NAIROBI, 23 avr (IPS) – Environ 30 millions d'armes illégales sont en circulation en Afrique subsaharienne, alimentant des conflits et détruisant des vies et des biens à travers le continent, affirme un activiste.
Ochieng Adala, directeur de 'Africa Peace Forum', qui soutient les politiques de résolution pacifique des conflits dans les régions de la Corne de l'Afrique et des Grands Lacs, a exhorté les gouvernements africains à faire des coupures dans leurs budgets de défense afin de réduire la prolifération des armes.
"Les gouvernements devraient réduire instamment leurs budgets sur les armes légères et assurer la transparence en donnant l'information au public sur la production, la possession et le transfert des armes", a déclaré aux journalistes, Adala, dans la capitale kényane, Nairobi. "L'Afrique subsaharienne est caractérisée par la guerre civile qui crée une forte demande d'armes".
Adala, ensemble avec quelque 160 activistes venus des quatre coins du monde, a pris part à une conférence à Nairobi pour aborder la prolifération et la mauvaise utilisation des armes. La rencontre, tenue du 15 au 17 avril, a également recherché des voies et moyens de réduire le commerce des armes.
La rencontre, dont le thème 'Action pour le contrôle des armes dans un monde inondé d'armements', a été organisée par la 'Control Arms Campaign'(Campagne pour le contrôle des armes), un groupe de pression international contre les armes. Elle a réuni des institutions caritatives et des groupes de pression comme Oxfam, Africa Peace Forum, Amnesty International, Saferworld, ainsi que le International Action Network on Small Arms (Réseau d'action internationale contre les armes légères) et la Fondation ARIAS pour la paix et le progrès humain.
Au cours de la rencontre, un participant a attribué le conflit en République démocratique du Congo (RDC) aux proliférations des armes.
"Le Congo est riche en ressources naturelles comme l'or, le diamant et le bois. Différents groupes se battent pour contrôler les ressources et ils ont utilisé des armes légères pour maintenir leur contrôle sur ces ressources. Plusieurs innocents sont morts dans le processus", a indiqué à IPS, dans un entretien, Nasibu Bilali du Réseau d'action contre des armes légères et des armes portables en RDC.
Il a affirmé que quelque 500.000 armes illégales étaient dans de mauvaises mains au Congo. Son organisation, de même que la Commission nationale pour le désarmement et la démobilisation du pays, sont en train d'exhorter plusieurs groupes rebelles, des milices et des bandits à rendre leurs armes.
"Il est toutefois difficile de connaître le nombre de ceux qui ont déposé leurs armes, mais certaines personnes viennent rendre leurs armes à la MONUC (la Mission des Nations Unies au Congo) et à l'Armée nationale", a indiqué Bilali.
Le Congo, qui n'a ratifié aucun protocole pour contrôler la prolifération illégale des armes, se trouve impliqué dans une guerre civile depuis 1998.
Caractérisé par des tueries, la torture et le viol de civils aussi bien par des forces gouvernementales que par des forces rebelles, le conflit a vu plus de trois millions de personnes tuées ou mortes de faim et de maladies causées par la guerre.
Pour empêcher de pareilles souffrances, des activistes exigent la création d'un Traité international sur les armes, qui, estiment-ils, doit engager juridiquement les pays.
"Nous discutons avec des gouvernements de la création d'un Traité international sur le commerce des armes, qui sera un mécanisme obligatoire pour contrôler le transfert international des armes. Quinze gouvernements ont déjà fait une déclaration de soutien, 15 autres sont intéressés. Nous sommes impliqués dans le débat avec eux, pour que tout le monde puisse jouer selon les mêmes règles", a indiqué aux journalistes, Brian Woods d'Amnesty International.
Il a poursuivi : "Nous parlons d'une série globale de principes, plus un accord souple pour tenter de les convaincre que le monde a besoin d'un terrain de jeu égal pour les armes afin que vous n'ayez pas une situation où un pays fournit des armes lorsqu'un autre refuse".
Pour que le traité soit effectif, il devrait aborder tous les éléments entourant la fourniture des armes. "Nous devons aborder toutes les parties de la chaîne d'approvisionnement ainsi que la demande d'armes. Réduire la demande d'armes signifie la garantie des droits de l'Homme, une meilleure sûreté et sécurité, en renforçant au même moment les contrôles du côté de l'offre, pas seulement les entreprises, les producteurs, les intermédiaires et les négociants", a ajouté Woods.
Les activistes veulent que le traité soit en place avant la prochaine conférence des Nations Unies sur les armes à New York en 2006. La rencontre passera en revue les progrès qui ont été réalisés jusqu'ici pour réduire le flux d'armes légères.
Selon la 'Campagne pour le contrôle des armes', 1.300 personnes sont tuées chaque jour à travers le monde par des armes conventionnelles, ce qui requiert une action immédiate de la part des gouvernements. "Le défi pour tous les gouvernements est urgent. Ils doivent coopérer pour contrôler et limiter le flux des armes et l'expansion de la production d'armes. Tout au moins, les pays exportateurs d'armes ne doivent pas fournir des armes là où il existe un danger évident qu'elles seront utilisées pour des violations des droits humains et du droit humanitaire international", a indiqué la Campagne pour le contrôle des armes dans un récent rapport.
Le rapport, intitulé 'Des vies brisées : Les arguments en faveur d'un contrôle international strict sur les armes', affirme que les gouvernements les plus puissants du monde sont les plus gros fournisseurs d'armes et ont la responsabilité d'en contrôler le commerce mondial.
Les membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU – France, Russie, Chine, Grande-Bretagne et Etats-Unis – ensemble représentent 88 pour cent des exportations d'armes conventionnelles au monde, indique le rapport.
De précédents accords signés pour contrôler la prolifération d'armes à feu illégales ont été violés. "Depuis la signature du Protocole de Nairobi en avril 2004, plus de cinq millions de nouvelles armes sont entrées sur le marché mondial. Ceci en plus des quelque 640 millions déjà en circulation", a déclaré Chirau Ali Mwakwere, le ministre des Affaires étrangères du Kenya, à l'ouverture de la conférence de la semaine dernière.
Des experts estiment que la prolifération incontrôlée et la mauvaise utilisation des armes, aussi bien par les forces gouvernementales que par les groupes rebelles armés, augmenteront la pauvreté.
Environ 22 milliards de dollars sont dépensés par an sur les armes par les pays en développement, une somme qui, selon la 'Campagne pour le contrôle des armes', serait suffisante pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) visant à mettre fin à l'extrême pauvreté d'ici à 2015. L'ONU estime à 10 milliards de dollars par an les objectifs de réalisation de l'éducation primaire universelle, et celui de la réduction de la mortalité infantile et maternelle à 12 milliards de dollars l'an.

