HARARE, 7 avr (IPS) – Des partisans du principal parti de l'opposition zimbabwéenne semblent frustrés et impuissants suite à leur défaite dans les élections du 31 mars qui, selon des groupes de la société civile, ont été truquées par la ZANU-PF, le parti au pouvoir du président Robert Mugabe.
Comme l'élection législative de 2000 et le scrutin présidentiel de 2002, l'élection avait exposé une sérieuse ligne de fracture urbaine-rurale. La ZANU-PF a remporté 78 sur les 120 sièges en jeu, tandis que le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de l'opposition en a obtenu 41. Un siège est allé à Jonathan Moyo, le ministre de la Communication du président Mugabe – en disgrâce – qui s'est présenté comme un indépendant.
Moyo, l'architecte des lois draconiennes sur la presse au Zimbabwe, a été soustrait de la liste des candidats du parti au pouvoir pour avoir organisé un meeting non approuvé par la direction du parti.
La ZANU-PF a réalisé son meilleur résultat dans les zones rurales où elle a arraché un certain nombre de sièges qui étaient allés au MDC en 2000..
Conformément à la constitution du Zimbabwe, le président Mugabe peut nommer 30 députés, amenant le total à 150.
Le résultat de l'élection est, pour plusieurs Zimbabwéens ordinaires, la troisième fois que leurs espoirs ont été anéantis. En 2000 le MDC, ayant alors moins d'un an, a remporté 57 des 120 sièges législatifs. Deux ans plus tard, le leader du MDC, Morgan Tsvangirai, s'est présenté contre le président Mugabe et s'en est bien tiré. Jusqu'à ce jour, le MDC croit qu'il a gagné les deux élections, mais que sa victoire lui a été volée par le parti de Mugabe.
John Mrewa, qui gagne sa vie en vendant des cartes de recharge de téléphones mobiles dans la capitale Harare, est encore en état de choc..
"Cinq autres années de règne de la ZANU-PF?", demande-t-il, en regardant en l'air. "Au moins nous leur avons montré ce que nous pensons à Harare et la ZANU-PF devrait être maintenant connue comme le parti rural plutôt que le parti au pouvoir". Il faisait allusion au fait que le MDC ait raflé tous les sièges de la capitale, sauf un seul. La ZANU-PF a gagné surtout des sièges ruraux.
Le mot en vogue à Harare pendant la campagne était le changement. Bien que ce mot soit plus lié au MDC, des partisans de la ZANU-PF l'ont également utilisé. Tous les Zimbabwéens espéraient que les élections allaient apporter un changement dans la situation de leur pays.
La clameur de changement a poussé July, comme il a préféré être nommé, à voter à Matshobana, une banlieue pauvre de la deuxième ville zimbabwéenne, Bulawayo, qui abrite principalement d'anciens travailleurs des chemins de fer de descendance zambienne ou malawite. July dit que ce qui l'a poussé à se diriger vers le bureau de vote était le taux élevé de chômage, que le MDC estime être autour de 70 pour cent. "Nos frères passent leur temps dans les rues et les entreprises qui sont en train de fermer", déclare-t-il.
July, 30 ans, dit qu'il a été un vigile pendant 10 ans, un emploi qui, souligne-t-il, paie mal, n'a aucun avenir et est destiné aux gens ayant autour de 50 ans.
Qhelisa Hlongwane, une assistance d'un service clientèle dans une grande chaîne commerciale à Bulawayo, qui vote pour la première fois, est préoccupée par la législation au Zimbabwe. "Dans le précédent parlement, il y a eu beaucoup de débats et de mauvaises lois qui ont été répercutées sur les populations. Je veux donc faire partie du changement", affirme-t-elle.
Parmi ceux qui ont voté à City Hall à Bulawayo, figurait l'archevêque catholique de la ville, Pius Ncube. Le prélat catholique au franc-parler dit qu'il serait surpris si l'élection amenait un changement "parce que je connais la mentalité de ces gens. Mugabe est un dictateur et les dictateurs n'aiment jamais quitter le pouvoir".
L'archevêque Ncube dit que la seule façon d'amener la transformation au Zimbabwe se trouve dans une action de masse pacifique. Mais il ajoute que le Zimbabwe n'a pas encore le leadership requis.
A moins que l'impasse entre les principaux partis politiques du Zimbabwe ne soit brisée, les choses vont certainement empirer.
Le MDC allègue un truquage massif des votes dans au moins 35 circonscriptions électorales. Il dit que la fraude a été mise en lumière après que des responsables électoraux n'ont pas pu concilier les chiffres sur le nombre total de votants et le nombre de voix exprimées pour chacun des candidats.
Mais Mugabe, débordant de joie, a demandé à l'opposition d'accepter le résultat et de travailler avec la ZANU-PF pour le bien de la nation.
L'opposition a rejeté l'ouverture de Mugabe, la qualifiant "d'exercice de relations publiques". Le MDC est toujours en train de ruminer l'action à entreprendre après ce qu'il déclare être une autre élection "volée".
Mugabe a annoncé qu'il utilisera sa majorité des deux-tiers au parlement pour changer des sections de la constitution. Il affirme que la constitution ne sera pas révisée; mais qu'il introduira 50 autres députés, réintroduira le sénat, qui a été aboli en 1989, et organisera le scrutin présidentiel simultanément avec des élections législatives.
Ceci pourrait signifier qu'au lieu de 2008, la date de l'expiration de son mandat actuel, à laquelle il a laissé entendre qu'il pourrait se retirer, la prochaine élection présidentielle se tiendra seulement en 2010. On ne sait pas avec certitude si Mugabe se retirera en 2008 et désignera un successeur pour diriger le pays jusqu'en 2010.
Mugabe indique également qu'il a l'intention d'incorporer des sections d'un projet de constitution parrainé par le gouvernement qui a été rejeté dans un référendum de février 2000. Il accuse le MDC du rejet de cette constitution qui, dit-il, légitimerait l'appropriation, en faveur des Noirs, des fermes appartenant aux Blancs, sans compensation.
Bien que Mugabe soit regonflé par le fait que presque tous les groupes internationaux qu'il a invités pour observer l'élection aient conclu que le résultat reflétait la volonté du peuple, c'est l'Occident qui détient la clé des problèmes du Zimbabwe.
L'Afrique du Sud et la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), forte de 13 membres, ont tous avalisé l'élection du 31 mars, mais c'est à peu près tout ce qu'elles peuvent offrir au Zimbabwe; un soutien moral. Pour que le gouvernement zimbabwéen obtienne le soutien de l'Occident dont il a besoin pour faire revivre son économie en mauvaise passe, ce qu'il faut pour Mugabe, c'est que le MDC accepte son offre de coopération. Et cela semble peu probable à l'heure actuelle.
L'ancienne puissance coloniale du Zimbabwe, la Grande-Bretagne a déclaré que les élections étaient "sérieusement entachées d'irrégularités", citant le harcèlement et l'intimidation. Les Etats-Unis ont dit que le scrutin a eu lieu sur "un terrain de jeu qui a été fortement incliné en faveur du gouvernement".
Le porte-parole du MDC, Paul Themba Nyathi, affirme que si l'offre de Mugabe est sincère, alors la remise en cause du résultat de l'élection par son parti ne devrait pas être du tout un problème. Il dit que le MDC ne s'associerait jamais à la récompense de Mugabe pour le vol des élections.
Le parti d'opposition exige une reprise de l'élection sous l'égide d'une nouvelle constitution.
Brian Raftopoulous de l'Université du Zimbabwe a également des doutes sur la main tendue de Mugabe. "Je pense qu'il est vraiment en train d'amuser la galerie. Mugabe sait qu'il a nui sérieusement, à travers sa manipulation du processus politique et électoral, à l'opposition", a déclaré Raftopoulos. "C'est un genre de fausse magnanimité, de malice condescendante qui provient d'un processus politique qui ne présente pas de véritables opportunités pour la réconciliation nationale".
Raftopoulos estime que Mugabe, qui est si intolérant à l'égard de toute sorte d'opposition, veut être perçu comme celui qui fait des propositions conciliantes afin que ses opposants aient l'air d'être des méchants.
Il dit que la voie du progrès pour le Zimbabwe maintenant est que le MDC et d'autres forces démocratiques s'asseyent et élaborent une marche à suivre.
Les options sont toutefois limitées. Mugabe a déjà mis en garde contre toute forme d'action de masse, indiquant qu'on y opposera la force.
Reste à savoir si l'opposition engagera de nouveau des leaders régionaux comme le président sud-africain Thabo Mbeki, qu'elle accuse de complicité dans ce qu'elle appelle la fraude électorale au Zimbabwe. Mbeki a annoncé que l'élection zimbabwéenne serait libre et équitable avant qu'elle n'ait eu lieu. Le MDC a été très indigné par ce qu'il a appelé une approbation avant l'élection.
(* Avec un reportage supplémentaire de Tafi Murinzi à Bulawayo).

