SANTE: Malgré des avancées modestes, le paludisme reste une grande maladie

GENEVE, 12 mai (IPS) – Malgré les avancées prometteuses réalisées dans la prévention et le traitement du paludisme dans le monde entier, la maladie continue de constituer un principal défi en Afrique, où la majorité écrasante des décès ont encore lieu.

Le Rapport mondial 2005 sur le paludisme, publié la semaine dernière par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF), note que les efforts faits ces dernières années ont commencé par porter des fruits.

L'Asie et l'Afrique ont connu une diminution de 20 pour cent dans l'incidence de la maladie ces cinq dernières années, a constaté Allan Schapira, coordonnateur de l'équipe de politique et de stratégie de l'initiative Faire reculer le paludisme (FRP).

Toutefois, l'Afrique continue de payer le plus lourd tribut au paludisme dans le monde entier. Selon des statistiques compilées par Médecins sans frontières (MSF), sur les quelque deux millions de personnes qui meurent de paludisme chaque année, 90 pour cent sont des enfants africains ayant moins de cinq ans. La maladie fait environ 3.000 morts chaque jour en Afrique subsaharienne seule.

L'incidence du paludisme a augmenté en Afrique pendant les années 1980 et 1990 suite à une résistance accrue à la plupart des médicaments couramment utilisés pour le traiter et aux insecticides utilisés pour tuer les moustiques qui le propagent. Ces décennies ont également connu une détérioration dans la fourniture des services de soins de santé dans la région.

Entre 350 et 500 millions de personnes dans le monde entier contractent le paludisme chaque année. Plus de 41 pour cent de la population mondiale — quelque 3,2 milliards de personnes vivant dans 107 pays — sont confrontés au risque d'infection.

Le Partenariat mondial Faire reculer le paludisme a été lancé en 1998 par l'OMS, l'UNICEF, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et la Banque mondiale. Son objectif est de réduire de moitié le poids de la maladie d'ici à 2010.

La lutte contre le paludisme requiert des sources de financement continuelles et significatives. Quelque 3,2 milliards de dollars sont nécessaires par an pour combattre la maladie dans les 82 pays où la majorité des décès dus au paludisme ont lieu.

Jon Liden, responsable de communications au Fonds mondial contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme, a déclaré à IPS que son agence apportera un milliard de dollars aux efforts de lutte contre le paludisme au cours des deux prochaines années.

Le Fonds alloue 55 pour cent des ressources financières totales disponibles à la lutte contre le VIH/SIDA, 13 pour cent à la tuberculose, et plus d'un tiers aux efforts pour combattre le paludisme.

La maladie coûte à l'Afrique quelque 12 milliards de dollars en produit intérieur brut (PIB) par an, et accroît la pauvreté en réduisant la productivité et la stabilité sociale, a souligné Liden.

Toutefois, il a indiqué qu'il était optimiste par rapport à la possibilité de vaincre la maladie grâce à l'apparition de nouvelles méthodes de prévention et de traitement.

La chloroquine, précédemment le médicament anti-palustre le plus largement utilisé et le plus économique, n'est plus efficace dans une grande partie du monde à cause de la résistance qui lui a été développée. A sa place, les nouvelles thérapies combinées basées sur l'artemisinin se sont révélées efficaces pour sauver des vies, quoique considérablement plus coûteuses.

Une autre initiative réussie a été la distribution de moustiquaires traitées à l'insecticide, un moyen de prévention très efficace de la maladie.

Les agences qui constituent le partenariat FRP soutiennent que le coût de la thérapie combinée basée sur l'artemisinin (ATC), qui varie entre 75 cents et 2,75 dollars par traitement, est hors de prix pour les familles les plus nécessiteuses.

Mais pour sa part, MSF déclare que ce traitement avec l'ACT prend juste trois jours et coûte "seulement" 60 cents pour un enfant et deux dollars pour un adulte.

L'efficacité de ces nouveaux traitements a été démontrée dans une région à forte transmission en Angola, où des admissions à l'hôpital pour un paludisme sévère ont été réduites de 25 pour cent dans l'année qui a suivi l'introduction de l'ACT. Au cours de la même période, la mortalité a baissé de 75 pour cent, comparée à l'année précédente, a noté le groupe.

Face à cette évidence, la plupart des pays en Afrique subsaharienne ont changé leurs politiques nationales de traitement et sont passés des anciens traitements inadéquats à la thérapie basée sur l'ACT.

Mais le problème est toujours loin d'être résolu, selon MSF, parce qu'un diagnostic et un traitement efficaces ne sont toujours disponibles que pour une petite proportion de ceux qui en ont besoin.

Pour MSF, les principaux problèmes dans le traitement du paludisme ne sont pas techniques, médicaux ou scientifiques, parce qu'il est tout à fait possible de produire et de distribuer assez d'ACT pour que le traitement parvienne à toutes les personnes qui en ont besoin. Cependant, ceci n'arrivera que s'il existe une action politique urgente et suffisante, soutient le groupe.

Pour leur part, les agences de l'ONU, impliquées dans l'initiative FRP, reconnaissent qu'un manque de fonds et un défaut de capacité nationale à exécuter effectivement des programmes de lutte contre le paludisme, sont deux principaux obstacles à la mise en œuvre globale des mesures de prévention et de traitement.