LOME, 7 mai (IPS) – Le gouvernement appelle tous les Togolais qui ont quitté le pays à "rentrer tranquillement chez eux", indiquant que des "mesures ont été prises pour éviter de nouveaux affrontements et pour assurer la sécurité" de tous, annonce un communiqué officiel.
Le communiqué du gouvernement togolais été rendu public 5 mai, au lendemain de la prestation de serment de Faure Gnassingbé déclaré définitivement vainqueur de l'élection présidentielle du 24 avril, avec 60,15 pour cent des voix contre 38,25 pour cent à son challenger de l'opposition, Emmanuel Akitani-Bob.
Environ 22.600 personnes ont fui les violences au Togo pour se réfugier au Bénin et au Ghana, deux pays voisins, selon des chiffres publiés vendredi par le Haut commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR). Ce vendredi, plusieurs personnes, principalement des femmes et des enfants, baluchons sur la tête, ont encore franchi les frontières du Ghana et du Bénin, a constaté IPS sur place.
Plus de 10.600 Togolais ont fui au Ghana et 12.000 au Bénin depuis le 26 avril, à la suie des affrontements entre les forces de l'ordre et les militants de l'opposition, à l'annonce de la victoire de Gnassingbé à l'élection présidentielle, contestée par l'opposition.
Mais selon le HCR, le nombre de réfugiés a baissé au cours des deux derniers jours. Certains réfugiés sont hébergés dans des campements de fortune alors que d'autres se sont dirigés vers des proches ou dans des familles d'accueil, les populations frontalières étant du même groupe ethnique et ayant souvent des liens de parenté. Ces affrontements auraient fait, entre le 26 et le 27 avril, une centaine de morts dans tout le pays, selon des responsables de la coalition de l'opposition, une trentaine, selon des sources hospitalières, ou encore une quarantaine, selon des organisations non gouvernementales. Mais aucun bilan officiel n'a été rendu public pour le moment.
Pour Zeus Ajavon, membre d'un collectif d'associations et syndicats de la société civile, le pouvoir en place au Togo a instauré un "climat de terreur" qui fait fuir la population. "Comment peut-on faire usage d'armes à feu face à des civils aux mains nues?", demande-t-il, dénonçant également le fait que des éléments de l'armée togolaise rentrent dans des maisons pour violenter les paisibles populations.
Rafik Saidi, représentant du HCR pour le Togo, le Bénin, le Niger et le Burkina Faso, a révélé que certains des réfugiés ont dit qu'ils avaient été harcelés par les forces de sécurité togolaises.
"Les militaires tiraient sur tout ce qui bougeait et après cela, ils rentraient dans les maisons pour frapper les gens", a affirmé à IPS, Anyonam Akakpo, revendeuse au quartier Bé, principal fief de l'opposition à Lomé, et réfugiée à Aflao, une localité à la frontière du Ghana. Un secouriste, qui a requis l'anonymat, a témoigné à IPS avoir perdu son frère, tué par balles lors du passage d'un hélicoptère de l'armée togolaise dans le village de Agbodankopé situé à une vingtaine de kilomètres à l'est de Lomé, la capitale.
Son frère a été abattu alors qu'il était aux toilettes, a-t-il expliqué, ajoutant que plusieurs autres personnes ont été tuées ou blessées dans les villages proches de la ville d'Aného, frontalière avec le Bénin. "En dépit du discours d'ouverture de Faure Gnassingbe pour la mise en place d'un gouvernement d'union nationale, les autorités togolaises continuent à user d'un discours répressif, menaçant de poursuites les responsables politiques qui lancent des appels à la contestation", indique un document de la Délégation de l'Union européenne (UE) au Togo, publié par la diaspora togolaise sur Internet.
"Les enquêtes se poursuivent pour découvrir les commanditaires et auteurs de ces violences afin de les traduire en justice", souligne un communiqué du Conseil des ministres, cette semaine. "Nous n'avons aucun intérêt à organiser la violence", a déclaré Komi Sélom Klassou, directeur de campagne de Gnassingbé. "Le candidat de la paix, le candidat de la réconciliation et de l'unité nationale, a été confirmé par la Cour constitutionnelle, le peuple togolais vient de remporter une grande victoire", a-t-il lancé devant des journalistes.
Pour sa part, la coalition de l'opposition a rejeté les résultats de la Cour constitutionnelle. "Nous n'acceptons pas ces résultats, tout le monde sait que cette cour est là pour avaliser ce que fait le pouvoir en place", a affirmé Akitani-Bob à IPS. "Nous déplorons aussi l'attitude de la CEDEAO qui est complice de cette mascarade et des fraudes, cette institution s'est décrédibilisée", a ajouté Akitani-Bob qui a avancé comme preuve la position de Martin Assogba, un observateur béninois de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) qui s'est désolidarisé de la déclaration de l'institution sous-régionale sur les résultats de l'élection. Assogba a déclaré, le 3 mai à Cotonou, à son retour au Bénin, qu'il ne se reconnaissait pas dans la déclaration des observateurs de la CEDEAO. Il a dit avoir fait part, avant cette déclaration, des irrégularités que son équipe avait constatées dans une vingtaine de bureaux, dans le nord du Togo où ils avaient été déployés le jour du scrutin. Selon Assogba, il y avait 583 électeurs inscrits dans certains bureaux de vote le matin, mais le nombre de votants enregistrés, au décompte des voix le soir, était passé à 607, soit 24 électeurs supplémentaires. Assogba souligne également que son équipe avait constaté que des enfants de 10 à 12 ans allaient voter avec des cartes d'électeur qui mentionnaient 25 ans à 35 ans. Ces irrégularités ont été confirmées, le 4 mai sur une radio internationale à Dakar, par Alioune Tine, un autre observateur sénégalais de la CEDEAO. "Notre candidat élu tendra la main à l'opposition pour la formation d'un gouvernement d'union nationale", a déclaré Dama Dramani, secrétaire général du Rassemblement du peuple togolais (RPT), le parti au pouvoir. Mais l'opposition a rejeté cette proposition et réclame l'organisation d'une nouvelle élection.
"C'est normal que l'opposition exige une nouvelle élection parce que les résultats proclamés ne correspondent en rien aux résultats acquis sur le terrain, les procès verbaux ne donnent pas Faure Gnassingbé gagnant", affirme Ajavon.
Selon Yawovi Agboyibo, coordinateur de la coalition de six partis de l'opposition, la situation difficile que traverse le Togo aujourd'hui relève de la responsabilité de la CEDEAO qui "est complice de la fraude organisée" par le pouvoir. "A la limite, nous dirons qu'il y a eu trahison des représentants de la CEDEAO dans ce processus".
La CEDEAO, qui avait envoyé 150 observateurs pour surveiller l'élection, a indiqué que le scrutin avait globalement répondu aux critères et principes usuellement admis en matière d'élection.
Mais selon le document de la Délégation de l'UE à Lomé, "l'observation de la CEDEAO n'a pas porté sur deux étapes principales que sont la révision des listes électorales et les opérations de dépouillement, au cours desquelles de nombreuses irrégularités ont été constatées".
"Nous avons considéré qu'il vaudrait mieux valoriser l'Union africaine plutôt que la CEDEAO, d'une certaine manière discréditée dans les rangs de l'opposition", ajoute le document.

