BRUXELLES, 12 mai (IPS) – Les deux frères jugés actuellement en Belgique pour complicité avec les auteurs du génocide au Rwanda, risquent l'emprisonnement à vie s'ils sont reconnus coupables de violations des droits de l'Homme.
Le riche homme d'affaires Etienne Nzabonimana (53 ans) et Samuel Ndashyikirwa (43 ans) sont accusés d'avoir aidé la milice extrémiste hutu à massacrer quelque 50.000 Tutsis et Hutus modérés à Kibungo, au sud-ouest de la capitale Kigali pendant le génocide de 1994 au cours duquel environ 800.000 personnes ont été tuées.
Tous deux étaient des hommes d'affaires qui se sont enrichis en vendant de la bière. Ils sont devenus importants dans leurs communautés à Kibungo et à Kirwa, dans le sud-est du Rwanda.
Leur procès des deux demi-frères accusés de crimes de guerre au cours du génocide a commencé à Bruxelles, la capitale belge, au début de la semaine conformément à une nouvelle loi.
Nzabonimana, père de six enfants, est accusé d'avoir fourni aux tueurs un moyen de transport et un espace de stockage pour leurs armes. Il leur a offert ensuite de la bière après les assassinats, selon les accusations. Le deuxième suspect Ndashyikirwa, père de cinq enfants, est accusé d'avoir apporté aux assassins une aide pratique.
Le procès se déroule actuellement en Belgique parce que Nzabonimana a été arrêté à Bruxelles en 2002. L'accusation affirme qu'il était présent pendant plusieurs attaques, et a donné aux miliciens l'ordre de tuer.
Ndashyikirwa a été également arrêté dans la capitale belge en 2002. Il vivait sous une fausse identité. Il gérait des bars et des taxis au Rwanda, et était très respecté dans son village Kirwa, à environ une demi-heure de Kibungo.
Ndashyikirwa est accusé d'avoir participé aux préparatifs des massacres et d'avoir pris part directement ou indirectement aux tueries.
Les deux demi-frères ont violemment réfuté les accusations. Nzabonimana dit qu'il se cachait à la maison à l'époque, et a critiqué la nouvelle culture de dénonciation au Rwanda. Ndashyikirwa affirme avoir tenté d'arrêter les tueries.
Le génocide a été provoqué par la mort du président rwandais Juvenal Habyarimana, un Hutu, lorsque son avion a été abattu au-dessus de l'aéroport de Kigali, le 6 avril 1994. La plupart des morts étaient des Tutsis – et le gros de ceux qui ont perpétré les violences étaient des Hutus.
C'est le deuxième procès sur le génocide rwandais qui se tient en Belgique après la modification de la loi pour permettre aux plaignants de traduire en justice des suspects de crimes de guerre, même si les prévenus ne sont pas Belges et que les crimes avaient été commis hors du pays.
En 2001, un tribunal belge a condamné deux sœurs catholiques, un ancien ministre du gouvernement et un professeur d'université du Rwanda pour leur complicité dans les atrocités.
Le procès a été salué comme un événement essentiel dans le droit international. La Belgique a organisé le procès révolutionnaire conformément à une loi de 1993 qui donnait aux tribunaux du pays la compétence sur la violation de la Convention de Genève sur les crimes de guerre, quel que soit le lieu où ils ont eu lieu.
Ce procès a conduit à une vague de poursuites judiciaires dans des tribunaux belges. Des gens ont déposé des plaintes contre le Premier ministre israélien Ariel Sharon, l'ancien président américain George Bush senior et d'autres dirigeants.
Confronté à une crise diplomatique, le gouvernement belge a été contraint d'amender la loi pour que ceux qui sont accusés aient l'obligation de résider en Belgique.
La Belgique a un lien spécial avec le Rwanda puisque cet Etat d'Afrique centrale était son ancienne possession coloniale. Dix parachutistes belges faisaient partie de ceux qui ont été tués aux premières heures du génocide.
Le procès a commencé à Bruxelles avec une sélection des jurés. La cour devrait entendre 170 témoins pendant les semaines à venir. Plusieurs seront emmenés en avion du Rwanda. Un verdict est attendu le 24 juin.

