il est confronté, Rwamagana pourrait toutefois être considéré comme chanceux : plusieurs autres réfugiés en Afrique du Sud se retrouvent dans l'incapacité de commencer ou de poursuivre leur éducation.

Souvent, des immigrés manquent les fonds nécessaires.

Une étude de 2003, 'Enquête nationale de base sur les réfugiés', a révélé que près de 40 pour cent des personnes sondées avaient des enfants qui n'allaient pas à l'école, la plupart parce que leurs parents n'avaient pas les moyens de payer la scolarité.

L'étude a été menée par une organisation non-gouvernementale, basée à Johannesburg, 'Community Agency for Social Enquiry' (l'Agence communautaire pour l'enquête sociale).

Ceux qui ont été sondés ont également rapporté qu'on refusait aux enfants réfugiés l'entrée aux écoles primaires parce que les établissements seraient pleins, ou qu'ils seraient réticents à accepter des enfants à la recherche d'une attestation de demandeur d'asile et de réfugiés.

Confrontés à ces problèmes, des immigrés sont souvent obligés de se tourner vers des groupes tels que le 'Jesuit Refugee Service' (Service jésuite pour les réfugiés, JRS) – un groupe catholique international qui a son siège à Rome.

"Nous supportons actuellement 108 mineurs non accompagnés dans des écoles primaires et secondaires autour de Johannesburg et de Pretoria (la capitale d'Afrique du Sud)", a dit à IPS, Rampe Hlobo, le porte-parole du JRS, vendredi.

"Nous appuyons également 46 enfants qui ont des parents ou des tuteurs légaux dans des écoles secondaires", a-t-il ajouté. "Nous payons leurs frais de scolarité et leur achetons des uniformes et des manuels scolaires..

Nous leur donnons également de l'argent pour le transport".

Les étudiants que le JRS assiste généralement viennent de la République démocratique du Congo, du Burundi, du Rwanda, d'Ethiopie et de Somalie.

"Un autre problème auquel sont confrontés les enfants de l'Afrique francophone est la transition du français à l'anglais. Nous essayons de régler ce problème en donnant des leçons supplémentaires d'anglais aux enfants", a déclaré Hlobo.

Ceux qui arrivent à finir le cours secondaire peuvent aller à l'université, le HCR étant une source possible de financement pour l'éducation tertiaire.

"Pour les autres, nous leur accordons des prêts entre 500 et 6.000 rands (entre 75 et environ 900 dollars) pour démarrer une entreprise, qu'ils doivent rembourser", ajoute Hlobo. Certains se lancent dans la vente de fruits; d'autres préfèrent le métier de tailleur.

A maintes reprises, toutefois, il a été rappelé aux humanitaires travaillant avec les réfugiés que leurs efforts n'atteignaient qu'un nombre limité de ceux qui ont besoin d'aide.

"Nous sommes limités par un manque de ressources dans l'assistance aux enfants. Nous avons des coupes budgétaires et les donateurs ne nous en offrent pas plus. Les donateurs pensent que l'Afrique du Sud est capable d'aider les réfugiés", observe Hlobo.

Un producteur brut de réfugiés jusqu'à sa transition vers la démocratie il y a dix ans, l'Afrique du Sud est maintenant une importante destination pour les migrants. Le flux de demandeurs d'asile s'est accru après la fin de l'apartheid en 1994, et l'Afrique du Sud abrite actuellement quelque 90.000 immigrés, dont 26.000 ont été officiellement reconnus comme réfugiés, selon le HCR.

Certains ont fui des conflits; d'autres cherchent une vie meilleure en Afrique du Sud. Ceci a conduit à la xénophobie dans un pays où un fort taux de chômage amène les nationaux à en vouloir à tout nouvel arrivant qui pourrait rivaliser avec eux pour des postes (des statistiques officielles estiment le taux de chômage à environ 26 pour cent).

Des Sud-Africains ont même inventé un terme dégradant pour les étrangers : "makwerekwere".

"Certains de mes collègues sud-africains à l'école m'appellent makwerekwere. Je les ignore simplement. J'ai souffert à me faire des soucis au sujet des mots comme makwerekwere", a déclaré à IPS, Yusuf Ali (un surnom), un réfugié somalien, en riant.

Ali, qui gagne son pain dans un magasin de fruits géré par un réfugié soudanais, a dit que les défis auxquels sont confrontés les étudiants réfugiés allaient des difficultés à se procurer les documents officiels nécessaires, comme les cartes d'identité (CI), jusqu'au manque d'argent pour l'éducation.

"L'absence de CI est l'un des plus grands obstacles pour les étudiants réfugiés. Le (département) des Affaires intérieures met du temps à fournir des documents comme les permis de (résidence temporaire) aux réfugiés", a reconnu Hlobo. "Et les autorités académiques, et les employeurs n'aiment pas souvent les gens sans CI".

IPS n'a pas pu obtenir les commentaires des responsables du département des Affaires intérieures sur ces affirmations.

Avec la commémoration de la journée mondiale des réfugiés le 20 juin, l'espoir est que les autorités en Afrique du Sud et ailleurs tiendront davantage compte des réfugiés dans leurs politiques. Pendant ce temps, Rwamagana, Ali et plusieurs autres sont abandonnés avec la tâche – souvent difficile – de se forger leur avenir du mieux qu'ils le peuvent.