DEVELOPPEMENT-AFRIQUE: Des armes légères qui font d'énormes dégâts

JOHANNESBURG, 8 juin (IPS) – Une semaine mondiale d'action contre la circulation des armes légères, qui alimentent des conflits en Afrique et ailleurs, a démarré lundi.

Selon 'International Action Network on Small Arms' (Réseau international d'action contre les armes légères – IANSA), ces armes ont tué quelque deux millions d'enfants depuis 1990, dont plusieurs d'entre eux en Afrique. En outre, environ 1,5 million de personnes seraient blessées par les armes légères par an.

IANSA est l'une des quelque 30 organisations non gouvernementales (ONG) soutenant la semaine d'action. Des groupes internationaux d'assistance, Amnesty International et Oxfam se sont également associés à la campagne, qui prend fin le 12 juin. Lundi, environ 60 activistes se sont rassemblés dans la capitale économique sud-africaine, Johannesburg, pour marquer le début de l'événement.

Chemist Khumalo, coordonnateur national de la 'Ceasefire Campaign' (Campagne pour le cessez-le-feu) basé à Johannesburg, a déclaré à IPS que ce n'est pas toute la responsabilité de la crise des armes légères en Afrique qui pourrait être rejetée hors des frontières du continent.

"L'Afrique du Sud et l'Egypte sont les plus gros fournisseurs d'armes en Afrique. L'Afrique du Sud, qui est un plus gros fournisseur que l'Egypte, vend des armes même à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis", a-t-il indiqué à la rencontre de Johannesburg.

Ceasefire est également préoccupé par les propres dépenses de l'Afrique du Sud sur les armes et d'autres questions liées à la défense.

"L'Afrique du Sud s'est, elle-même, engagée à ne pas consacrer plus de 1,7 pour cent de son PIB (produit intérieur brut) aux dépenses militaires", a déclaré Khumalo. "Il y a environ deux mois, le ministre de la Défense (Mosiuoa Lekota) nous a dit qu'ils dépensaient moins de 1,7 pour cent du PIB. Nous n'avons aucun moyen indépendant de confirmer ce chiffre".

Les Nations Unies recommandent que les pays ne consacrent pas plus de 1,7 pour cent de leur PIB à la défense. Seulement, même ce taux est trop élevé, affirme Ceasefire.

"Nous aimerions que cet argent aille aux services sociaux comme la santé et l'éducation, le développement, la création d'emploi, la prévention du crime et l'allègement de la pauvreté", a souligné Khumalo.

La 'Coalition Against Military Spending' (Coalition contre les dépenses militaires), un groupe sud-africain dont est membre 'Ceasefire Campaign', croit que les dépenses militaires du pays ont augmenté de 50 pour cent au cours des trois dernières années.

Joseph Dube de IANSA a indiqué qu'un certain nombre de pays africains avaient ratifié le Protocole de Vienne – des Nations Unies – sur les armes à feu, une initiative pour marquer les armes à feu et les suivre à la trace au cas où ils changeraient de mains – mais a prévenu que la ratification ne se traduisait pas nécessairement en contrôle effectif des armes légères sur le terrain.

En 2001, une conférence de l'ONU sur le commerce illicite des armes légères s'est tenue, aboutissant à un programme d'action pour mettre un terme au commerce des armes légères et des armes portatives. Les agences de l'ONU et les ONG se rencontreront à New York le mois prochain pour évaluer la mise en œuvre de ce programme.

Desmond Rose de l'ONG 'For a Better Society' (Pour une meilleure société), également basée à Johannesburg, a déclaré qu'une action concertée des militants était essentielle pour contenir la circulation des armes légères.

"Nous devons monter un réseau international – c'était de cette façon que l'apartheid a été vaincu : à travers un réseau de protestations, de sanctions et l'isolement. Nous devrions utiliser les mêmes tactiques pour mettre fin à la fourniture des armes à l'Afrique", a-t-il dit à IPS.

La publication d'un nouveau livre édité par l'universitaire australien Geoff Harris a coïncidé avec la semaine mondiale d'action contre les armes légères.

Dans la préface du livre, 'Parvenir à la sécurité en Afrique subsaharienne : des Alternatives rentables pour l'armée', Harris note qu'il y a une croyance répandue parmi les nations selon laquelle leur sécurité est menacée – ou qu'une certaine forme de menace se matérialisera à l'avenir.

"La seule façon de prévenir de telles menaces, affirme-t-on, est une armée forte", a-t-il souligné par ailleurs, au lancement du livre à Johannesburg lundi. Mais, "l'histoire récente des guerres suggère que les invasions d'un pays par un autre depuis 1945 ont été des événements rares".

"Très peu de pays peuvent être décrits avec réalisme comme étant en danger d'invasion, même si l'on dit que les forces armées de presque tous les pays sont construites sur ce principe".

Harris met en doute la capacité des armées à assurer la sécurité – estimant qu'elles se sont révélés "coûteuses, inefficaces et immorales", à cet égard – ou à entraîner des changements bénéfiques dans les instances dirigeantes des pays.

"Sur 16 changements de régime, seulement quatre – Allemagne, Japon, Grenade et Panama – ont eu du succès au 21ème siècle en termes de démocratie durable".

Il affirme qu'une amélioration générale des niveaux de développement servirait de dissuasion plus efficace à l'insécurité que des investissements substantiels dans l'armée. Toutefois, il faudrait également du courage de la part des dirigeants pour poursuivre des approches moins conventionnelles – quoique moins chères et plus morales – pour assurer la sécurité nationale.

"L'armée est souvent efficace, à court terme, pour gagner des guerres; mais ceci fait normalement peu pour traiter des causes sous-jacentes du conflit, entraînant ainsi une probabilité d'une reprise de la guerre", observe Harris.