BANGUI, 25 mai (IPS) – Le président sortant François Bozizé a été déclaré vainqueur du second tour de l'élection présidentielle en République centrafricaine, avec 64,60 pour cent des voix contre 35,40 pour cent pour son challenger Martin Ziguélé.
Selon les résultats définitifs du scrutin de 8 mai proclamés par le président de la Commission électorale mixte indépendante (CEMI) Jean Willybiro Sacko, mardi à Bangui, la capitale centrafricaine, Bozizé a obtenu 610.903 voix contre 333.716 pour Ziguélé, le candidat du Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC).
Le président de la CEMI a donc déclaré le candidat Bozizé ‘'élu président de la République centrafricaine pour un madat de cinq ans conformément à la constitution".
L' élection de Bozizé légitime son pouvoir acquis par un coup d'Etat qui avait renversé le pouvoir démocratique de Ange Félix Patassé le 15 mars 2003 conduisant le pays a une transition politique de deux ans qui s'achève par les élections actuelles.
Après la proclamation des élections, le porte-parole de Bozizé, Cyriaque Gonda, a déclaré mardi à IPS que la victoire de Bozizé "est une nouvelle ère démocratique qui s'ouvre en Centrafrique".
En revanche, Ziguélé, le candidat battu, interrogé à chaud par IPS, a indiqué qu'il doutait fort bien de ces résultats qui, selon lui, ne reflètent pas la réalité du vote.
"J'ai un grand doute pour ces résultats qui viennent d'être publiés, car selon les données provenant de tous les bureaux de vote dont mes représentants m'ont fait parvenir les copies, je sortais vainqueur", a affirmé Zigélé. Il a néanmoins ajouté que "Bozizé doit tout faire pour ramener la paix qui est ébranlée sur toute l'étendue du térritoire puisqu'il est déclaré élu".
Pour sa part, le président du Mouvement pour la démocratie et la renaissance en Centrafrique (MDRC), Joseph Bendounga, a introduit une requête en annulation du scrutin du 8 mai auprès de la Cour constitutionnelle pour violation du code électoral.
"Les menaces à mains armées et les multiples interventions des forces de défense dans les les bureaux de vote sont des preuves palpables de violation du code électoral qui prévoit l'annulation des élections dans les conditions sus-mentionnées", a déclaré Bendounga à IPS.
Un groupe de soldats de la garde présidentielle, favorable à Bozizé, avait accompagné les résultats avec les urnes de certains bureaux de vote à Bangui, le soir du scrutin, jusqu'au siège de la commission électorale. Cette attitude avait été dénoncée par des partisans de Ziguélé. Mais les partisans de Bozizé avaient accusé, à leur tour, les supporteurs de Ziguélé d'avoir battu campagne à l'intérieur de certains centres de vote dans la capitale. Par ailleurs, le professeur Abel Goumba, doyen de la classe politique centrafricaine et candidat malheureux au premier tour, a déclaré mardi à IPS qu'il ne se reconnaîtrait pas dans le second tour de ces élections. "Comme vous le savez, j'avais demandé l'annulation pure et simple du premier tour de la présidentielle du 13 mars pour cause de multiples irrégularités qui avaient émaillé ce srutin. Donc pour moi, le second tour de la présidentielle n'a aucun sens et aucune valeur".
Bozizé a bénéficié, au second tour, du soutien de Jean Paul Ngoupandé et de Charles Massi, deux candidats malheureux classés respectivement quatrième et cinquième du premier tour du 13 mars.
Ngoupandé avait déclaré à IPS que son soutien à Bozizé s'expliquait par la volonté unanime des militants de sa formation politique, le Parti de l'unité nationale (PUN), qui entendent barrer la route à un retour au pouvoir du MLPC ‘'qui a laissé de douleureux souvenirs dans la chair du peuple sous le règne de l'ancien président Patassé".
Le PUN de Ngoupandé et le Forum pour la démocratie et la modernité (FDM) de Massi avaient signé, à la veille de l'ouverture de la campagne du second tour, un accord politique avec Bozizé. L'accord prévoit, entre autres, la formation d'un gouvernement d'union nationale en cas de victoire de Bozizé.
Par contre, Ziguélé, l'adversaire de Bozizé, n'a pu bénéficier d'un réel soutien de L'Union des forces vives de nation, un ensemble hétéroclite qui regroupait, avant le premier tour du 13 mars, tous les candidats à la présidentielle opposés à Bozizé.
Faute du soutien de Goupandé et de Massi, les voix d'André Kolingba du Rassemblement démocratique centrafricain (RDC) arrivé en troisième position au premier tour, qui pourraient, selon des observateurs, aller favorablement au candidat Ziguélé, ne lui ont finalement pas profité.
Kolingba avait appelé ses militants, à la veille du scrutin, à observer une neutralité par rapport à la présidentielle du second tour et à voter uniquement pour les candidats du RDC aux élections législatives dont le second tour se déroulait également le 8 mai. Comme la campagne électorale, le scrutin du 8 mai s'était déroulé d'une manière générale dans le calme et la sérénité, selon le rapport des observateurs internationaux.
‘'Nous sommes en mesure d'affirmer que le second tour des élections est crédible, mais ce qui est à déplorer, c'est le comportement de certains éléments des forces de défense qui ont fait des irruptions intempestives dans certains bureaux de vote tant à Bangui que dans les villes de l'arrière pays", a déclaré à IPS, le coordonnateur des observateurs nationaux, Godfroy Mokanadé.
Au total 977.730 électeurs centrafricains sont allés voter sur les 1,452 million inscrits, soit un taux de participation de 67,3 pour cent.
Le représentant du secrétaire général des Nations Unies en Centrafrique, le général Lamine Cissé, a indiqué mardi à IPS, après la proclamation des résultats définitifs, que c'est une bonne chose que le pays ‘'renoue avec les institutions démocratiques.
‘'mais", a-t-il ajouté, ‘'le gros lot qui reste, c'est le respect de l'exercice du pouvoir sur les bases réellement démocratiques".
Pour sa part, le président de l'Observatoire centrafricain des droits de l'Homme, l'avocat Lambert Zokwezo, a déclaré à IPS : ‘'Les institutions démocratiques vont se mettre en place à la fin de ce processus électoral, mais le combat pour le respect des libertés individuelles et collectives, va continuer pour l'instauration d'une vérritable démocratie en Centrafrique".
Le processus électoral, qui avait démarré avec le reférundum constitionnel le 5 décembre 2004 pour s'achever avec les élections présidentielle et législatives, met fin à la période de transition politique. Les élections devraient ramener la sécurité et la stabilité dans le pays qui avait été marqué, aussi bien sous le régime de Patassé que pendant la transition du général Bozizé, par des violences et une grande insécurité. Il y avait eu de nombreuses violations des droits de l'Homme, avec des tueries et des viols restés pour la plupart impunis.

