POLITIQUE-AFRIQUE: L'incertitude au sujet de Mugabe apporte de nouveaux

BRUXELLES, 10 juin (IPS) – La communauté internationale doit faire en sorte que la situation au Zimbabwe, après le président Robert Mugabe, ne devienne pas explosive, indique une étude.

Des rumeurs ont surgi à propos de l'état de santé de Mugabe cette semaine suite à des articles de presse selon lesquels il avait eu recours aux soins d'un cardiologue. Il a déclaré que de toute façon, il se retirerait en 2008.

L'étude, 'Le Zimbabwe post-électoral : Qu'arrivera-t-il après?', menée par 'International Crisis Group' (ICG), avertit que le Zimbabwe sera confronté à un chaos et une violence plus grands comme l'ère du président Robert Mugabe s'achève à moins que la communauté internationale ne commence par s'organiser ensemble pour une transition pacifique vers la démocratie.

"La situation post-électorale peut paraître habituelle, mais l'époque de Mugabe est en train de s'achever. La ZANU-PF et le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), de l'opposition, sont maintenant confrontés à des défis existentiels", souligne, dans le rapport, Peter Kagwanja, directeur de projet de l'ICG en Afrique du Sud.

"L'âge avancé du vieux et les ambitions conflictuelles des potentiels nouveaux chefs de la ZANU-PF, ainsi que la frustration croissante de ce qui a été jusqu'à présent une opposition remarquablement non violente, assurent qu'un changement d'une façon ou d'une autre arrivera bientôt. A moins que les amis du Zimbabwe ne se grouillent et ne se mettent ensemble, il est bien trop possible que cela soit violent et chaotique", affirme-t-il.

Mugabe, 81 ans, et son parti ZANU-PF ont remporté les élections législatives plus tôt cette année. Mais elles ont été largement condamnées par la communauté internationale comme étant inéquitables.

Le 'Crisis Group', qui suit de près et analyse les développements dans des points névralgiques, déclare que Mugabe et la ZANU-PF "ont encore manipulé le processus électoral à travers une vaste série de moyens légaux et extra-légaux pour s'assurer que l'élection était fondamentalement gagnée bien avant que les premiers électeurs n'aillent aux urnes".

Le parti de Mugabe détient actuellement la majorité des deux-tiers requis pour amender la constitution. Plusieurs experts croient que la ZANU-PF utilisera ce pouvoir pour préparer une bonne retraite pour son leader.

Mais le groupe d'experts avertit qu'un transfert pacifique du pouvoir de Mugabe à un successeur est loin d'être garanti.

La ZANU-PF, qui a dirigé le Zimbabwe depuis l'indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne il y a 25 ans, est profondément divisé au sujet de la succession de Mugabe, avec de puissantes figures au sein du parti se positionnant elles-mêmes pour ce qui pourrait se révéler être une lutte acharnée pour le pouvoir, indique 'Crisis Groupe'.

"La ZANU-PF est rongée par des querelles intestines, stimulées par le désir de certains personnages puissants de se positionner pour la bataille de la succession. Les principales factions représentent substantiellement des intérêts ethniques toujours pas conciliables, ce qui fait penser que maintenir uni le parti pourrait être difficile", souligne le rapport.

L'ICG insiste pour dire que la seule voie ayant une chance réaliste de résoudre les crises interconnectées du Zimbabwe est le départ de Mugabe le plus tôt possible, alors que la communauté internationale, la ZANU-PF et le MDC devraient commencer par s'organiser maintenant pour l'ère post-Mugabe.

Le 'Crisis Group' demande aux Etats-Unis, à l'Union européenne (UE) et aux institutions financières internationales de bien faire comprendre qu'il n'y aura pas de fin aux sanctions ciblées, ni la perspective d'aide substantielle, et aucune reprise des relations normales tant qu'il n'y aura pas de réels changements, "pas seulement dans les noms au sommet des structures gouvernementales, mais dans la gouvernance".

Il exhorte également le gouvernement zimbabwéen à fixer une date pour le retrait de Mugabe avant 2008 et à faire preuve de retenue en amendant la constitution sans prendre en compte les opinions de l'opposition.

Concernant le MDC, 'Crisis Group' estime que le parti doit régler des questions fondamentales, y compris celle de savoir s'il faut continuer une opposition extraparlementaire plus agressive malgré les risques.

Le groupe ajoute qu'il est particulièrement important pour l'Afrique du Sud d'entreprendre un "réexamen urgent" de sa politique infructueuse pour explorer de nouvelles options comme la coopération avec le Commonwealth et les pays du G8 (Etats-Unis, Canada, Japon, Russie, Grande-Bretagne, France, Allemagne et Italie) afin de pousser son voisin sur la voie conduisant à des stratégies politiques et économiques plus modérées.

"La politique de la 'diplomatie discrète' a échoué. La communauté internationale doit agir maintenant pour s'assurer qu'un Zimbabwe post-Mugabe ne sera pas explosif", avertit Nancy Soderberg, vice-présidente de 'Crisis Group' et directrice par intérim du 'Africa programme' (Programme Afrique).