DEVELOPPEMENT: La canne à sucre signifie la vie pour des pays pauvres

BRUXELLES, 28 avr (IPS) – Des producteurs de sucre de certains des pays les plus pauvres qui verront leurs moyens de subsistance anéantis par une révision complète du régime sucrier controversé de l'Union européenne sont en train de demander que le bloc réfléchisse à une alternative qui aura un "impact de développement plus grand, plus positif".

Ils affirment qu'un plan alternatif pour réformer la politique sucrière de l'Union européenne (UE) pourrait créer des milliers d'emplois dans les pays en développement et attirer 385 millions d'euros supplémentaires (500 millions de dollars) en investissement.

Citant un extrait d'un rapport qu'il a commandé à la LMC International, une firme de consultants, le Groupe de producteurs de sucre des PMA, qui rassemble des ambassadeurs des pays les moins développés (PMA) ayant un intérêt pour le sucre et des représentants de l'industrie sucrière, a déclaré lundi que sa proposition alternative allait créer jusqu'à 145.000 nouveaux emplois permanents et plusieurs autres indirectement.

"La proposition du Groupe des producteurs de sucre des PMA limiterait la réduction du prix — tout en continuant les quotas tarifaires — sur le moyen terme et prolongerait le temps pris pour la mise en place de la réforme, de trois à dix ans", a indiqué le groupe dans une déclaration.

Les propositions de réforme faites par la Commission européenne, l'exécutif de l'UE, annoncées en juillet dernier, envisagent la réduction d'un tiers du prix garanti du sucre importé par l'UE de ces pays entre 2005 et 2007, et la réduction des quotas sur le sucre.

Comme partie intégrante de sa politique de développement, qui a été critiquée pour sa discrimination injuste à l'égard des producteurs de sucre d'autres pays en développement, l'UE paie actuellement un prix supérieur aux taux du marché pour le sucre provenant d'un certain nombre de pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), dont plusieurs sont d'anciennes colonies de pays européens.

L'accès préférentiel des pays ACP au marché de l'UE représente actuellement quelque 70 pour cent des recettes de leurs secteurs sucriers.

La perte de ces privilèges quand l'UE commencera par payer des prix proches des taux du marché devrait avoir un énorme impact économique dans plusieurs pays ACP qui dépendent des exportations de sucre vers l'UE. Le régime actuel devrait prendre fin en 2006.

L'UE a été obligée de changer ses politiques après des plaintes de grands pays producteurs de sucre comme le Brésil et l'Australie qui estimaient que les subventions de l'UE étaient injustes. L'Organisation mondiale du commerce (OMC) a soutenu ces plaintes en partie en octobre de l'année dernière.

La commission indique qu'elle propose d'améliorer la compétitivité du secteur sucrier là où cela est viable, de promouvoir sa diversification dans des régions dépendant du sucre, et de s'attaquer à des besoins d'adaptation plus larges.

Toutefois, des responsables du groupe des 27 PMA producteurs de sucre affirment que les réformes proposées seraient désastreuses pour leurs pays et menaceraient des économies vulnérables et des centaines de milliers d'emplois.

Le groupe des PMA, qui comprend des producteurs pauvres comme le Burundi et la Somalie, demande un délai de 10 ans dans l'accès exempt des droits de douane et l'augmentation des quotas.

"La période supplémentaire accordera à ces pays le temps d'attirer l'investissement et de développer des industries de sucre viables. Le rapport a révélé qu'un accès géré à des prix rémunérateurs génère un plus grand développement dans les PMA qu'un accès illimité à des prix peu économiques", a déclaré le groupe.

La proposition du Groupe de producteurs de sucre des PMA prévoit une réduction de prix beaucoup plus modeste — une diminution de prix de 20 pour cent plutôt que les 37 pour cent proposés par la Commission.

"Les PMA remarquent qu'une réduction substantielle du prix du sucre de l'UE — une conséquence des propositions de la commission — serait un obstacle majeur au potentiel de développement de l'initiative EBA", a indiqué le groupe. L'initiative Tout sauf les armes (EBA) a été adoptée en septembre 2000 pour libéraliser les importations de tous les produits de l'UE en provenance des pays pauvres, à l'exception des armes.

Le rapport du LMC a également souligné que les propositions aideraient les PMA à créer des industries de sucre "viables et compétitives".

"Ceci aurait un impact positif sur la réduction de la pauvreté dans ces pays et augmenterait également le bien-être sanitaire, éducatif et social pour les travailleurs et les personnes dépendant d'eux, alors que de tels avantages ne proviendraient pas des propositions actuelles de l'UE lorsqu'on les examine", a révélé le rapport.

S'exprimant au lancement du rapport lundi, Ali Yousif, l'ambassadeur soudanais à Bruxelles et président du Groupe de producteurs de sucre de Bruxelles, a dit que le rapport marquait une opportunité de changement.

"Il y a une opportunité ici pour changer réellement quelque chose aux industries de sucre des pays les moins développés du monde, en créant des milliers d'emplois et en apportant des millions de dollars en investissement. Nous craignons qu'en fermant les yeux sur notre proposition alternative et en poursuivant résolument le plan de réforme actuelle, les bonnes intentions de l'initiative Tout sauf les armes, ne soient pas réalisées", a-t-il indiqué.

Yousif a également exhorté les Etats membres de l'UE à prendre en considération des alternatives aux propositions de la commission et à faire le point de ce rapport.

Maurice Janssen du Groupe de producteurs de sucre des PMA dit qu'il est sûr que le rapport aura un impact. "Nous pensons que les conclusions sont si positives que nous ne croyons pas qu'elles puissent être ignorées", a-t-il indiqué à IPS, lundi.

Le groupe rejette également les affirmations selon lesquelles son plan peut être perçu comme étant trop optimiste. "Notre proposition aux MPA est une position officielle et commune de 22 pays PMA; nous l'avons communiquée au LMC — un groupe professionnel indépendant de chercheurs. Ce sont leurs conclusions, et non les nôtres, qui sont publiées dans l'étude", a-t-il ajouté.

Les propositions des PMA ont été présentées à la commission le mois dernier, mais l'exécutif doit encore répondre officiellement au plan.

Le plan de réforme sucrier actuel de l'UE subira probablement certains changements au cours des prochains mois puisque l'OMC se prononce jeudi (28 avril) sur l'appel de l'UE du verdict de l'OMC en 2004, qui cataloguait plusieurs des exportations sucrières du bloc comme illégales.