POLITIQUE-TOGO: Le vote aura lieu dimanche, mais un candidat se retire

LOME, 23 avr (IPS) – L'élection présidentielle aura lieu dimanche (24 avril) au Togo, malgré les déclarations de l'ancien ministre de l'Intérieur, François Akila Boko, qui a appelé vendredi à la suspension du processus électoral à cause des "risques de dérapages sanglants".

Boko a, au cours d'une conférence de presse dans la nuit de jeudi à vendredi (vers 2 heures GMT du matin), à Lomé, la capitale, qualifié le processus électoral du Togo de "suicidaire" et a demandé au président par intérim, Abbas Bonfoh, de suspendre ce processus à cause des violences qui l'ont émaillé.

"Il est impérieux que le président de la République, Abass Bonfoh, prenne l'enjeu des risques réels qui se profilent à l'horizon, en mettant fin à ce processus électoral suicidaire", a déclaré Boko qui a été le principal organisateur du scrutin. Boko a été démis de ses fonctions après avoir réclamé le report de l'élection présidentielle et la constitution d'un gouvernement de d'union nationale de transition, dirigé par un Premier ministre issu de l'opposition pour apaiser la tension qui règne dans le pays. Boko est remplacé dans le gouvernement par le ministre la Justice, Katary Foli-Bazi.

Cependant, l'un des trois candidats de l'opposition, Nicolas Lawson, s'est retiré de la course présidentielle. Selon l'homme d'affaires, quand le principal organisateur de l'élection dit que le scrutin n'est pas bien organisé et qu'il y a des risques, il ne voit plus l'intérêt d'y participer. "C'est une situation pourrie et elle démontre qu'il y a un mécanisme de fraudes que j'ai toujours dénoncé", a indiqué Lawson.

L'ancien ministre de l'Intérieur limogé a confié par téléphone à des journalistes qu'il vivait dans la clandestinité à Lomé depuis vendredi.

Boko a également révélé que sa sœur a été arrêtée ainsi que dix gendarmes proches de lui, qui travaillaient sous son autorité, notamment pour sa garde rapprochée.

Il a toutefois mis en garde tous ceux qui chercheraient à s'en prendre à ses proches. "Je ne souhaite pas qu'on m'oblige à l'épreuve de force", a-t-il dit.

"Les autorités militaires ne doivent pas oublier que je suis un soldat comme eux et que je peux assumer l'épreuve de force jusqu'au bout", a averti vendredi soir Boko qui est un chef d'escadron de la gendarmerie, peu après son limogeage.

Bonfoh, le président par intérim du Togo après le décès, en février, de l'ancien président Gnassingbé Eyadema, s'est dit surpris par la réaction de Boko qui ne l'a pas consulté avant de faire sa conférence de presse, a-t-il souligné. "Le président de la République par intérim rassure la population et la communauté internationale que le scrutin se déroulera dimanche prochain comme prévu", a déclaré, vendredi matin, Pitang Tchalla, ministre de la Communication, à la presse devant le domicile du président Bonfoh.

Tchalla a ajouté que les forces de l'ordre et de sécurité ont pris les mesures nécessaires pour que l'élection présidentielle se déroule dans le calme et la sérénité. "L'ordre public sera maintenu".

Le nouveau ministre de l'Intérieur a affirmé que le processus électoral se déroulait de façon satisfaisante. "Le taux de distribution des cartes d'électeur est de 80 pour cent, le matériel électoral est déployé sur l'ensemble du territoire, les forces de l'ordre et de sécurité ont assuré, dans la tranquillité, leur devoir civique", a indiqué Foli-Bazi.

Les militaires, gendarmes et policiers togolais ont été les premiers à voter jeudi.

Commentant les déclarations de l'ancien ministre de l'Intérieur, le coordinateur de la coalition de l'opposition radicale, Yaovi Agboyibo, a déclaré, au cours d'une conférence de presse à Lomé, vendredi : "Cette prise de position est très courageuse".

"Le ministre Boko est au carrefour de toutes les magouilles et embûches", estime, pour sa part, Emmanuel Akitani-Bob, candidat de la coalition de l'opposition radicale.

Akitani-Bob ainsi que les deux autres candidats de l'opposition modérée, Nicolas Lawson et Harry Olympio, réclamaient en vain, depuis plusieurs jours, le report du scrutin. Ils ont déploré des fraudes dans la révision des listes électorales et la distribution des cartes d'électeur.

Lawson, qui s'est retiré de la course, a déclaré qu'il avait averti l'ancien ministre de l'Intérieur "des risques de dérapage liés à la mauvaise organisation du scrutin, et je crois qu'il a réfléchi et a trouvé que le danger est énorme et qu'il faut faire quelque chose pour sauver le pays".

De son côté, Harry Olympio, qui était le seul candidat et leader politique à assister à la conférence de presse de Boko, a salué son sens de responsabilité. "C'est un démocrate et un homme responsable", a dit Olympio affirmant que "le pays est au bord de l'explosion". Mais, il a assuré qu'il restait dans course.

Par contre, Faure Gnassingbé, fils du président défunt et candidat du parti au pouvoir, n'a pas encore réagi à la nouvelle situation créée par la prise de position de Boko.

La Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) a soutenu, dans un communiqué, le maintien du scrutin de dimanche et qualifié "d'irresponsable" la déclaration de l'ancien ministre de l'Intérieur.

"Le président de la CEDEAO fustige toute initiative, toute action de nature à troubler l'ordre public et à entraîner le pays dans le chaos", indique le communiqué de l'organisation sous-régionale forte de 15 pays membres, dont le président en exercice est le chef de l'Etat nigérien, Mamadou Tandja.

L'opposition désapprouve l'institution. "La CEDEAO n'a jamais compris la gravité de la situation togolaise. Nous demandons à d'autres institutions comme l'Union africaine, l'Union européenne et les Nations Unies d'intervenir pour résoudre la crise", a répliqué Agboyibo.

Adoté Ghandi Akwé, président de la Ligue togolaise des droits de l'Homme et président du collectif des associations et syndicats de la société civile, a déploré l'attitude de la CEDEAO, la qualifiant de "révoltante". "Ils menacent les gens en leur disant qu'ils ne toléreront pas de violence pendant les élections. Mais qu'appellent-ils violence?", demande Akwé qui ajoute : "Celle qui vient du gouvernement qu'on constate tous les jours, aujourd'hui, ou bien attendent-ils de condamner la violence de ceux qui seront en position de légitime défense?".

Des militants de l'opposition ont organisé plusieurs parades à travers les rues de Lomé vendredi, le dernier jour de la campagne électorale. Certains avaient des machettes, des gourdins cloutés et d'autres armes blanches à la main.

Par ailleurs, les frontières terrestres du Togo avec le Ghana, le Burkina Faso et le Bénin ont été fermées vendredi alors que cette fermeture était initialement prévue pour samedi soir jusqu'à lundi matin, au lendemain du vote.

Environ 235 observateurs surveilleront l'élection de dimanche, dont 150 sont envoyés par la CEDEAO.

Pour Akwé, les 150 observateurs civils de la CEDEAO sont insuffisants. "On a le sentiment que la communauté internationale est complice, qu'elle veut perpétuer la dictature au Togo".