LOME, 21 avr (IPS) – Une véritable fièvre électorale s'est emparée du Togo à quelques jours de l'élection présidentielle du dimanche 24 avril, avec des actes de violence dans ce pays. La Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest (CEDEAO) appelle toutes les parties à la retenue et au calme.
La campagne électorale, qui se poursuit jusqu'à vendredi, a enregistré des actes de violence, le week-end passé et mardi dernier. Des heurts ont opposé des militants rivaux dans plusieurs quartiers de Lomé, la capitale togolaise, et à l'intérieur du pays. Ils auraient fait six morts dans les rangs du parti au pouvoir, et plus de 150 blessés, puis un mort et une cinquantaine de blessés du côté de l'opposition. Selon Claude Vondoly, président du Mouvement togolais de défense des libertés et des droits de l'Homme (MTDLDH), proche du pouvoir, "six personnes ont été tuées dans les rangs du Rassemblement du peuple togolais (RPT), et plus de 100 autres blessées".
"Certains parmi les personnes agressées n'étaient même pas impliqués dans la campagne électorale", révèle à IPS, Adoté Ghandi Akwé, président de la Ligue togolaise des droits de l'Homme (LTDH), une organisation indépendante.
"La caravane pacifique, organisée dans une ambiance de fête, a été sauvagement agressée par une horde de jeunes hommes aux têtes cintrées de foulards à l'effigie de l'Union des forces du changement (UFC, opposition)", déclare un communiqué de la Jeunesse du rassemblement du peuple togolais (JRPT), mouvement de jeunes du parti au pouvoir.
La coalition des six partis de l'opposition a, de son côté, accusé les militants du RPT, le parti au pouvoir, d'avoir provoqué et agressé ses militants qui rentraient chez eux après un meeting animé samedi après-midi, 16 avril, dans un stade à Lomé.
Dans un communiqué publié le 17 avril, la coalition a "condamné fermement ces actes de violence aveugle et gratuite, perpétrés à l'encontre des ses militants et partisans par des miliciens RPT armés de machettes, de gourdins cloutés ainsi que d'armes à feu".
Le coordinateur de la coalition de l'opposition, Yawovi Agboyibo, a annoncé qu'un militant de l'opposition avait été tué et 55 autres blessés. "Des jeunes avec des mains nues ont été sauvagement attaqués par des miliciens du parti au pouvoir". Pour Pascal Bodjona, porte-parole du candidat du RPT à la présidentielle, les violences sont organisées par l'opposition dans le seul but de provoquer des troubles afin de montrer à l'opinion internationale que les conditions ne sont pas réunies pour aller aux élections le 24 avril.
Mais ces différents bilans n'ont pas été confirmés officiellement. Le gouvernement togolais a indiqué lundi, dans un communiqué, ne pas avoir confirmation de la mort de manifestants. "Les échauffourées ont fait certes plusieurs blessés dans les rangs des manifestants du RPT et dans ceux de l'opposition radicale, mais le ministre de l'Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation n'a pas confirmé la mort d'homme dans un camp comme dans l'autre", selon un communiqué de Pitang Tchalla, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement.
Akila-Esso Boko, ministre de l'Intérieur et de la Sécurité, a par contre révélé la présence d'armes à feu et d'armes blanches au cours des manifestations durant la campagne électorale. Il a confirmé, dans un communiqué, que certains militants portaient des fusils de chasse, des gourdins cloutés, des couteaux et des bâtons au cours des manifestations.
Selon Boko, le but des détenteurs surexcités de ces armes était de s'en prendre aux militants des partis politiques adverses et aux forces de sécurité.
"Devant cette situation alarmante, la LTDH condamne ces actes de violence qui tendent à créer un climat d'insécurité et de terreur grandissant à Lomé et dans tout le pays à quelques jours de l'élection présidentielle", a indiqué Akwé qui est également président d'un collectif d'associations et de syndicats de la société civile togolaise. Face à cette situation de tension et de violence dans le pays, Mamadou Tandja, président du Niger et président en exercice de la CEDEAO, a rencontré, mercredi à Niamey, trois des quatre candidats à l'élection présidentielle. Le candidat de la coalition de l'opposition, Emmanuel Akitani-Bob, a décliné l'invitation à la réunion de la CEDEAO dont l'objectif était de calmer le jeu.
"Nous n'irons pas à Niamey pour une raison simple, on est convié pour quelques heures alors que nous sommes dans une situation de crise avancée", a déclaré aux journalistes Agboyibo qui réclame un report du scrutin de dimanche. "Nous sommes prêts à aller à Niamey, mais à condition de faire du travail sérieux, mais aller pour une heure à Niamey, c'est inconcevable. Nous acceptons d'y aller pour deux jours, trois jours, une semaine afin de sortir le pays de la crise", a ajouté le coordinateur de la coalition de l'opposition.
Patrick Lawson, porte-parole de l'opposition, a déclaré jeudi que leur coalition s'était plainte des fraudes sur les listes électorales et qu'ils avaient dépêché un émissaire auprès du président de la CEDEAO à Niamey, mais qu'il n'avait pas été reçu. Trois candidats ont donc fait le déplacement de Niamey, Faure Gnassingbé, Nicolas Lawson et Harry Olympio. A l'issue des entretiens, la CEDEAO a indiqué, dans un communiqué publié mercredi, qu'elle n'acceptera aucun trouble pendant le scrutin de dimanche.
Un appel a été lancé à toutes les parties afin qu'elles s'abstiennent de toute action ou déclaration susceptible de créer ou d'entretenir un climat de violence au cours de la période électorale.
La CEDEAO, forte de 15 Etats membres, indique, dans le communiqué signé par le président nigérien et les trois participants, qu'elle prendra les dispositions nécessaires pour situer les responsabilités individuelles et collectives en vue d'adopter toutes les mesures qui s'imposent.
Un collectif d'artistes et promoteurs culturels du Togo a appelé mercredi, dans un manifeste, les acteurs de la scène politique togolaise à faire preuve de retenue pour éviter des dérives qui pourraient conduire le pays au chaos au lendemain de la présidentielle du 24 avril. Le collectif a appelé la communauté internationale et la France à intervenir dans la crise que traverse le Togo.
Près de 3,5 millions d'électeurs togolais iront aux urnes dimanche pour élire leur nouveau président parmi les quatre candidats. L'ancien président Gnassingbé Eyadema est décédé le 5 février dernier.

