DURBAN, 29 avr (IPS) – Bonisiwe Maphumulo était assise sur une chaise à dossier droit sous le soleil devant sa maison en toit de chaume, à une pièce, dans Msinga rural. Ce qu'elle dit par la suite est, très probablement, un mensonge.
"Je ne sais pas de quoi je souffre", a déclaré en Zulu, la veuve de 51 ans, berçant une petite-fille en bas âge sur ses genoux. "J'ai la diarrhée, je perds du poids, je vomis. J'ai perdu l'appétit".
Son fils aîné, qui avait une existence précaire en tant que gardien de voiture à Johannesburg, est mort après être revenu dans ce district de la province du KwaZulu-Natal, dans le sud-est de l'Afrique du Sud, il y a deux ans. Non, Maphumulo ne sait pas ce qui l'avait tué. Elle sait seulement que les médicaments traditionnels qu'il réclamait ne l'avaient pas aidé à prendre le poids dont il avait grand besoin, à cesser de trembler ou à revigorer sa main gauche paralysée. En fin de compte, la démence s'est installée : "La manière dont il parlait, il n'était pas cohérent".
Un travailleur social bénévole, qui donne une assistance à domicile dans la région, ne croit pas que Maphumulo ignorait son état. Mais, elle s'est abstenue de le dire devant la femme. "C'est le SIDA", a indiqué plus tard Hlekani Madlala.
Alors que nous marchions sous des arbres épineux et sur de blocs de pierres pour visiter un jardin communautaire – dans le quartier Mkhupula – qui aide ceux qui sont infectés et affectés par le SIDA – veuves, orphelins, et personnes vivant avec la maladie – nous avons été arrêtés net par un homme criant par-delà une clôture en fil de fer.
Après une courte conversation, Madlala a hoché la tête. "Un autre est mort", a-t-elle dit, et a été emmené.
Lorsque Maphumulo s'évanouit, ses petits-fils font appel aux voisins, qui alertent les travailleurs sociaux. Et si on la retrouve couchée, presque inconsciente, dans une mare d'excréments, c'est souvent des gens comme Madlala qui la nettoient, l'enveloppent d'une couverture, et la transportent jusqu'à la route principale pour l'amener dans l'hôpital le plus proche, qui la met sous perfusion pour combattre la déshydratation mortelle.
Combien de fois Maphumulo avait-elle dû aller à l'hôpital? Elle hausse ses épaules maigres, et répond doucement.
"En deux ans, elle est tombée ainsi malade peut-être 20 fois", affirme Linda Zalisa, une traductrice au 'Farmer Support Group' (Groupe de soutien aux agriculteurs) de l'Université du KwaZulu-Natal.
En avril 2004, le gouvernement d'Afrique du Sud a commencé par exécuter un programme longtemps attendu visant à fournir gratuitement des médicaments anti-rétroviraux (ARV) aux malades du SIDA. Le pays détient actuellement le plus grand nombre de personnes infectées par le virus au monde – environ cinq millions – et un taux d'infection au VIH de 21,5 pour cent, selon le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA.
Le 'Church of Scotland Hospital' (l'hôpital de l'Eglise d'Ecosse), dans la ville de Tugela Ferry, a été la première à distribuer des ARV dans le KwaZulu-Natal, qui est à l'épicentre de la pandémie du SIDA en Afrique du Sud.
Ce centre dépiste des malades pour le VIH, alerte ensuite les travailleurs sociaux par rapport aux personnes qu'ils doivent surveiller. L'objectif est de s'assurer que des patients comme Maphumulo ne meurent pas d'infections opportunistes avant d'atteindre le point où leur nombre de CD4 est assez bas pour qu'ils remplissent les conditions pour recevoir les ARV.
Les décomptes de CD4 mesurent la force du système immunitaire d'une personne en calculant le nombre de cellules T dans le sang. Ces cellules, qui sont responsables de l'immunité d'une personne, sont prises pour cible par le virus qui cause le SIDA.
Lorsque le taux est descendu à des niveaux dangereusement bas, les malades reçoivent les médicaments, les médicaments de chaque jour soigneusement emballés dans un petit sachet plastique qui est agrafé à un calendrier mensuel, en carton.
Cependant, à l'heure actuelle, 500 malades seulement de ce genre sont soignés dans le 'Church of Scotland Hospital' – qui n'a pas le personnel pour en traiter plus. Et, 500 est "un nombre trop petit pour avoir un impact sur la communauté", estime Dr Tony Moll, le principal médecin-major de l'hôpital.
"Nous pensons que 25.000 personnes dans notre circonscription hospitalière se promènent avec le virus. Un quart d'entre eux devraient être sous thérapie".
Plus de la moitié des enfants admis dans ce centre sont séropositifs. Et près des trois quarts des malades souffrant de tuberculose et de la toux, présents dans d'autres pavillons, ont également contracté le virus. Vingt femmes enceintes sur cent, qui fréquentent les services de consultation prénatale, se révèlent positives au test de dépistage.
Toutefois, une autre préoccupation se rapporte à la conformité avec le régime ARV.
Auparavant, les malades qui recevaient les médicaments se conformaient strictement aux régimes. Néanmoins, la conformité semble maintenant être en baisse.
Récemment, un travailleur social a dû aller à la recherche d'une des personnes sous ARV qui n'avait pas pris son traitement.
L'homme savait qu'il devrait honorer son rendez-vous à l'hôpital pour recevoir des doses supplémentaires de médicaments. Il savait que ce qui était beaucoup plus dévastateur, c'est que les virus résistant aux médicaments pourraient ressurgir s'il ne continuait pas à prendre les comprimés. Et, il était assez solide pour voyager, parce que les médicaments avaient amélioré considérablement sa vie. Le problème était que l'homme était au chômage, et n'avait pas les moyens de le faire.
Les médecins sont obligés de demander des subventions d'invalidité pour des gens qui sont gravement touchés par des maladies liées au SIDA.
Mais, lorsque la santé de ces gens s'améliore avec l'aide des ARV, ils ne sont plus qualifiés pour recevoir les subventions. Ceci malgré le fait que, comme avec l'homme malade qui a manqué de prendre son traitement, plusieurs peuvent dépendre de ces fonds pour financer leurs déplacements sur l'hôpital. Différentes estimations sur le chômage en Afrique du Sud situent le taux de chômage entre un quart et la moitié de la population adulte.
Pour sa part, le 'Church of Scotland Hospital' à court d'argent ne peut pas se permettre des visites à domicile – ou des cliniques mobiles.
Cette tournure des événements a toutefois ajouté une autre couche de complexité au problème que constitue le SIDA en Afrique du Sud où les programmes ARV, pour lesquels on a longtemps lutté, risquent de devenir une victime de leur propre succès.

