OUAGADOUGOU, 23 mai (IPS) – Les plantations naturelles de l'acacia s'étendent sur environ 286.000 hectares, pour environ 15 millions de pieds, au Burkina Faso qui mise sur sa gomme arabique comme une ressource économique pour lutter contre la pauvreté dans les régions productrices du Sahel.
L'acacia, qui est un arbre à feuilles divisées en folioles, à fleurs jaunes, dont certaines espèces produisent la gomme arabique, est également planté sur de grandes superficies, dans beaucoup d'autres pays sahéliens d'Afrique, comme un moyen naturel de lutter contre la désertification.
Avec l'appui de l'Union européenne (UE), le Burkina Faso s'est engagé, depuis 1996, dans un programme de production de gomme arabique. L'ambition de ce pays d'Afrique de l'ouest, est de porter la production actuelle de 4.500 tonnes par an à 7.000 tonnes d'ici à 2007.
Après le coton, l'élevage, le karité et l'or, la gomme arabique constitue l'un des produits d'exportation du pays, même si cette dernière ressource est découverte tardivement.
Selon une étude menée, en 2004, par le Centre d'analyse et de prospective économique et sociale (CAPES), "la gomme (arabique) représente potentiellement des recettes d'exportation de plus de trois milliards de francs CFA (environ 6,1 millions de dollars)".
En plus d'offrir des revenus aux populations rurales leur permettant d'améliorer leurs conditions de vie, la gomme arabique "permet de lutter contre la désertification, car les espèces productrices contribuent à l'équilibre des écosystèmes", explique à IPS, Marc Ouédraogo, ingénieur agronome à Ouagadougou, la capitale burkinabé.
L'idée de produire et de commercialiser la gomme arabique au Burkina Faso a été lancée en 1996 par le gouvernement en vue de renforcer la contribution du secteur forestier à la lutte contre la pauvreté.
Ce programme de promotion de la filière gomme arabique, qui s'inscrit dans la stratégie globale de lutte contre la pauvreté, a bénéficié de l'appui financier de l'UE à travers le Fonds de stabilisation des exportations.
Cet appui a permis d'acquérir "la mise en place de 134 groupements mixtes et unions de groupements de producteurs de gomme arabique, la formation de producteurs-formateurs, la vulgarisation des techniques de lutte contre les feux de brousse et l'entretien des gommerais naturelles", selon un document du ministère de l'Environnement, intitulé 'La filière gomme arabique au Burkina Faso'.
Sur le terrain, les populations rurales s'adonnent à la culture de la gomme – les deux formes de gomme répandues au Burkina sont l'acacia Sénégal et l'acacia lneta – avec beaucoup d'emphase.
Les zones de production sont passées de cinq provinces en 1996 à 14 en 2005, et le nombre de groupements a augmenté de 35 à 201. La production est passée de 175 tonnes en 2000, à 205 tonnes en 2001, 568 tonnes en 2002, 1.300 tonnes en 2003 et plus de 2.000 tonnes en 2004, selon le ministère de l'Environnement.
Au moins le double de la quantité produite au Burkina traverse les frontières en direction des pays voisins. Le prix d'achat au producteur varie entre 400 et 450 dollars, la tonne, précise le ministère.
Dans les provinces productrices, le Soum, le Yagha, le Séno, la Gnagna et la Komondjari qui sont également parmi les plus pauvres du Burkina, la gomme arabique apparaît donc comme une chance pour les populations.
Dans une lettre ouverte adressée en mars dernier au ministre de l'Environnement, les groupements de producteurs de gomme arabique du pays interpellaient les autorités sur leur léthargie alors que "la demande de gomme devient très élevée et que les producteurs burkinabé n'arrivent pas à satisfaire les commandes".
Conscients que la gomme arabique peut rapporter gros, beaucoup de producteurs en ont fait un produit porteur. Ils demandent alors, dans leur lettre, à l'Etat, d'agir davantage dans la filière à travers "la formation des organisations paysannes aux techniques de production, la mise en place de petits crédits aux producteurs, la dotation des groupements en bonnes semences d'acacia Sénégal".
L'Association des professionnels et exportateurs de gomme arabique (APEGA), qui encadre les producteurs, estime que la gomme se vend bien dans le pays et à l'extérieur, mais "le manque d'organisation semble être le seul handicap de la filière gomme au Burkina", déclare à IPS, Xavier Siénou, un membre de l'APEGA.
"Des Européens qui ont eu de nos nouvelles sur Internet ont visité les sites de production en janvier et février derniers. Ils se proposent d'acheter toute la production obtenue sur les deux prochaines campagnes à venir. Tout cela nous réjouit, mais nous sentons un manque de soutien de la part de notre ministère de tutelle", confie à IPS, Abdou Sinon, un producteur de la région du Yatenga, dans le nord du pays.
En raison de ses multiples usages dans l'industrie moderne, la gomme arabique fait l'objet d'une demande toujours croissante. Dans l'industrie pharmaceutique, la gomme constitue un adjuvant que l'on retrouve dans les compositions de produits tels que les sirops et les pastilles.
Par ailleurs, la gomme arabique est utilisée dans la confiserie, les brasseries et la fabrication de produits cosmétiques. La gomme est consommée également à l'état naturel par l'homme, ou associée à d'autres produits dans la technologie de transformation alimentaire.
Aujourd'hui, la filière est une source de revenu qui améliore considérablement les conditions de vie de nombreuses familles rurales, constate Siénou.
"Tout le pays y gagne à travers le développement de petits commerces dans les zones de production, la lutte contre la désertification et le reboisement à travers le remplacement des vieux arbres de gomme au profit des générations montantes", observe Ladji Mahamoudou, membre d'un groupement de Ouahigouya, dans le nord du Burkina.
L'ensemble des vertus de la gomme arabique en fait une ressource naturelle assez convoitée sur le marché mondial. Le Forum du commerce international assure que le marché de la gomme arabique possède d'excellentes perspectives pour les pays de l'Afrique subsaharienne. Le Forum du commerce international est une revue trimestrielle publiée sur Internet par le Centre du commerce international, basé à Genève.
La production est stable, la demande de produits alimentaires naturels croît rapidement, et aucun produit de substitution n'atteint son rapport qualité-prix. Après quelques années de déclin, les importations mondiales de gomme arabique ont augmenté de 25 pour cent au cours des quatre dernières années, selon des statistiques du Forum du commerce international.
Une poignée de pays domine le commerce de la gomme arabique. En 1998, 95 pour cent des exportations mondiales provenaient du Soudan (56 pour cent), le Tchad (29 pour cent) et le Nigeria (10 pour cent), indique la revue.
De la même manière, les principaux importateurs de la gomme se concentraient dans trois pays : la France (46 pour cent) suivie des États-Unis (21 pour cent) et du Royaume-Uni (12 pour cent), ajoute la revue.

