ENVIRONNEMENT: Un 'Tsunami Watch' opérationnel avant six mois pour l'océanIndien

PORT-LOUIS, 18 avr (IPS) – Vingt-sept pays riverains de l'océan Indien bénéficieront, d'ici à six mois, d'un système d'alerte aux tsunamis grâce à une aide de 5,5 millions de dollars promise par des pays donateurs.

Les donateurs sont la Finlande, l'Inde, la Belgique, la Norvège, l'Australie, l'Allemagne, la Chine, l'Italie et les Etats-Unis.

Cette promesse d'aide a été faite au cours d'une réunion de coordination de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), qui s'est achevée à Grand-Baie, dans le nord de l'Ile Maurice, ce week-end. Réunis à deux pas de la mer, des experts et autres délégués venus de 34 pays avaient en souvenir le drame (le tsunami) du 26 décembre 2004 qui a fait plus de 200.000 morts en Asie du sud-est et dans l'océan Indien. Ils ne voudraient pas que cette catastrophe, si elle frappe à nouveau, cause autant de dégâts matériels et humains. D'où l'importance que les 200 participants ont accordée à cette réunion qui débouchera sur la mise en place d'un système d'alerte dans cette partie du monde. Ce système, a déclaré à IPS, Patricio Bernal, secrétaire exécutif de la Commission océanographique intergouvernementale (COI) de l'UNESCO, démarrera par l'identification de points focaux dans tous ces pays pour recevoir des informations sismiques sur les tremblements de terre. Mais, ils recevront également des informations intérimaires sur les tsunamis en provenance de deux centres de la COI basés à Hawaï, aux Etats-Unis, et à Tokyo, au Japon. Ces informations seront relayées à des médiums de communication pour être diffusés toutes les dix à quinze minutes, ajoute-t-il.

Ensuite, ces pays devront installer des marégraphes pour surveiller la montée du niveau de la mer et échanger des données à intervalles de cinq minutes. Comme l'a déjà fait Maurice, depuis une semaine – à Port-Louis et à Rodrigues – dont les marégraphes seront bénéfiques à toute l'Afrique de l'est.

"La mise en place d'un tel système, dont les capacités scientifiques et techniques sont disponibles, coûte entre un million et 20 à 30 millions de dollars pour un système plus sophistiqué, mais l'investissement le plus important se situe au niveau de chaque pays qui devra disposer d'un personnel qualifié pour travailler 24 heures sur 24, sept jours sur sept, et tout le long de l'année afin de détecter l'arrivée des tsunamis et d'en informer les populations", a expliqué Bernal. Cependant, a-t-il insisté, l'efficacité d'un tel système dépend largement des pays concernés. Elle représente, selon lui, un défi pour chaque pays, chaque culture et chaque nation "parce qu'on ne peut prévoir l'arrivée des tsunamis". "Nous voulons protéger ces pays car les conséquences économiques du passage des tsunamis sont désastreuses et les efforts de reconstruction prennent des années. C'est plus grave que les crises économiques. Nous ne pouvons donc prendre les tsunamis à la légère", a souligné Bernal.

Selon Bernal, ne pas avoir une protection globale contre les tsunamis équivaut à ne pas prendre une assurance, même si les grands tsunamis se font rares et que la plupart se produisent localement, soit à l'intérieur d'une zone de 100 kilomètres, affectant seulement la population locale.

L'Indonésie, par exemple, a été touchée par huit tsunamis de 1992 à 2000 qui ont coûté la vie à environ 5.000 personnes.

Il faut également, a-t-il ajouté, éduquer et sensibiliser les populations aux tsunamis pour que chaque citoyen sache ce qu'il faut faire en cas d'alerte. Les hôpitaux aussi devront être préparés à faire face à de tels problèmes. C'est ce qui a manqué le plus aux populations de l'Asie du sud-est le 26 décembre dernier, a affirmé Bernal.

Selon les experts, deux sources de tsunamis peuvent affecter les côtes des pays de l'océan Indien. L'une se trouve dans la zone sismique indonésienne qui est d'une longueur de 4.000 km, et l'autre à Makran, près du Pakistan.

Plusieurs pays de la région – l'Inde, l'Australie, l'Indonésie, la Malaisie et la Thaïlande – développeront leur capacité nationale pour détecter, analyser et fournir des alertes aux tsunamis générés dans la zone indonésienne, tandis que l'Inde, l'Iran et le Pakistan vont surveiller la zone de Makran.

Du Pacifique, région la plus exposée aux tsunamis, la directrice du 'Pacific Tsunami Early Warning System', Laura Kong, mettra sa compétence et son expérience au service des pays de l'océan Indien. Elle fournira, dans un premier temps, une liste de contrôles à ces pays pour qu'ils sachent ce qu'il faut faire en cas d'alerte.

François Scindélé, président de la COI, a déclaré à IPS que suivant ce qui a été décidé à Paris, à une précédente réunion de l'UNESCO, en mars, des centres d'alertes nationaux seront mis en place dans l'océan Indien. "Ce sont les stations météorologiques dans ces pays, qui seront responsables pour recevoir les données et alerter ensuite les populations", a-t-il dit..

Cependant, a-t-il ajouté, la décision d'évacuer ou pas les populations des côtes doit être prise par les autorités de chaque pays.

Dans leur déclaration, les délégués ont indiqué que tous les efforts régionaux devaient servir à renforcer la coopération internationale destinée à créer un système d'alerte mondial pour les différents risques de catastrophes naturelles. Ils ont également accueilli favorablement les intentions des pays de l'océan Indien visant à améliorer leurs capacités à recevoir des informations sur les tsunamis et des alertes appropriées sur leurs territoires en temps réel.

Ces pays doivent compléter, d'ici à juin, une évaluation de leurs besoins et de leurs capacités pour un système d'alerte national durable qui devrait être suivi par le développement de plans stratégiques nationaux appropriés. Les participants ont également appelé à la création d'un 'Indian Ocean Tsunamis Warning System' (IOTWS) et d'un groupe de coordination intergouvernemental pour le IOTWS, par le biais d'une résolution à l'assemblée de la CIO, prévue à Paris du 21 au 30 juin.

Pour les Mauriciens qui n'ont été affectés, ni par le tsunami du 26 décembre, ni par celui du 28 mars dernier à Sumatra, en Indonésie, les décisions prises à la réunion de l'UNESCO sont porteuses d'espoir. Rajesh Guttea, un habitant de Trou-aux-Biches, village au bord de la mer, dans le nord de l'île, se souvient : "Nous n'avons presque rien senti le 26 décembre, mais la nuit du 28 mars dernier a été d'une grande frayeur pour des milliers de Mauriciens vivant sur les côtes et pour les nombreux touristes. "Je les ai vus courir à droite et à gauche, fuyant vers les hauteurs à 3 heures du matin à mesure que les hôtels évacuaient les touristes. C'était un sauve-qui-peut général jamais vu dans l'île". Heureusement, a dit Guttea à IPS, le tsunami n'est pas venu, "mais ça nous a servi comme un bon exercice de simulation. Les Mauriciens savent maintenant quoi faire et quelles précautions prendre en cas d'alerte". Ce tremblement de terre est venu rappeler à tous qu'un autre tsunami peut frapper à tout moment, a-t-il ajouté.

D'où l'appel lancé par le directeur général de l'UNESCO, Koïchiro Matsuura : "Les risques aux tsunamis sont réels; nous ne pouvons nous permettre de ne pas nous préparer au cas où un tel désastre s'abat à nouveau sur nous".

La nature nous a avertis, a-t-il dit.