WASHINGTON, 9 juin (IPS) – Une promesse américaine de donner 674 millions de dollars pour atténuer la famine en Afrique a déçu des groupes de développement indépendants, qui ont qualifié la proposition d'imposture offrant trop peu en face des crises croissantes du continent.
Le président George W. Bush a annoncé, mardi, le financement en réponse aux urgences humanitaires en Afrique. Quelque 414 millions de dollars de cette somme seront fournis immédiatement pour éviter la famine dans la Corne de l'Afrique.
La Maison Blanche estime que l'aide soulagera 14 millions de personnes menacées en Ethiopie, Erythrée, Somalie et à Djibouti.
L'annonce a été faite à une conférence de presse conjointe à Washington avec le Premier ministre britannique Tony Blair. La Grande-Bretagne espère apporter quelque 300 millions dollars cette année en réponse aux besoins humanitaires en Afrique, dont 50 millions de dollars pour l'Ethiopie.
Mais malgré des pressions intensives, Blair n'a pas pu tirer profit de son capital politique avec le président américain pour amener Bush à donner plus qu'un engagement verbal à étudier un plan destiné à annuler la dette due par la plupart des nations pauvres d'Afrique. Il n'a également pas pu obtenir une promesse des Etats-Unis de doubler l'aide à l'Afrique, comme l'a recommandé sa Commission pour l'Afrique.
Blair a été un allié clé dans l'invasion américaine de l'Irak et un principal supporter de son occupation de ce pays arabe.
"Bush et Blair ont clamé leur engagement à s'attaquer aux défis de l'Afrique, mais la triste réalité est que leur agenda actuel promeut un 'sens de spectacle compatissant' sur un changement profond de la politique africaine", a déclaré Ann-Louise Colgan, de 'Africa Action', un groupe de plaidoyer basé à Washington.
L'argent promis mardi passera par les Nations Unies et une partie ira directement aux organisations non gouvernementales fournissant de l'aide dans des sites d'urgence.
Ensemble, le président Bush et le Premier ministre Blair ont demandé à la communauté internationale d'accroître son financement en faveur des urgences humanitaires en Afrique. L'initiative vient dans la période précédant le sommet du G-8 le mois prochain en Ecosse, abrité par la Grande-Bretagne, où l'Afrique et la question de la dette vont probablement occuper les devants de la scène.
Le Premier ministre britannique a fait de la promotion de la réforme et du développement en Afrique une pièce centrale du sommet du G-8. Il a essayé, pendant ces deux dernières semaines, d'obtenir du soutien parmi les nations industrialisées pour ce que certains appellent à Londres le Plan Marshall pour l'Afrique.
Le groupe des Huit (G-8) comprend la Russie plus le Groupe des sept nations les plus industrialisées (G-7) — Grande-Bretagne, Canada, France, Allemagne, Italie, Japon et les Etats-Unis.
Les Nations Unies estiment que la lutte contre les causes premières des problèmes humanitaires en Afrique nécessiterait une somme supplémentaire de 3,5 milliards de dollars sous forme d'aide. Elles ont demandé un total de 4,5 milliards en ressources pour des urgences humanitaires en Afrique, afin d'aider 44 millions de personnes à obtenir des besoins humains essentiels en vivres, en eau, en abri, en soins de santé et en installations sanitaires.
Le Programme des Nations Unies pour le développement a publié des données préliminaires mercredi montrant que si la tendance actuelle continue, les pays d'Afrique subsaharienne manqueraient de loin les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) de réduction de la pauvreté, de la mortalité infantile ainsi que celui de l'éducation, d'ici à 2015.
Quelque 4,8 millions d'enfants en Afrique subsaharienne meurent avant l'âge de cinq ans chaque année — neuf décès par minute — représentant 45 pour cent de tous les décès d'enfants dans le monde. C'est également la seule région où le nombre de décès d'enfants augmente, note l'ONU.
Sur 45 pays en Afrique subsaharienne, 10 ont en fait reculé depuis 1990, tandis que 19 autres pays progressent si lentement que l'objectif de l'OMD sur la mortalité infantile sera manqué de plus de 35 ans.
Toutefois, des groupes indépendants d'aide et de développement soulignent que les Etats-Unis, la plus grande économie du monde, ont refusé de consentir à un objectif de 0,7 pour cent de leur revenu national à l'aide internationale.
Bush a minimisé l'accusation, affirmant que Washington faisait déjà beaucoup pour le continent et que les nations africaines devraient compter sur le commerce plutôt que sur l'aide pour améliorer leurs situations.
"Au cours des quatre dernières années, nous avons triplé notre assistance à l'Afrique subsaharienne, et maintenant l'Amérique représente environ un quart de toute l'aide dans la région", a-t-il indiqué. "Et nous nous sommes engagés à faire plus à l'avenir".
"Et au fait, je pense que l'une des choses dont plusieurs nations africaines ont fini par se rendre compte est que, à travers le commerce, ils peuvent développer une société plus ambitieuse plutôt qu'à travers l'aide", a-t-il déclaré.
'Africa Action' a réagi en qualifiant le plan de "peu sincère" et a dit dans une déclaration que la nouvelle initiative conjointe anglo-américaine n'apporterait qu'une petite augmentation de l'aide humanitaire aux pays africains menacés de famine. Le groupe a affirmé que cela "ne fait rien pour régler la crise des dettes illégitimes des pays africains".
Au nombre des vieilles exigences formulées par des groupes de développement en faveur de l'Afrique, figure un plan efficace qui implique des efforts en vue de promouvoir la paix et la sécurité, et afin d'amener les nations riches à tenir leurs précédentes promesses et à ouvrir leurs marchés aux produits africains.
Peut-être, ce qui est plus important, ce sont les exigences de l'annulation totale des importantes dettes extérieures de l'Afrique et l'accroissement du financement pour combattre le VIH/SIDA.
Pendant sa conférence de presse conjointe avec Blair, Bush a indiqué qu'il était attaché à l'annulation de la dette — sans donner de détails.
"Nous sommes également d'avis que les pays en développement très endettés, qui sont sur la voie de la réforme, ne devraient pas être accablés par des montagnes de dette", a déclaré Bush.
La Grande-Bretagne souligne qu'elle travaille avec Washington pour élaborer une proposition pour le G-8 qui effacera 100 pour cent de cette dette sans prendre l'argent destiné aux créanciers publics comme la Banque mondiale et la Banque africaine de développement.
Les militants de l'allègement de la dette estiment qu'une action immédiate est nécessaire, ou la perte en vies humaines et les souffrances continueront sur le continent.
"Tant que les dettes de l'Afrique ne seront pas annulées, toute nouvelle aide va simplement ressortir de l'Afrique sous la forme de paiements du service de la dette", a indiqué Marie Clarke Brill, directrice d'éducation publique à 'Africa Action'.

